Dieu n’est absolument pas une création de l’intellect humain

Publié le par Garrigues et Sentiers

Merci à Garrigues et Sentiers de nous inviter cet été à partager nos convictions, ou tout au moins nos réflexions et nos expériences de foi.

J’avoue que depuis que j’ai lu l’article de Jean-Luc Lecat Dieu, création de l'homme ?, l’envie de partager ce que je crois me titillait. Voici donc : pour ma part, je pense que Dieu n’est absolument pas pas une « création » intellectuelle de l’activité mentale des humains.

Certes, au début de l’apparition des premiers humains, il y a eu des questionnements et des tentatives de trouver des explications, plus ou moins pertinentes. Mais, au fur et à mesure que l’Humain acquérait des nouveaux savoirs et faisait de nouvelles expériences, son intelligence pratique des choses de la vie s’est affinée. Son cerveau, et sa mémoire, se sont enrichis de savoirs nouveaux sans jamais faire tout le tour des « comment » et des « pourquoi »…

Dès lors, les premières générations humaines, puis les grandes civilisations : grecque, chinoise, égyptienne, romaine, incas, aztèques, inuits, etc. ont toutes ressenti le besoin d’inventer des dieux « utilitaires », ou des dieux « vainqueurs », pour expliquer ce qu’ils ne comprenaient pas.

Mais cela n’a pas duré indéfiniment. Il y a à peu près 30 siècles, « lorsque les temps furent accomplis », le Dieu Vivant s’est « révélé » aux humains, par l’intermédiation du Peuple hébreu. Et ce fut une révélation dans la durée, par à-coups, avec de avancées et des reculs, car la communauté des humains est complexe. Elle n’aime pas qu’on la bouscule, qu’on lui change les règles. Elle consolide ses acquis lentement et prudemment.

Le livre de la Bible nous montre le difficile apprentissage des Hébreux à l’idée d’un Dieu unique qui a scellé un pacte de fidélité avec son premier « auditeur » Abraham. « Je ferai de toi un grand peuple et ta descendance sera aussi nombreuse que les étoiles du ciel ».

Vous allez penser qu’en me basant sur la Bible, donc sur un livre « de récits et de légendes » écrit par des humains qui se sont inventé « leur » Dieu à eux, je me fourvoie.

Détrompez-vous. Car celui qui m’a ouvert à l’intelligence des Écritures et du Dessein de Dieu, c’est Claude Tresmontant dans l’ouvrage de Paul Mirault, Claude Tresmontant métaphysicien de la création (1). J’ai eu la grâce de lire ses écrits d’une haute précision théologique, et cela m’a illuminée définitivement.

Je cite la préface du livre, rédigée par Yves Tourenne, franciscain. C’est une anthologie des principaux textes de réflexion qui sous-tendent toute la pensée de Claude Tresmontant :

« Métaphysicien, Claude Tresmontant a vécu penché sur deux « livres » : celui de l’histoire de l’Univers, et celui de la Révélation faite par le « Compositeur de l’Univers » au peuple hébreu. Il ne cessa de se passionner pour les découvertes en astrophysique, en paléontologie, en neurophysiologie, etc. À partir de deux réalités couplées dans la cosmogénèse (croissance de l’information, et tendance à la décomposition), il s’interrogeait : L’Univers est-il pensable seul, est-il l’Absolu, ou le tout de l’être ?

Il dégageait ainsi, à partir de la genèse du monde, le fait de la Création et la distinction fondamentale entre le Créateur et le créé. À partir de là, il posait la question : le Créateur n’a-t-il pas communiqué son dessein ultime sur l’Univers en un point germinal de l’histoire humaine ?

Et il dégageait, dans le fait qu’est l’histoire du peuple hébreu, le fait de la Révélation, qui est la Création continuée sur un autre registre : la communication progressive à l’intelligence humaine, à travers le prophétisme, du but ultime de tout ce qui existe dans le monde. La Révélation divine et l’histoire de l’Univers connue par les sciences sont bien distinctes, mais Claude Tresmontant ne les séparait pas, car, comme il l’a dit plusieurs fois, « unique est l’auteur de la nature et de la grâce ». D’où son effort de penser ce qu’il appelait une « circulation » entre cosmologie, métaphysique, exégèse de la pensée hébraïque, et les dogmes catholiques. »

Lorsqu’on a lu, et pour ma part ce fut avec avidité, les écrits de Claude Tresmontant, on adhère à l’idée que le processus de Révélation s’est déroulé sur des siècles par un dialogue constant de Dieu avec le peuple hébreu, puis par le Christ des évangiles, puis par la succession apostolique continuée jusqu’à maintenant par l’Église de Rome.  Et Tresmontant d’insister pour dire que le fait de la Révélation n’est pas une « option », mais l’assentiment de l’intelligence à un donné historique comme précisé dans la Constitution De Fide du Concile Vatican I en 1869. « C’est à la raison que la Révélation s’adresse. C’est à la raison que Dieu parle, c’est à la raison qu’il demande la foi et il ne la lui demande qu’après lui avoir fait voir que c’est bien lui qui parle. » (2)

De ce fait, dit Tresmontant, la foi n’est pas un ressenti, ni un sentiment, ni un pari du style « on n’a rien à perdre, mais tout à gagner », elle est un acte d’intelligence, parce que « l’intelligence humaine connaît Dieu à partir de son œuvre [ …] et à partir des actions historiques que Dieu a accomplies, réalisées, dans l’histoire de son peuple chéri, le peuple hébreu. » (cf. le livre de Paul Mirault déjà cité).

Ainsi posé le fondement de ma foi, Dieu n’est plus pour moi un possible, ni une énigme.

  • Il est Celui qui accompagne la Création, mais une création en devenir, toujours dans les soubresauts de l’histoire et les gémissements…
  • Il est « au-devant » de l’humanité et il agit un peu à la manière d’un GPS, qui donne toujours et patiemment la bonne direction, mais sans imposer l’itinéraire à prendre… et la direction qu’il donne est la suivante : « Là où je suis, je veux que vous y soyez, vous aussi ».
  •  Il est comme une immense perfusion de vie et d’amour branchée sur le monde par l’eucharistie célébrée tous les jours.

Vraiment je suis heureuse de croire en ce Dieu d’amour « qui est toujours à l’œuvre » et qui ne reprend jamais sa parole.

Puisse ce devoir de vacances donner envie de croire en Dieu… et peut-être de lire Claude Tresmontant !

Vannes le 13 juillet 2026
Jeannine Calvez

P. S. : J’ajoute que les deux théologiens qui ont balisé mon itinéraire de foi depuis ma conversion à 36 ans sont Teilhard de Chardin et tout récemment Tresmontant. Ce dernier, converti à 16 ans, fut lui-même ébloui par la pensée de Teilhard et de Maurice Blondel. Je suis émue quand je pense que Claude Tresmontant est décédé en murmurant la prière du Notre Père en hébreu, langue qu’il maîtrisait parfaitement d’avoir tant lu et relu les évangiles dans leur version primitive : l’hébreu. Ce grand théologien est décédé en avril 1997. Nous fêterons le trentième anniversaire de sa mort l’an prochain.

  1. Paul Mirault, Réalisme intégral. Claude Tresmontant métaphysicien de la création -Anthologie de l’œuvre publiée, préface de Yves Tourenne, Éditions François-Xavier de Guibert, 2012.
  2. Cardinal Dechamps, L’infaillibilité et le concile général, 29 mai 1869. E. Cecconi, Histoire du concile du Vatican, trad. française, Paris, 1887, t. IV, p. 49.
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