Peut-on vivre sa Foi sans Église ? Le cadre est accessoire car Dieu sort de tout cadre
Peut-on vivre sa Foi sans Église ?
Cette question n'est pas tout-à-fait claire pour moi. Je vais y répondre comme si le on me désignait moi... Et avec ce verbe pouvoir, veut-il dire qu'on a la permission (permission donnée par l'Église ? par Jésus ? par Dieu ?) ou qu'on en est capable ? Et le mot Église : est-ce l'Église institution ? l'Église catholique faite des baptisés ? l'Église de tous les chrétiens ? (ou... l'Église de tous ceux qui sont enfants de Dieu, qu'ils le sachent ou non ?).
J'ai 73 ans et ma foi a beaucoup changé depuis mon enfance. C'est pourquoi si au nom foi correspond le verbe croire, je n'ose plus guère employer le mot de foi en ce qui me concerne. Il me semble plus honnête de dire croyance. Je pense en effet qu'il y a une infinité de manières de croire et de contenus pour cet acte qui nous engage tout entiers non seulement comme une opinion mais encore comme le moteur de nos actes. On dit souvent il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour : je crois aussi qu'il n'y a pas de foi, il n'y a que des preuves de foi, preuve bien sûr données par nous-mêmes et ne concernant pas les personnes ou les objets de notre croyance. Je suis historienne des religions et anthropologue et c'est peut-être pour cela que j'ai cette sorte de retenue ou de recul scientifiques qui m'inclinent – m'obligent en fait – au respect émique (1) de tout autre, à la crainte de tout monopole, à la répulsion devant les abus et la violence de toute manipulation mentale même bien attentionnée.
Je suis toujours dans l'Église catholique. J'ai la conviction très forte que le Jésus de l'Évangile est le meilleur exemple humain que j'aie croisé. Nous savons qu'il n'a pas une intention de fonder une Église au sens actuel. Le mot signifiait simplement au début assemblée avec cette tonalité démocratique de l'ecclésia grecque. Je ne m'étends pas plus longtemps là-dessus : j'ai beaucoup d'espoir dans Vatican II (la première partie avant la mort de Jean XXIII), la reprise de la synodalité, du Qot (2) de valeur démocratique même si l'Église a encore peur de ce mot, du sensus fidei, etc. Dans les Évangiles nous voyons que la Bonne nouvelle est entre autres que Jésus lui-même pouvait se laisser interpeller et changer par l'autre, pour répondre à des besoins, et nous voyons également que ceux qui ont pu servir de têtes et de responsables ne produisaient pas de décision sans avoir consulté leur base, et changeaient en fonction des besoins (suivant l'exemple de Jésus qui nous a montré cette logique de discernement). Si nous croyons que nous sommes tous enfants de Dieu, baptisés ou non, cette base est extrêmement large, de même que Dieu dépasse tous nos concepts et mots humains ! La « relativité » s'applique fort bien concernant Dieu (même la nature corpusculaire ou ondulatoire de la lumière et l'incidence de l'observateur etc.)
Si on se réduit à la base des baptisés, c'est bien sûr l'assemblée des fidèles qui ne peut comprendre aucune exclusion : elle peut prendre des décisions différentes selon les situations et les lieux. D'ailleurs le for interne de chacun est à respecter par l'Église institution. (il y aurait beaucoup à dire sur la perversion qui se trouve dans certaines descriptions institutionnelles de sacrements, de la description du salut, de certaines théologies). Je suis mal à l'aise parfois dans cette Église catholique mais j'y reste pour y vivre en communion, en communauté. Elle m'apporte et je lui apporte ce que je peux ; nous partageons et retournons pour partager avec nos frères.
Peut-on vivre sa Foi sans Église ?
Il semble que Jésus se soit permis de discuter son cadre institutionnel religieux et même l’Écriture : il a compris l’essence de la Loi et discernait en tâchant sincèrement de le faire en toute fidélité avec ce qu’il pouvait connaître de Dieu, un chemin jamais fini.
Je vis donc ma foi (ma croyance) dans cette Église, mais pas que.
D'autres vivent leur Foi (leur croyance) dans d'autres Églises.
Le cadre est accessoire car Dieu sort de tout cadre.
M.C-R
(1) Émique (en Sciences humaines et sociales) : Dont le point de vue est basé sur les concepts et le système de pensée propre aux personnes étudiées.
(2) QOT : Initiales des trois premiers mots de la formule juridique latine Quod omnes tangit, ab omnibus tractari et approbari debet « Ce qui concerne tous doit être discuté et approuvé par tous » : cf. Marguerite Champeaux-Rousselot « Retrouvons un principe d’Église : « Ce qui concerne tous doit être discuté et approuvé par tous » en ligne sur le site https://recherches-entrecroisees.net/2021/08/20/retrouvons-un-principe-deglise-ce-qui-concerne-tous-doit-etre-discute-et-approuve-par-tous-2/