Choses vues ou entendues 32 : L’égalité est-elle compatible avec l’équité ?

Publié le par Garrigues et Sentiers

Gracchus Babeuf, un apôtre révolutionnaire de l'égalité

Gracchus Babeuf, un apôtre révolutionnaire de l'égalité

Depuis la Révolution française au moins, les Français sont avides d’égalité. Elle figure dans la devise républicaine comme une des revendications constitutives. Gracchus Babeuf (militant de la « Conjuration des égaux », guillotiné en 1797) en appelait à l’égalité radicale, réelle, inscrite dans les faits, contre une égalité « proclamée », se contentant, par exemple, du suffrage censitaire comme le prévoyait la constitution de 1791. Il avait compris avant Orwell qu’une révolution ne supprime pas forcément les inégalités, et que si « Tous les animaux sont égaux,… certains sont plus égaux que d’autres » (La ferme des animaux, ouvrage publié en 1945).

L’égalité, dans une société démocratique, peut s’appliquer à divers secteurs : politique (un droit de vote véritablement universel, y compris, bien sûr, pour les femmes !), juridique (tous les citoyens relèvent de la loi appliquée de la même façon à chacun), social (plus difficile à cerner dans son éventuelle plénitude, mais qui peut aller jusqu’à la disparition de la propriété individuelle)…

Mais l’égalité est-elle toujours « juste » ? Il y a comme un tiraillement avec la notion d’équité.

Appliquant l’adage des Actes des apôtres (4, 34-35) : «Il n'y avait aucun nécessiteux parmi eux : tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de ce qu'ils avaient vendu et le déposaient aux pieds des apôtres ; et l'on faisait des distributions à chacun en fonction de ses besoins », la  règle de saint Augustin prône l’équité plutôt que l’égalité entre les moines : «Votre Supérieur distribuera à chacun la nourriture et le vêtement ; il ne donnera pas également à tous, parce que tous vous n'avez pas des forces égales, mais plutôt à chacun selon ses besoins». Notons que le socialisme utopique, non sans rapport avec le christianisme, a développé ce concept en se préoccupant aussi des « rentrées », contributions de chacun en argent ou en prestations : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins»

Au fond, l’équité serait une forme rééquilibrée dans le réel du principe d’égalité intangible entre les citoyens (ou les enfants de Dieu !). Mais il peut y avoir contradiction entre une situation traitée dans un souci égalitaire, et ce que pourrait être une politique véritablement sociale. Un exemple banal et parlant. Certaines prestations familiales sont accordées également aux familles riches et aux familles pauvres. Les uns n’en ont pas vraiment besoin ; les autres n’en reçoivent pas suffisamment. C’est une logique de stricte égalité, mais une sorte d’injustice, presque d’abus, dans la vie réelle.

Un critère, donc, parfois difficile à trouver entre les deux : la Justice.

Marc Delîle

Publié dans Réflexions en chemin

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"Certaines prestations familiales sont accordées également aux familles riches et aux familles pauvres. Les uns n’en ont pas vraiment besoin ; les autres n’en reçoivent pas suffisamment" : pour toutes les prestations sociales, l"équité et l'égalité se rejoignent si les contributions qui les financent sont suffisamment proportionnielles et progressives pour qu'il soit réponsu à l'impératif qui fonde la solidarité et qu'énonce l'objectif de celle-ci, l'incontournable « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ».
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