Vers Genna (1)

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L'église Saint-Georges de Lalibela (Ethiopie) © Wikipedia Commons

L'église Saint-Georges de Lalibela (Ethiopie) © Wikipedia Commons

Une nouvelle pièce à verser à notre dossier participatif sur l’Espérance : cette contribution de Christiane Guès, membre de notre comité de rédaction dont vous pouvez lire régulièrement les méditations dominicales sur notre blog.
G & S

L'Espérance, ce n'est pas un mot de notre monde mais un mot d'au-delà de ce monde car c'est l'espoir élargi à l'infini. Comme ce mot, nous sommes chrétiens dans le monde mais comme ce mot, nous ne sommes pas du monde.

« L'Espérance n'est pas au même titre que la foi et la charité. » C'est la petite fille Espérance, disait Péguy. « Au milieu entre ses deux grandes sœurs elle a l’air de se laisser traîner. Et en réalité c’est elle qui fait marcher les deux autres. Et qui les traîne. Et qui fait marcher tout le monde. Et les deux grandes ne marchent que pour la petite. »

Entreprendre un pèlerinage c'est répondre à un appel qui nous invite à l'Espérance. Ainsi ces trois Européens d'origine belge qui ont entrepris ce pèlerinage vers Lalibela en Éthiopie pour Genna. Lalibela, c'est un ensemble de onze églises creusées dans le roc et datant de plus de 800 ans.

Ce sont vingt-quatre jours de marche pour atteindre le but fixé, des difficultés de randonnée avec des dénivelés importants où règne une sécheresse intense entrecoupée de pluies torrentielles qui embourbent les chemins.

Des populations de chrétiens orthodoxes vivent dispersées sur ces terres arides avec peu de végétation et envahies de cailloux. Mais c'est la richesse de leur accueil que vont expérimenter ces Européens même s'ils ne parlent pas la même langue. Alors que leurs provisions commencent à s'épuiser, une famille les invite à partager leur repas. Leur repas se compose presque uniquement de pain présenté sous forme de crêpes qu'ils ont eux-mêmes confectionnées, plus un plat unique dans lequel chacun se sert et mange avec cette crêpe de pain. C'est très frugal mais riche d'amitié, de solidarité, de bonté et pour cela il n'est pas utile de parler la même langue. Cette même famille partira le lendemain vers Lalibela car au fur et à mesure de l'avancée de leur pèlerinage, ces Européens rencontrent des familles qui, elles aussi, se mettent en route pour fêter Genna.

La route est longue, ils dorment sous des tentes sans pouvoir éviter la nuit quelquefois de violents orages mais le but qui se rapproche maintient leur espérance.

Il y a eu aussi cette rencontre avec un diacre de l'église orthodoxe sur leur route qui les a encouragés. Ayant un rythme plus rapide de marche il les distançait mais les attendait pour continuer la route avec eux.

À mesure que le but se rapprochait, ils voyaient des familles partir de chez elles pour aller dans la même direction vers Lalibela. Ils comptaient le temps qu'il leur restait pour atteindre leur but et à mesure ce temps se réduisait. Un jour le diacre leur dit qu'il y avait encore un dénivelé de 700 mètres puis une descente de 350 mètres et que dans quelques heures ils seraient arrivés.

Et puis soudain, Lalibela se révéla à eux avec son ensemble d'églises creusées dans le roc. C'était une vue inimaginable. Ces églises vieilles de plus de 800 ans avaient très peu été touchées par l'érosion.

Le diacre leur révéla alors le secret. C'était l'archange Gabriel qui, la nuit, avait changé le sol en beurre pour pouvoir tailler ces églises et une fois façonnées, il les avait retransformées en pierre.

Comment ne pas y croire ? Était-ce possible de bâtir ces églises à main d'homme avec très peu d'outils à l'époque ? Et puis un peu de magie dans ces paysages grandioses, ce n'était pas à mépriser.

Le but était atteint. Ils se retrouvaient, en descendant dans l'église principale où se déroulaient les célébrations, au milieu d'une immense foule en liesse en vêtements blancs qui scandait des chants de louange en l'honneur de Genna. Ils étaient follement heureux d'être mêlés à cette foule, de faire avec elle éclater leur joie, une joie peu commune pétrie d'amour et d'espérance mais en même temps ils éprouvaient une certaine tristesse à la pensée de devoir bientôt se séparer, de ne plus avoir à partager leurs efforts, leur nourriture, leur provision d'eau, leurs encouragements mutuels avec cette Espérance qui les avait accompagnés pendant leur longue marche. Une fois le but atteint, l'Espérance s'efface discrètement pour venir se fondre dans la joie.

Mais ce pèlerinage ils allaient l'emporter avec eux dans leur cœur et le revivre plus tard de retour chez eux dans la civilisation à l'aide du film réalisé avec leur caméra, des photos prises dans leur portable et leurs souvenirs comme si l'Espérance enfermée dans ces appareils et surtout dans leur cœur, était prête à rejaillir à volonté pour un but toujours nouveau où se créaient des rencontres, de l'entraide, de la fraternité.

Ainsi l'Espérance ne peut jamais se perdre. Quand elle est entrée dans nos vies, elle ne pourra jamais en sortir sauf si nous la mettons dehors. Mais l'Espérance a beaucoup de volonté et têtue, elle reviendra très vite nous tenir compagnie avec sa lumière qui ne s’éteint pas.

Christiane Guès

(1) « Vers Genna » est un documentaire diffusé par KTO il y a quelques jours, j'ai gardé le même titre pour cet article.
« Genna » c'est Noël en Éthiopien, il se célèbre pour l’Épiphanie soit le 6 janvier dans la religion orthodoxe.

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L
Très beau récit. Mais l'Espérance ne vient-elle pas à s'éteindre, et pire à s'éteindre d'elle même ? Quelle foi en cette espérance ne faut-il pas avoir, pour que cette lumière ne se déplace pas en dehors de nous ? Repoussée par des drames personnels invivables. Occultée par l'état du monde quand celui-ci tient, en son entier, dans le paysage accablant qui est présentement le sien.
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G
Oui, il est difficile de parler d'espérance dans le monde où nous vivons. J'ai choisi bien sûr un récit heureux qui portait facilement à l'espérance. Mais le pire c'est quand une personne est victime d'un drame affreux. On dit alors que lorsqu'on a touché le fond du désespoir, comme on ne peut plus aller plus bas, il n'y a pas d'autre alternative que de remonter à la surface. On emploie maintenant cette expression : on va pouvoir « se reconstruire», c'est peut-être là le travail de l'espérance à l'état cependant d'une faible lueur. Il y a eu un avant qui ne reviendra plus mais il y aura un après et c'est là l'essentiel, ça suffit pour justifier le retour même laborieux de l'espérance.