Éditorial

Publié le par G&S

Garrigues & Sentiers on the Net
Dossier n° 21

Vivre la mort avec mains (2e essai)

Le titre de ce 21e dossier de notre blog indique assez que le fil rouge en est la vie. Une vie charnelle autant que spirituelle, car comme n’a cessé de l’écrire Péguy, le spirituel lui-même est charnel. Il est incarné dans une histoire – notre histoire. Comme la mort, d’ailleurs : elle aussi a une histoire que les chercheurs, depuis Philippe Ariès au moins, ont appris à reconnaître.

Témoin, cette Lettre de Madame de Sévigné à sa fille où l’idée de devoir affronter la mort conduit cette femme du monde qui se juge frivole à regretter de « n’être pas morte entre les bras de sa nourrice », ce qui lui aurait « donné le ciel bien sûrement et bien aisément. » On y lit comme en creux ce désir d’Une mort chrétienne exemplaire au temps passé qu’illustre R. Bertand par une épitaphe du XVIIe siècle consacrée à une dévote dont la vie et la mort ne furent que sacrifices. Quel contraste avec l’Occident sécularisé d’aujourd’hui ! Une tout autre Anthropologie de la mort s’y dessine, dont Chr. Salenson nous livre une ample synthèse. Retournement radical qui touche jusqu’aux Définition(s) de la mort par les juristes, dont J. Palesi dit tout ce qu’elles doivent aux progrès de la médecine, en matière de greffe d’organes ou de réanimation en particulier.

Pour autant, il n’est pas que la culture occidentale : Mourir au Natal au temps du sida de Ph. Denis tout comme La mort en Islam d’A. Feuvrier, nous le rappellent utilement. Car la froide (et parfois fausse) sécurité que nous procurent nos hôpitaux et leur appareillage technique ne sauraient faire oublier la crudité des épidémies qui sévissent ailleurs sur la planète ; pas plus que la tranquille indifférence de notre société pour un au-delà qu’elle juge improbable ne saurait faire oublier l’importance cardinale que d’autres fois que la sienne assignent à cet au-delà.

Mais tenons-nous en à l’Occident, car c’est sur ses terres, sans doute, que la plupart d’entre nous mourront. Peut-être assistés par une équipe dévouée et compétente, dans l’un de ces établissements sur lesquels B. Jouisshomme nous livre son beau Témoignage d’un bénévole en soins palliatifs. Là ou ailleurs, chacun aura à découvrir comment Vivre sa mort, c’est-à-dire d’abord comment « parler sa mort », comme le dit N. Gadea dans une contribution qui prend appui sur le livre homonyme de L. Burdin. Et il nous faudra consentir à notre mort en reconnaissant en elle une compagne de notre humaine condition depuis les origines. Car L’être humain a-t-il été créé immortel ? Pas si sûr, répond R. Guyon en se livrant à une lecture de la Genèse bien dans la ligne de celles qui nourrissent la rubrique « D’une Alliance à l’autre » qu’il tient dans ce blog. « Notre sœur la Mort corporelle » disait François d’Assise…

Si nous sommes croyants, nous pourrons être accompagnés dans ce cheminement par l’Église qui a su mettre à profit la longue expérience qui est la sienne en la matière. À preuve la façon dont L’extrême-onction dans l’« ancien temps » dont traite M. Bernos a cédé la place depuis un demi-siècle à d’autres pratiques pastorales qui conduisent N. Gadea à cette question :  Extrême-onction ou onction des malades ? Mais autant vaut pour le rituel des funérailles qui a semblablement été réformé pour en faire Une mort célébrée comme le note avec justesse la contribution de B. Maitte. Sans parler de l’abandon de l’interdit de la crémation dont traite un livre récent de P. Kuberski, Le christianisme et la crémation , qui fait l’objet d’un compte-rendu d’I. Vissière. 

Mais vivre la mort, c’est aussi vivre la mort de ses proches. Et affronter l’épreuve de leur disparition que trois « compagnons de route » de G&S ont accepté d’évoquer avec une disponibilité et une sincérité qui nous touchent. Sachons donc entendre le Témoignage autour d’un deuil de J. Blache, qui est sous-tendu par cette question, Où sont nos morts ?, qu’A. Barthélemy-Vigouroux reprend à son compte, non pour lui donner une réponse, mais pour en éclairer toutes les implications. Il conclut que « si elle résonne en nous, c’est que nous refusons la mort parce que nous refusons d’accepter que l’amour ait une fin. » L’accent est-il si différent chez A. Bouvet qui discerne au travers du travail de deuil Une présence pour une absence ? Ce qui la conduit à « entreprendre le long et difficile retour vers la patrie de la confiance et de l’espérance. »

C’est là un chemin de résilience qui, si nous savons l’emprunter, ne peut que nous conduire à Vivre en ressuscités comme nous y invite pour finir M. Rondet, ce théologien qui est aussi un mystique. Sa contribution culmine en une sorte de méditation sur ce qu’est pour un chrétien la « communion des saints. » Peut-on rêver meilleur horizon au terme de ce dossier ?

G&S

N. B. : Les contributions de B. Maitte, M. Rondet et Chr. Salenson sont des transcriptions des interventions qu’ils ont faites en mars dernier lors de la session Mourir en chrétien – La mort et les funérailles organisée par l’Institut de Sciences et Théologie des Religions (ISTR) de Marseille. Nous remercions la direction de cet Institut de nous avoir autorisés à les reproduire.

Publié dans DOSSIER VIVRE LA MORT

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ROUGNY 01/11/2012 18:27


Vous nous donnez un éditorial vivvre la mort mais comment trouver le dossier lui même où l'on
devrait retrouver des contributions de B. Maitte, M. Rondet et Chr. Salenson. Rien ne s'ouvre autre que l'éditorial lui même. Il est vraisemblable que plusieurs expressions  écrites en
caractères gras sont peut être des portes "actives" mais là rien ne se passe quand nous cliquons.


Mais ça va peut être venir !


Avec mes remerciements et bravo pour votre site !


Jean Baptiste Rougny 05

G&S 01/11/2012 23:33



Bonjour et merci de votre intérêt pour Garrigues & Sentiers !
Effectivement il n’y a actuellement que l’éditorial en ligne car, suivant une habitude prise ( et les contraintes matérielles qui font qu’on ne peut pas mettre en ligne tous les articles d’un
seul coup quand on est un seul blogmestre !) nous mettons en ligne les articles un par un pour permettre à nos lecteurs de les savourer au fur et à mesure.
Le 1er article sera mis demain, pour le jour où nous commémorerons les morts, ce qui est de circonstance !


Bonne lecture donc !
Bien cordialement
Le blogmestre de G&S