A l’écoute de la Parole de Dieu
20e Dimanche du temps ordinaire (année A) 16/08/2026
Is 56, 1.6-7 ; Ps 66 (67) ; (Rm 11, 13-15.29-32) ; Mt 15, 21-28
« …Ma maison s’appellera: Maison de prière pour tous les peuples» (Is 56,7). Les textes de ce jour proclament que le salut est pour tous, y compris les étrangers au peuple «élu» ; il ignore les classes sociales ou des groupes d’individus cherchant à le réserver à leur seul profit. Isaïe le dit : celui qui s'est attaché au service du Seigneur — il ne précise pas sous quelle bannière — sera accueilli dans la maison de Dieu. Toutes les nations sont appelées à chanter leur joie d’être gouvernées par Dieu, parce qu’il est juste (Ps 66 (67),5). Mais, en même temps, ce salut est destiné d’abord à ceux qui ont tenu ferme l’alliance avec le Seigneur.
«Dieu… a enfermé tous les hommes dans le refus de croire pour faire à tous miséricorde» (Rm 11,32). Mystérieuses paroles de saint Paul qui viennent renforcer cette affirmation que le salut est pour tous, parce qu’il est gratuit. Il ne dépend pas de nos «bonnes œuvres» ou de nos, péchés, mais de la seule volonté bienveillante du Père. En outre, saint Paul semble jouer d’un balancement, presque stimuler une jalousie, entre païens et Juifs. Alors que ceux-ci étaient fidèles à Dieu, les autres étaient en dehors du jeu ; avec le mouvement missionnaire lancé vers les païens, et incarné par Paul, le refus des Juifs de croire en Jésus, envoyé de Dieu, la voie est ouverte pour une miséricorde générale.
Cet enfermement de l'homme dans la désobéissance, qui permet à Dieu de faire miséricorde, rejoint l’Exultet de la nuit pascale : « Heureuse faute qui nous a valu un tel rédempteur », Jésus-Christ. La réflexion à tirer d'un tel paradoxe nous incite non pas, bien sûr, à pécher, afin d'être objet de miséricorde, mais à rendre grâce pour l’infatigable patience et l’infinie tendresse de Dieu.
Le salut est gratuit, encore faut-il le désirer. Quand Jésus guérit un malade ou un handicapé, il lui demande habituellement : «Que veux-tu ?». Quelquefois, il s’assure de la sincérité de son interlocuteur. Le dialogue, qui le confronte à la Cananéenne (Mt 15,21-28), est riche d’enseignements. Aux «criailleries» de cette mère angoissée parce que sa fille est tourmentée par un démon, il ne répond d’abord pas, silence étonnant de sa part, lui qui accueille habituellement avec largesse, même quand c’est avec agacement, les demande de «miracles». Puis, devant l’insistance de cette solliciteuse, il répond avec un peu de hauteur, pour ne pas dire de mépris, qu’il n’est pas là pour une païenne, car sa mission ne l’adresse qu’aux «brebis perdues de la maison d’Israël». Comme elle persiste, en répliquant avec esprit (avec l’Esprit ?), il reconnait la foi de cette femme et c’est cette foi reconnue qui sauve sa fille.
Question : Par son apparente fermeture à une demande pressante, Jésus a-t-il voulu en «éprouver» la profondeur ? Ou n’assiste-t-on pas ici à une véritable «conversion» de Jésus ? Plein du sens de sa mission, il aurait pu ne pas céder au vœu de la Cananéenne. Mais ce qu’elle veut est juste, et elle manifeste sa pleine confiance au Maître.
Application pratique : quand on a une demande vitale à faire à Dieu, il ne faut pas faire le timide, mais savoir puiser au fond de sa foi, creuser son désir, même si on n'est qu'un «païen».
Marcel Bernos