Peut-on vivre sa foi hors d’une Église ? Approche synthétique des contributions à notre dossier participatif de cet été

Publié le par Garrigues et Sentiers

Le 18 juillet notre blog a proposé un débat sur le thème : Peut-on vivre sa foi sans Église ? Il a suscité des réponses depuis cette date jusqu’au 3 septembre. Deux directions ont été prises : la plupart des textes traitent directement de la question, mais quelques-uns ouvrent la problématique en évoquant la question de la divinité du Christ et aussi de la place des femmes (ou plutôt de leur exclusion) dans l’Église.

Nous proposons ici une approche synthétique de l’ensemble des textes. Faire une synthèse exige des choix, des oublis, peut engendrer des erreurs d’interprétation, mais les lecteurs pourront toujours revenir aux textes originaux.

Pour faciliter la lecture, nous avons renoncé aux guillemets ou références quand nous avons repris telles quelles des phrases des articles concernés. Là encore le lecteur peut retourner vers les articles originaux.

G & S 

 

On note de façon générale dans les réponses de grandes réserves face à l’Institution de l’Église catholique. Avant de rentrer dans le vif du sujet, sur la foi et l’Église, relevons ces critiques qu’il nous faut considérer sérieusement.

« L’Église sainte est un leurre », elle se prétend sacrée en oubliant qu’elle est composée d’hommes faillibles. Elle confond sa situation ici-bas avec ce à quoi elle est appelée. Cela la mène à une certaine perversion dans des descriptions institutionnelles des sacrements ou du salut. Elle prône un dépôt de la foi figé, inculqué d’autorité. Sa Tradition est figée dans un moment de l’Histoire, elle est un objet mort. Derrière la Tradition elle prétend maîtriser l’avenir, le destin de l’homme, le projet de Dieu.

Cette conception sacralisée de l’Église la mène à une gouvernance inadmissible. L’Église, au sens institutionnel (nous verrons plus loin qu’il y a d’autres sens, heureusement !) prétend à la propriété exclusive de la vérité, elle déploie une autorité qui n’entend ni les questions, ni les requêtes d’injustices souffrantes, quand elle n’a pas fait pire (Croisades, Saint Barthélémy, Inquisition, condamnations…). Dans une perpétuation de la caste sacerdotale, elle conserve une hiérarchie ecclésiastique qui sépare le peuple des clercs dispensateurs des sacrements, directeurs des consciences et de la foi d’un peuple de croyants disciplinés. Elle développe une nouvelle génération de prêtres désireux de reprendre en mains le peuple de Dieu pour en faire un troupeau guidé dans toute sa vie, ramenant la religion à être prioritairement un terreau culturel. Elle subordonne le « croire » à l’obéissance... grande perversion. Finalement seule elle sait, seule elle valide ou légitimise, seule elle fait autorité.
Cette autorité sans faille la mène parfois à travestir l’Évangile, à prôner une vie spirituelle désincarnée enfouie sous un fatras de rites et de dogmes ne correspondant plus à rien. À coups de rituels elle a asséché les signes du Royaume, elle a même pétrifié dans la sacralisation la commémoration de la Cène, cœur de notre foi. Elle est incapable de proposer des lieux vivants communautaires où célébrer sa foi, arc-boutée sur la « liturgie de toujours » qui ne signifie plus rien. Son autoritarisme l’a menée à tremper dans des crimes irrécusables, alourdie sans légitimité de dogmes, de tabous, imposant des jougs intolérables.

Alors on se trouve devant un trio de possibilités pour l’avenir : soit le christianisme disparaît, resteront les œuvres d’art ; soit il se dissout dans les Droits de l’Homme et un spirituel indifférencié célébrant un « grand prophète », Jésus ; soit l’Église ne change pas, continue ses discussions et querelles internes ayant pour objet essentiel l’institution et son contrôle. Église fermée sur elle-même revenant au temps de nos grands-parents, incapable de proclamer une vraie « Bonne Nouvelle », une nouvelle secte.

Maurice Bellet propose une quatrième voie, positive elle, nous y reviendrons.

La Foi

Nécessité de définir ce que signifie le mot « foi » et quelle est notre foi. Peut-être ne peut-on pas parler de foi, mais seulement de preuves de la foi qui sont données par nous-mêmes dans nos vies. La foi est l’objet et le support du croire, elle peut être un dépôt figé ou une graine à faire germer.

Tout d’abord la foi n’est pas une croyance en des définitions, en des dogmes ou la reconnaissance d’une transcendance, très impersonnelle. On peut la considérer comme une croyance en l’existence de Dieu, mais qui est Dieu ? Que signifie son existence ? Le mot « foi » signifie « faire crédit », « faire confiance ». Pour ce qui est de la confiance, arrive la question de celle qu’on peut faire en la partie historique de la saga des Hébreux, puis au témoignage des évangélistes. Il y a alors nécessité d’étudier l’histoire, l’archéologie, etc.

Cela amène à prendre de la distance dans la lecture des textes fondateurs en approfondissant sa propre religion. Faire crédit amène à une adhésion à une certitude par laquelle nous proclamons Dieu comme tel, et donc une certaine « credulitas » ou ingénuité. Ce n’est pas une simple adhésion à un système d’idées mais aussi une rencontre libre entre un Dieu-homme vivant et un homme dans la liberté de sa conscience. Je crois avoir la certitude que l’Évangile est porteur d’un discours auquel j’ajoute foi. Il me fait découvrir ce qui devient une évidence : l’amour est le seul attribut de la transcendance, l’Incarnation est ce moment du temps humain où l’absolu de l’amour commence à se révéler comme seul divin. Mais cela ne se connaît que par le cœur et non par la raison qui est d’un autre ordre (d’où le vocable « credulitas »).

Il y a une infinité de manières de croire, mais c’est un acte qui nous engage tout entiers, moteur de la vie, dépassant complètement une simple opinion, une croyance. On peut distinguer une foi par assignation de celui qui vit dans un milieu chrétien et se trouve « croyant » par son état, d’une foi par choix de celui qui alors décide que sa foi l’engage. Cette dernière manière libère le croyant d’une assignation à une Église. Elle est alors liée à une conversion, le Christ nous invite à interroger radicalement toutes nos religions de naissance dans une aventure personnelle.

La foi est pour nous un acte positif qui commence par un attachement à une entité transcendante, active dans nos vies, expliquant la création de l’Univers et l’émergence de la vie. Elle se personnalise alors, dans un attachement (une adoration ?) à Jésus-Christ, fils incarné de Dieu (ou pour certains simple envoyé, Messie, ou encore homme modèle d’humanité). C’est un attachement à la personne de Jésus, à son message universel authentifié par sa fidélité absolue, jusqu’à la mort, envers son Père qui est révélé comme un Dieu-amour. Et l’Église se trouve la seule qui s’est revendiquée dépositaire de cette Bonne Nouvelle (on reviendra sur la notion d’Église). La foi est un attachement à celui qui se révèle et à ceux qui le révèlent (y compris dans l’Islam avec le Prophète ou le Judaïsme avec les Prophètes).

Nous assistons à une certaine fin du christianisme (ou à une fin certaine) que nous avons connu, fin qui ouvre la possibilité d’un éveil de résurrection. Maurice Bellet écrit ce qui semble être au cœur de nos fois respectives :« Un homme est venu parmi nous, un parmi tous les autres, et il lui fut donné de traverser l’impossible, de transgresser l’évidence – l’évidence de la mort. Aussi est-il descendu jusqu’en l’en-bas de l’en-bas, jusqu’à perdre Dieu – mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Il est mort, nous l’avons tué. Quelques-uns affirment qu’il est vivant. C’est l’affirmation inouïe d’une humanité qui ose préférer la vie à la mort. (…) Comment connaîtrai-je ce Christ de façon vive et concrète ? Où sinon dans cette agapè, cet amour entre frères dont l’apôtre Jean ose dire que quiconque aime ainsi est né de Dieu et connaît Dieu ? Aussi bien, Paul déclare-t-il dans la première épître aux Corinthiens (chap.13) que tout passera, y compris la foi, seule demeure agapè pour l’éternité. Et c’est pourquoi la vie éternelle est déjà aujourd’hui, dans cette résurrection où nous sommes passés du goût du meurtre au don de la vie. »

Cette foi est un don de Dieu, on en vit quand on rencontre Jésus-Christ. Elle n’est pas motivée par la recherche d’un salut. Elle est le trésor commun à tous les chrétiens, la perle précieuse de l’Évangile, ce trésor, c’est Jésus, celui que Paul transforme déjà en Christ.

Relation à l’Église

Commençons en évoquant deux témoignages assez opposés dus à deux philosophes. Simone Weil se demande si « Dieu ne veut pas qu'il y ait des hommes et des femmes qui se soient donnés à lui et au Christ et qui pourtant demeurent hors de l'Église ». La réponse de Maurice Blondel serait « qu’on ne peut vivre sa foi de chrétien catholique qu’en Église et dans l’Église, cet engagement n’a rien à voir avec le fanatisme d’une croyance, bien au contraire il s’agit d’une foi ouverte et active qui a inspiré les initiateurs du Concile Vatican II. »

On considèrera ici essentiellement l’Église catholique, mais bien des idées peuvent s’appliquer à d’autres Églises, chrétiennes ou pas.

De quelle Église parle-t-on ? L’Institution ? L’ensemble des baptisés ? Tous les « enfants de Dieu » ? Ou plutôt une communauté au sens large qui transmet la Révélation, organise les relations des hommes avec Dieu. Une assemblée de fidèles qui n’admet aucune exclusion, le for interne de chacun devant être respecté. L’Ekklesia grecque à laquelle se réfère le Nouveau Testament était une assemblée convoquée pour écouter un message et en débattre ; l'Évangile est l’histoire de cet appel.

Une Église semble nécessaire pour assurer la transmission des « vérités » d’une religion. L’Église est le « canal historique » par lequel nous atteint l’Évangile. L’Église est porteuse d’une Tradition non pas figée mais construite au jour le jour, comme la Création elle-même. La communauté spirituelle a besoin de guides, mais pas de chefs et n’a pas besoin non plus d’allégeance aux autorités. Les membres y sont rattachés en gardant toute liberté et leur libre arbitre.

L’Église est un lieu de ressourcement spirituel auprès des autres. Elle est une aide, elle permet de discerner et d’éviter les embûches (et de devenir une secte). Vivre sa foi est une quête sans répit. Nous sommes poussés à partager avec d’autres, croyants ou non, cette découverte du Christ. Vivre sa foi sans Église, ce serait vivre sa foi sans la communauté et c’est alors que se fait un grand vide. On peut vivre sa foi sans Église institutionnelle, mais pas sans communauté. Le chrétien a constamment besoin de s’engager librement avec les membres d’une Église qui accueillent librement sa foi. La liberté dans l’Église est essentielle. « L’Évangile est par nature l’in-ouï (…) il y a désinstallation par rapport au christianisme établi (...) le chemin de chacun est son chemin parce que c’est à lui que la parole est adressée » a écrit Maurice Bellet. L’Évangile nous appelle à quitter ce qu’on connaît pour aller vers ce que nous ne connaissons pas.

La communauté permet de célébrer sa foi et d’adhérer à la mission qui est inhérente à nos démarches de foi. Célébration envers Dieu, témoignage d’une communauté fidèle au Christ. À travers les célébrations et par bien d’autres canaux, il est nécessaire de proclamer la Bonne Nouvelle au Monde, pas seulement de façon individuelle mais communautairement. Les chrétiens ont constamment besoin de « l’outil » Église pour rendre présent l’Évangile dans le monde dont ils sont appelés à être la lumière.

Nous sommes alors amenés à participer à l’Église, mais pas sans réserves. On pourrait imaginer une autre Église, mais elle sera toujours faite d’hommes et donc imparfaite. Toute institution a ses défauts et il nous faut accepter des compromis. Il ne faut pas oublier, par-delà les fautes de l’Église, la somme immense d’abnégation, d’héroïsme, de générosité, de bonté, de sacrifices que les pasteurs et les fidèles de leurs Églises ont offerte au monde.

Quand on parle de l’Église, il ne faut pas oublier que c’est Jésus-Christ qui est le centre de notre foi. Lui-même n’a pas fondé l’Église, les débuts étaient une assemblée au sens de l’ekklesia grecque. Le christianisme n’est pas vraiment une Église, on manque d’un terme pour le catégoriser. Le Christ nous invite à interroger radicalement toutes nos religions de naissance, dans une aventure personnelle et une conversion. Le rapport critique vécu par les premiers chrétiens avec l’institution religieuse de l’époque est constitutif de la démarche évangélique.

L’enseignement de Jésus, c’est le commandement de l’amour, l’agapè. Comment connaîtrai-je Jésus-Christ si ce n’est dans cette agapè ? Et le véritable sacrement laissé par Jésus, en plus du baptême marquant notre adhésion à sa personne, c’est le lavement des pieds. Le Jeudi Saint nous sommes devenus le Corps du Christ, c’est cela l’Église, l’ensemble de tous ceux qui choisissent de donner leur foi au Christ qui les rassemble. L’Amour trinitaire en fait l’unité. C’est l’Esprit, invoqué dans l’Église, prié dans nos communautés, qui nous permet de vivre et de pratiquer cet amour. Notre amour des hommes est l’amour de Dieu pour eux, il est ce qui fait tenir le Corps. L’Église est alors le peuple de Dieu, aimé de Dieu, et finalement devenu Corps du Christ qui a aboli la frontière entre Lui et son peuple...élargi au monde entier. Un peuple qui a vu s’abolir la frontière avec le Christ dans la communion post-messianique et dans l’universelle espérance qui l’incorpore à l’image mystique du Corps du Christ. Cette Église, Corps du Christ, est essentielle à notre foi.

Comment vivre dans cette Église ? Retenons d’abord que le cadre est accessoire, Dieu n’est enfermé dans aucun cadre. Dans ce cadre, retenons l’importance de la synodalité, que ce qui concerne tous doit être discuté et décidé par tous, le « sensus fidei » est important (capacité des croyants donnée par l’Esprit Saint à discerner les vérités qui ne peuvent simplement tomber du ciel hiérarchique). La vie dans l’Église nous demande de nous laisser interpeller et changer par l’autre. Entrer dans une coresponsabilité différenciée où les baptisés sont aussi les pasteurs des baptisés. La grande Église est l’anti-secte : il y a diversité de chemins et de styles, d’idées. « Quant aux maîtres...“n’appelez personne Père ou Maître”. Il n’est Église que de frères s’aimant et s’aidant les uns les autres » (M. Bellet).

Et n’oublions pas que les périphéries sont aussi l’Église !

Autorité dogmatique de l’Église : divinité de Jésus et ...exclusion des femmes

Parallèlement aux réflexions sur la possibilité de vivre sa foi hors d’une Église, un autre thème a été développé autour de deux articles, l’un par Michel Lecomte sur la question de la divinité de Jésus, l’autre par Sylvaine Landrivon qui relate un livre de Gilbert Clavel sur l’exclusion des femmes du sacré.

Nous trouvons là des cheminements complémentaires sur l’intellection du croire en appelant à une liberté contestataire face aux enfermements doctrinaires dans le corpus religieux et aux détournements qui lui sont imputables. C’est un appel à revenir sur l’analyse des fondements scripturaires sur lesquels se fonde l’institution catholique romaine, à revenir sur un pan entier des arriérations millénaires sur lesquelles s’est façonné un ordre clérical. Ne doit-on pas faire remonter le processus de l’appropriation de la vérité par une caste sacerdotale à la fermeture de la voie spirituelle dont pouvait naître un judéo-christianisme au moment même où le judaïsme vivait le passage du Temple à la synagogue avec disparition des prêtres ? Quelles parts tiennent, dans les affirmations de cette nouvelle religion, les emprunts au paganisme ? N’a-t-on pas assisté à une imitation des cultes païens dont procédait la mise en place d’un appareil de cléricature prenant toute la place et imposant sa hiérarchie, prétendant détenir la vérité absolue ?

Sylvaine Landrivon voit dans tout ce qui précède la source de l’exclusion des femmes du sacré, sa dénonciation est bien argumentée et devrait faire réfléchir nos pasteurs, sans oublier l’encyclique Humanae Vitae et le coup de grâce donné par Jean-Paul II rendant définitive l’interdiction de l’accès des femmes aux ministères ordonnés.

Dans la suite des idées émises ci-dessus, Michel Lecomte se libère des dogmes et va jusqu’à nier la divinité de Jésus. Il nous propose une réflexion sur la personne et l’action de Jésus qui est très enrichissante. La conception d’un Jésus-Dieu a tendance à nous faire occulter tout ce que Jésus- homme nous a apporté. Il reconstitue un Jésus-homme libre enraciné dans la tradition prophétique d’Israël, parlant au nom de Dieu dans la proximité avec les hommes. Il ne demandait pas qu’on le prie, mais qu’on le suive. Michel Lecomte pense que nous avons peu à peu hellénisé la foi (ce qui est très vrai), transformant le souvenir d’un homme libre en un être divin, figure divine inaccessible structurée dans un monde gréco-romain de dieux incarnés. Et il pousse la critique en voyant dans cette transformation le désir d’asseoir un pouvoir clérical appuyé sur cette divinisation.

Jésus était un homme soumis comme tous à la finitude, avec ses moments d’angoisse et de doute, avec ses erreurs (par exemple sur l’imminence de la fin des temps) et il n’exige ni culte ni prosternation mais appelle à vivre autrement. Il ne revendique pas un statut divin. Et la foi pascale, toujours selon Michel Lecomte, affirme simplement une permanence spirituelle qui traverse la mort. Il cite André Gounelle : « Ce n’est pas Jésus qui est Dieu, mais Dieu qui est en l’homme Jésus », ou encore Paul Tillich : « Le Christ est la transparence du divin ». Dit autrement, Dieu s’est rendu visible dans l’humanité de Jésus. Michel Lecomte conclut : « Et si aimer comme Jésus, espérer comme lui, croire en l’homme comme il y a cru, c’était cela croire en Dieu ? »

En réponse à cet article est critiquée d’abord une certaine théorie du complot dans laquelle les autorités religieuses et impériales se seraient liguées au temps de Constantin et Théodose (et cela se poursuivrait) pour imposer une vision hiérarchique de la foi et une autorité absolue d’une vérité détenue par le pouvoir.

Puis vient une critique « théologique » non pas faite d’une reprise des dogmes ou diktats du Magistère qui tomberait sous les coups de ce que nous écrivions en introduction, mais faite de questionnement, les affirmations de Gounelle ou Tillich étant tout-à-fait sensées, très profondes et éclairantes, mais ne menant peut-être pas si simplement à nier la divinité de Jésus.

Le débat sur l’essence métaphysique de Jésus nous semble mal posé, voire mener à une aporie. Il y a deux approches théologiques possibles, une « abstraite » essayant d’approcher l’Être de Dieu, et une dite « économique » se préoccupant de la relation de Dieu avec nous, la seule sur laquelle la Révélation nous donne des lumières et donc qui nous permet d’approcher une vérité. On propose une critique construite sur des élargissements continus de l’appréhension ordinaire de l’adoration de Jésus : elle est adoration de Dieu à travers Jésus qui est, grâce à sa résurrection, le seul chemin pour nous mener au Père. Et de conclure :« Notre esprit rationnel voudrait nous faire répondre par oui ou par non à la question de la divinité de Jésus. Mais la réflexion et la Révélation nous amènent à des mélanges de « oui » et de « non », de « il y a » et de « il n’y a pas », voire de propos contradictoires qui contiennent chacun une part de vérité ».

À ces considérations est ajoutée une troisième voie : Jésus est Dieu en étant entièrement Un avec Lui, il n’est pas Dieu tout seul ! Et ce que Jésus a affirmé de lui-même, son unité avec le Père, il l’a également déclaré comme un potentiel pour tous. Son union avec le Père est une possibilité ouverte à tous ceux qui sont prêts à être transformés. Nier la divinité du Christ ce serait nier que l’humanité et la divinité peuvent être unies, et dès ici et maintenant.

 

En conclusion, le mystère de la nature divine est posé dès l’impénétrable réponse de Dieu à Moïse, « Je suis qui je serai ». Comment pourrait-on lire les considérants de la prédication millénaire sur Dieu sans se stupéfier que l’invention et l’imposition par des autorités humaines de dogmes formatant une réponse à tout, ait pu, sur une durée aussi longue, nier et occulter cet inconnaissable qui est la matrice du parcours spirituel et de la pensée exégétique du judaïsme le plus éclairé, où le christianisme aurait dû trouver sa filiation ?

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L
Très précieuse, très équilibrée et très féconde synthèse qui retient les apports d'un débat d'une rare élévation. Dans lequel les interrogations les plus essentielles ont été soumises à l'élan partagé d'un libre examen, élan où chacun a pu progresser dans son itinéraire conceptuel et spirituel. Et trouver, hic et nunc, sa conclusion en tant qu'étape de cet itinéraire. <br /> A titre personnel, celui qui a opté pour la discussion fraternelle plutôt que pour l'inscription dans une communauté, se réjouit particulièrement d'avoir lu dans cette synthèse que "Jésus est Dieu en étant entièrement Un avec Lui, il n’est pas Dieu tout seul ! Et ce que Jésus a affirmé de lui-même, son unité avec le Père, il l’a également déclaré comme un potentiel pour tous. Son union avec le Père est une possibilité ouverte à tous ceux qui sont prêts à être transformés". Et qui est mieux qu'une preuve de la foi.
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