Dieu : un élan de vie jaillissant en nous
La contribution d’Henri Cousi au devoir de vacances proposé par notre blog, En quel Dieu je crois ?, me donne envie de réagir à mon tour parce que globalement j’y retrouve beaucoup d’éléments avec lesquels je me sens en communion de pensée. Comment définir Dieu ? Mais peut-on définir Dieu ? Depuis toujours la définition que l’Eglise en donne me semble heurter la raison. Déjà, par l’utilisation du terme « personne », bien trop anthropologique. Et aussi parce que cette définition découpe Dieu en trois éléments distincts et que les innombrables justifications écrites sur Dieu « relation d’amour » me semblent résulter de constructions intellectuelles déconnectées de la réalité. Je me réfère donc depuis assez longtemps à la définition qu’en donnait le jésuite Karl Rahner : le Père, le Fils et l’Esprit sont trois manières d’être de Dieu.
Je ne suis pas une scientifique, j’ai reçu une formation juridique qui entraîne à une certaine rigueur, à une nécessité d’utiliser les mots les plus aptes à préciser la pensée. Mais les sciences, en particulier humaines, m’ont toujours intéressée, l’évolution du vivant également. Et j’ai donc été amenée à approfondir avec d’autres la pensée de Teilhard de Chardin. Nous sommes dans un monde en permanente évolution et, contrairement à ce que semble penser l’Église, nous-mêmes sommes une humanité en évolution, nous ne sommes pas l’être humain achevé. De plus en plus, je vois Dieu comme le souffle de vie qui est à l’origine du monde que nous connaissons, et comme l’élan de vie qui est en nous. En cela je rejoins ce qu’en écrit Etty Hillesum dans son journal. D’ailleurs même la mythologie biblique le dit : au septième jour, Dieu ne se « repose » pas, comme il est écrit de manière inexacte dans nos textes liturgiques, il se « retire. »
À partir de là, la responsabilité nous incombe, où que nous en soyons de notre évolution. Malheureusement, notre Église est très éloignée de la pensée de Teilhard et de cette réalité de l’évolution. Pour elle, nous sommes l’humain achevé et, comme le dit le Pape Léon XIV dans sa récente encyclique, nous devons résister à l’IA pour rester profondément humains. Teilhard dirait que nous devons devenir plus profondément humains. Un récent article de la théologienne franciscaine Ilia Delio met en parallèle l’encyclique et la pensée de Teilhard et exprime très bien la différence de pensée, notamment en ce qui concerne la place de Dieu dans nos vies (1). Pour l’Église, Dieu est à l’extérieur de nous, il est donné, révélé, il agit sur l’humain depuis l’au-delà. Le Magistère est investi de la mission de transmettre cette révélation. Pour Teilhard, Dieu est dans notre être intérieur, il agit dans l’évolution de notre conscience. C’est ainsi que je pourrais définir Dieu, un élan de vie agissant en nous, que nous avons à accueillir en essayant de suivre le mieux que nous le pouvons la voie proposée par Jésus.
Chantal Duboscq
- Ilia Delio, “ Teilhard de Chardin points to what Pope Leo missed in Magnifica Humanitas ”, publié sur le site https://www.globalsistersreport.org :https://www.globalsistersreport.org/columns/spirituality/teilhard-de-chardin-points-what-pope-leo-missed-magnifica-humanitas. Pour accéder à une traduction en français de cet article, il vous suffira de cliquer sur le lien de téléchargement ci-dessous :