Je peux vivre ma foi sans Église mais pas sans communauté pour la partager
Précédent cette question, il y en a une autre que je dois honnêtement me poser : Aurais-je eu la foi en Jésus-Christ si l’Église n'avait pas existé ?
Je ne crois pas, les évangiles auraient été vendus en librairie comme d'autres ouvrages de philosophie. Jésus aurait été considéré comme un sage, un humaniste proclamant que l'être humain pouvait trouver son bonheur dans le renoncement aux richesses ainsi que le considèrent aujourd'hui beaucoup de personnes athées. Mais me serais-je dirigée vers les Évangiles ?
La foi, c'est essentiellement pour un chrétien, la foi en Jésus-Christ et c'est l’Église, la seule, qui s'est revendiquée dépositaire des évangiles contenant les paroles du Christ.
La foi est un don de Dieu, tout le monde ne la reçoit pas. On reçoit la foi quand on rencontre Jésus-Christ. Dès l'enfance, il y a tout un terrain qui prépare à cette rencontre soit en vivant dans un milieu de parents croyants qui envoient leurs enfants au catéchisme puis à l'église toutefois sans certitude pour tous d'une rencontre avec le Christ, soit à l'adolescence ou à l'âge adulte dans un milieu croyant ou non mais par une rencontre avec un chrétien ou par une réflexion venue à l'esprit sur la transcendance ou par une visite en touriste dans une église où on découvre un tableau qui, soudain nous parle, il y a une quantité de façons « d'attraper » la foi.
La foi étant un don de Dieu, ce n'est donc pas un motif de salut. Elle peut y aider car dans la rencontre avec Jésus-Christ il y a la découverte de ses deux commandements d'amour : « Aimez Dieu de tout votre cœur, de tout votre esprit, de toute votre âme » et « Aime ton prochain comme toi-même ». Jésus prend soin de dire qu'ils sont semblables c'est-à-dire que pour les personnes qui ne connaissent pas Dieu, ce que dit Matthieu du jugement dernier Ch 25, 34-36 :« j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger., j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire...etc » suffit. Toute personne est habilitée à rencontrer Dieu, si ce n'est pas dans ce monde ce sera dans l'autre. Et si elle a pratiqué l'amour du prochain tel qu'il est défini par Matthieu, elle sera sauvée.
J'ai décrit tout mon parcours de foi dans l'article « Pourquoi je partirai mais sans perdre de vue l’Église »
Dès la rencontre de Jésus-Christ dans notre vie, on va chercher à vouloir vivre sa foi. Ce sera une quête sans répit. On se trouve alors poussé à partager avec d'autres croyants ou non cette découverte : la Parole de Dieu dans les évangiles et ce qu'elle éveille et signifie en nous. Nous en trouvons souvent un écho dans les homélies des prêtres mais les laïcs souvent considérés comme des assistants et non des participants, n'ont pas droit au partage.
Tous ces sacrements dans l’Église ne sont pas très utiles pour vivre sa foi ; le baptême est nécessaire, celui de l'eau par Jean-Baptiste a été accepté par Jésus-Christ comme un signe de purification et de révélation, il devient ainsi pour nous un signe de fraternité avec le Christ. L'Eucharistie, c'est la reproduction de la Cène dans laquelle le Christ fait le don de sa vie pour nous, une mémoire qui nous rappelle : « Ma vie, nul ne la prend mais c'est moi qui la donne » mais était-ce nécessaire d'en faire un sacrement ? Le véritable sacrement c'est le lavement des pieds dans lequel le Christ se fait serviteur de tous et nous invite à faire de même comme un motif de salut.
Pour moi, l'essentiel pour vivre réellement sa foi c'est cette parole : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux ». L’Église arrive à réaliser la communauté et vivre sa foi sans église c'est vivre sa foi sans la communauté et c'est là que se fait un vide.
Mais il y a d'autres façons de « faire église ». Il y a des réunions entre chrétiens ne serait-ce que la notre à « Garrigues et Sentiers ». Quelquefois nos points de vue divergent un peu mais ne sont pas des sujets de séparation. Il y a toutes les périphéries de l’Église qui sont aussi l’Église : Saint-Merry Hors les murs, la CCBF (Conférence Catholique des Baptisés de France) la NSAE (nous sommes aussi l’Église) les Réseaux de Parvis, et d'autres que je ne connais pas. Tous ces mouvements dans lesquels s'exprime la foi et le parcours de chacun, réalisent la véritable unité des chrétiens sans avoir besoin de la sphère pyramidale de l’ecclésiologie.
Alors peut-on vivre sa foi sans église ? On peut avoir la foi sans la vivre mais la foi en qui, en quoi ? Mon père disait : je crois qu'il y a quelque chose au-dessus de nous. C'était une vague croyance agnostique sans désir de vivre une foi en un Dieu. L'église veut dire assemblée qui pourrait se traduire aussi par réunion. Nous ne sommes pas chrétiens tout seuls. On peut vivre sa foi sans église mais pas sans communauté. Or l'une ne va pas sans l'autre et si nous voulons garder la présence du Christ dans nos vies il faut arriver à garder et à réaliser cette parole : « Là où deux ou trois sont réunis en Mon Nom, je suis au milieu d'eux ».(1)
Christiane Guès
(1) Aujourd'hui ces réunions entre chrétiens arrivent à se réaliser avec internet, les blogs, les réseaux sociaux, les montages vidéos et le vide laissé par l'absence de l’Église arrive ainsi à se combler.