A l’écoute de la Parole de Dieu

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4ème Dimanche de Carême

1Sam 16, 1b. 6-7. 10-13a ;  Ps 22 ;  Eph 5, 8-14 ;  Jn 9, 1-41

«Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent lapparence » (1 S 16)

Cette affirmation du Premier livre de Samuel (vieux de 2500 à 2800 ans) illustre parfaitement l’un des problèmes sociaux de notre époque : un besoin de paraître, et surtout de paraître au-dessus des autres. L’avènement de la démocratie, assez rare d’ailleurs en ce monde, et de son idéal d’égalité, n’a rien fait à l’affaire. La vénération, parfois idolâtrique, qui entoure des hommes politiques, des artistes, des sportifs… nous rappelle — la notoriété s’accompagnant souvent de la richesse matérielle — que «certains sont plus égaux que d’autres» (Orwell). En outre, notre «culture», envahie par la publicité, valorise la jeunesse, la beauté et la force, qui ne sont pas forcément celles de l’âme ; elle tend à déprécier ce qui est vieux et faible (sauf à inventer des organismes plus ou moins efficaces pour s’en occuper).

«Dieu regarde le cœur» (ibidem).

Encerclés par les apparences, prenons-nous le temps de regarder le cœur des gens et des choses, c’est à dire leur réalité la plus intime ? C’est bien une apparence qui provoque nos premières réactions, éventuellement défavorables, face à autrui. Ce peut-être pour les uns la couleur de la peau, pour d’autres l’appartenance politique supposée, pour d’autres encore la religion ou … l’équipe sportive. Toujours un écran, un masque qui provoque un jugement spontané figeant l’autre dans un état, un rôle sans doute erroné. Dieu ne procède pas ainsi. Et ne devrait-il pas en être autant chez les Chrétiens ? Pour Dieu, tout homme (ou femme) a même valeur de fils ou fille à ses yeux de Père, qui aime ses créatures et pour qui nulle d’entre elles n’est supérieure ou inférieure aux autres.

Jésus nous commande de reconnaître nos semblables sur un même plan : «Ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous navez quun seul maître pour vous enseigner, et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous navez quun seul Père, celui qui est aux cieux» (Mt 23, 8-9). On ne mesure pas assez combien ce conseil impératif de Jésus nous donne de liberté. Certes, on doit respecter la loi et ceux qui en sont les rédacteurs ou les dépositaires, obéir à ceux qui sont préposés au fonctionnement d’une institution ou d’une entreprise à laquelle on appartient, mais on doit garder, vis à vis de ces personnes, lucidité et esprit critique. On peut et doit réagir et, le cas échéant, s’opposer à eux, s’ils accomplissent ou ordonnent des actes contraires à ladite loi ou à la morale.

Évidemment, la société ecclésiale, telle qu’elle s’est construite au fil de l’histoire, ne fonctionne pas selon un principe d’égalité. Mimant les structures de l’Empire romain, puis de l’organisation féodale, elle ne correspond pas tout à fait à cet idéal. Cette remarque n’exige pas une totale révolution dans une institution millénaire, car on sait qu’une politique de la table rase introduit souvent un désordre irréversible et souvent désastreux dans une société. A tout le moins pourrait-on espérer qu’une réforme profonde des instances de pouvoir, dans l’Église, une remise en question des apparences permettraient une meilleure intégration de tous ses membres, et donnerait un plus grand élan à la coopération des fidèles à l’évangélisation, laquelle est la principale, sinon la seule raison d’être de l’Église.

Comme souvent, l’évangile du jour n’a pas de rapport direct avec la première lecture.

« Ni lui, ni ses parents nont péché».

La compréhension de ce qu’est le péché, et conséquemment le mal, reste une permanente énigme. Certes le mythe 1 de la pomme prétend expliquer la «chute» de nos «premiers parents» ; il ne résout pas le problème de la transmission de ce «péché originel». En effet, il est dit que «Le fils ne portera pas liniquité de son père, et le père ne portera pas liniquité de son fils» (Ez 18, 20»). Au pire, une malédiction méritée par un père ne pèserait que pour quelques temps sur sa descendance : «Je suis un Dieu jaloux. Je punis la faute des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me détestent» (Exode 20.5). Mais ensuite ? Même en ne commençant notre décompte qu’à l’époque du livre de l’Exode (proposée au VIIe siècle av. J.-C.), cela ferait environ 120 générations. A fortiori si l’on considère la durée de la rancune depuis l’apparition de l’homo sapiens !

A moins de considérer le péché comme un maladie génétique et donc héréditaire.

Marcel Bernos

  1. «Récit relatant des faits imaginaires non consignés par l'histoire, transmis par la tradition et mettant en scène des êtres représentant symboliquement des forces physiques, des généralités d'ordre philosophique, métaphysique ou social» (Centre national des ressources textuelles et lexicales).
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