Fête de l’Assomption
Pour quelle raison a-t-on créé la fête de l’Assomption ? C’est au siècle dernier que le pape Pie XII, en accord avec la majorité des évêques, a déclaré ce dogme. On peut penser qu’il ne s’agissait pas d’ajouter une nouvelle fête mariale, tellement il y en avait déjà...Alors si ce dogme semblait important, on peut imaginer qu’il a trait au cœur de l’histoire du salut. Notre foi est christologique, c’est en considérant l’acte du Christ sauveur que l’on saisit l’importance de Marie au point de définir son Assomption.
Revenons donc sur l’Histoire du Salut, après nous essayerons de donner un certain sens à l’Assomption. Il ne s’agit pas pour nous de prétendre définir cette Histoire ni ce qu’est l’Assomption, mais d’ouvrir quelques pistes de réflexion. Le chapitre 5 de l’Epître aux Romains nous offre des clés, chapitre qui traite du chemin menant de l’Adam pécheur au Christ, nouvel Adam, sauveur.
Histoire du Salut
Adam est l’archétype de l’homme pécheur. Quoi qu’il en soit du premier homme, Adam, comme auteur de la chute n’est pas plus une figure historique que le Christ ressuscité. Il nous représente tous par le « non » qu’il a adressé à Dieu. Sa chute a comme résultat un « non » qu’alors Dieu lui a adressé. Tous nous sommes atteints par ce « non » de Dieu car tous nous participons à celui d’Adam. Tous sauf Marie, et c’est là que sa place sera essentiellement différente. Le second Adam, le Christ, est alors l’archétype du salut : Dieu, par le Christ, est passé du « non » au « oui ». C’est en nous jugeant pécheurs que Dieu nous fait grâce, la condamnation est pardon, cette mort du pécheur est vie, le Crucifié est le Ressuscité. Ce passage est celui de la Croix à la Résurrection. Il est toujours d’actualité, il ne s’agit pas de Jésus, homme historique qui n’est plus parmi nous, mais du Christ éternel qui, ici et maintenant, permet à Dieu de transformer la chute en salut. Aujourd’hui Jésus est le Crucifié, aujourd’hui il est le Ressuscité.
Adam, le premier Adam, est toujours présent. La Croix est toujours dressée et notre « non » s’exprime encore. Nous sommes dans le temps des hommes. Dans le temps de Dieu, qu’on appelle le « temps éternel », celui de la Résurrection, nous sommes sauvés. Mais il s’agit encore d’une promesse, non réalisée, en cours de réalisation. En assumant la nature humaine par l’Incarnation, le Verbe s’est constitué un temps, celui de la Révélation, c’est notre temps, temps de la Promesse, de la Réconciliation.
La Parousie, le Jugement par lequel le Christ soumettra tout à son Père, est en cours. Elle n’a lieu en aucun temps, elle est le mystère, la suppression, le fondement et l’éternité de tous les temps. Elle est identique à la Résurrection à cela près qu’elle désigne comme accomplissement ce qui, dans notre temps, est conçu comme promesse. Elle est la Rédemption promise, œuvre de l’Esprit. Pour nous, par le Christ, nous sommes dans le temps de la Réconciliation. Par l’Incarnation, Dieu dont le temps est l’éternité est entré le nôtre. L’Eternité ne vient pas après le temps, mais le surplombe en toute sa durée, elle est constamment sa limite, et sa source. Ce temps a été fondé par Lui lorsqu’il nous a créés et la Création est toujours à l’œuvre. Dans ce temps, le nôtre, nous sommes toujours pécheurs, dans le « non », mais en marche vers le « oui » en union avec le Christ.
L’homme nouveau est né, il est vrai, mais cet homme je ne le suis pas. A cause du péché, notre Réconciliation n’est pas totale dans notre temps, la Croix est là pour nous le rappeler. Jésus Christ seul est créature élevée à l’unité avec Dieu, mais cette unité signifie la promesse que d’autres créatures peuvent aussi devenir organe et signe de Dieu. Les saints, enfin réconciliés par le Christ, sont ainsi entrés dans le temps éternel, l’eschatologie, dans l’attente de la Parousie, ils deviennent témoins du salut dans le Christ. Mais parmi eux, Marie a un statut spécial, car seule elle a correspondu à la créature voulue dès l’origine par Dieu. (1)
Assomption de Marie
La Vierge, en effet, a une place à part. Peu importe ici sa réalité historique (que nous ne mettons pas en cause, mais ce qu’elle représente nous semble plus important). Elle représente, elle seule, l’humanité telle que conçue et créée par Dieu. Cela dépasse toutes les dévotions que nous pouvons exprimer envers elle. C’est le sens de l’Immaculée Conception, conçue dans le « oui » sans limite de Dieu envers sa Création. Cela a été possible parce qu’elle a confirmé son « oui » lors de l’Annonciation, un « oui » qui a continué à être et qui a été reconnu par Jésus sur la Croix quand il l’a instituée comme notre mère. Cela au contraire du reste de l’humanité qui par son « non » à Dieu est représentée par le premier Adam pécheur.
Marie est pleinement humaine et a vécu dans notre temps créé par Dieu, mais associée dès sa conception à la Croix et à la Résurrection, à la Réconciliation et à la Rédemption. De même que la Résurrection est toujours présente, il existe un salut par la Vierge car elle est intrinsèquement liée au mystère de la Réconciliation par la Croix-Résurrection toujours à l’œuvre.
Le Christ, deuxième Adam, est le premier-né du Monde Nouveau inauguré à Pâques, Marie est la première créature humaine habitant pleinement ce Monde Nouveau. A ce titre elle est salvatrice associée à l’acte salvateur du Christ dans la Résurrection. Elle est Rédemptrice par l’Esprit qu’elle a reçue avec les Apôtres à la Pentecôte, après avoir été faite mère de l’humanité par le Christ sur la Croix.
L’Assomption est l’affirmation de ce statut particulier. Elle est l’affirmation de la place de Marie dans l’Histoire du Salut qui est notre Histoire. En ce sens nous pouvons la prier, notre prière envers elle est de nature totalement différente des prières adressées aux saints.
L’Assomption conforte Marie comme mère de Dieu fait-homme, faisant avec Lui œuvre de salut.
Marc Durand
(1) Dans toute cette première partie, nous nous sommes inspirés du livre de H. Bouillard : « Karl Barth, tome 1, genèse et évolution de la théologie dialectique », Aubier, 1957.
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