Courts propos réconfortants sur Dieu et sur le monde
Un de nos fidèles internautes nous a adressé, en réponse à l’article que nous avons publié à l’occasion du vingtième anniversaire de notre blog, le message suivant dont – mystère de l’informatique ! – nous n’avons eu connaissance qu’aujourd’hui.
Nous le publions avec reconnaissance, en le versant dans notre dossier participatif « Rendre compte, avec douceur et respect de l’Espérance qui est en nous »
G & S
Poursuivez. Temps incertains. Court propos réconfortant sur Dieu et le monde.
Une parole vivante, rédemptrice, créatrice, qui appelle la vie et l'humanité à être, affirme la confiance en l'avenir, la possibilité des réparations, des recommencements et des renaissances, veut que l'homme vive sa singularité et sa dignité, soutient que le bien accompli, nos petites vertus, nos expériences heureuses et nos amours s’accumulent, invite à oser... affirme qu'il y a une puissance au-delà de nous-même qui éclaire... est-elle possible aujourd'hui dans des temps incertains, les drames et les angoisses du monde ?
N'est-il pas de l'ordre de l'obligation chrétienne de s'engager à penser à nouveau frais cette parole pour pouvoir la dire et oser la dire : pour celles et ceux qui s'efforcent de se tenir debout, mais ne veulent plus, sans pour autant nier leur faillibilité, leur finitude, qu'on s'adresse à eux en les mettant à genoux, en les renvoyant à l'impuissance, à la culpabilité et à la l’inanité, ou à la dépendance de l'enfance, pour celles et ceux qui voient Dieu comme un poids mythique et métaphysique dont ils cherchent à se décharger, à se vider pour alléger enfin leur parcours d'existence, pour celles et ceux qui devant le mal voulu, le mal malheur, l'angoisse et la sidération, la dévastation de leur vie ne peuvent à juste titre concevoir que le créateur puisse être à la fois omnipotent et totalement bon, pour ceux et celles qui estiment que le christianisme institutionnalisé participe à la répression des idéaux et aspirations de la sensibilité moderne, à l'étouffement des libertés et des choix et manières de vivre, pour celles et ceux pour qui il n'y a aucune raison de croire que le monde a un jour surgi à partir de rien ni qu'un but précis quel qu'il soit, ou qu'un projet spécifique, a guidé son développement ?
Qu'est-ce que le christianisme peut dire aujourd'hui de crédible, d'audible et joyeux, sur ce Dieu qui vient vers nous pour nous proposer d'entrer dans un avenir ouvert, de s'engager dans l'éternité de son avenir ? Qu'est-ce qu'il peut dire sur ce que nous pouvons être et que nous ne sommes pas ? Sur notre identité ? Sur notre devenir ? Poser ces questions, c'est s'interroger avec urgence et vérité, inquiétude et foi sur le rapport de Dieu et du monde, sur la relation, sur l'union de Dieu et du monde. C'est penser ensemble Dieu et le monde non pas identifiés l'un à l'autre mais jamais séparés. C'est se demander qui est ce Dieu créateur qui aurait besoin du monde pour se réaliser pleinement, qui est ce monde qui aurait besoin de Dieu pour se réaliser pleinement. C'est chercher qui est ce Dieu, cet absolu, cet infini uni au relatif et au fini, qui est ce Dieu amoureux du monde. C'est porter l'attention sur la manière surprenante dont la puissance de Dieu se manifeste dans la faiblesse de Jésus élevé à la puissance créatrice, transformé lui-même par sa vie dans le monde, sa chair et ses rencontres. C'est découvrir que rejeter le monde c'est rejeter Dieu, que rejeter Dieu c'est rejeter le monde ; que choisir ou Dieu ou le monde, c'est rejeter et Dieu et le monde. C'est alerter sur les tentations des guerres froides avec le monde d'un christianisme sûr de lui et faussement prophétique.
Croire en Dieu ne serait-ce pas croire au monde envers et contre tout, malgré les abandons et les déserts des dérélictions ? Croire au monde ne serait-ce pas en christianisme croire en Dieu ? Croire en Dieu n’est-ce pas s'efforcer de prendre enfin au sérieux que Dieu est dans le monde et que monde est en Dieu ? Que Dieu, éternel et indépendant, jamais réductible aux images que nous nous faisons de lui, est immanent au monde et que monde est immanent à Dieu… Que Dieu à l'inégale puissance créatrice ne cesse d'ouvrir notre présent, de donner à nos existences individuelles et sociales des possibilités nouvelles ?
Patrice Dunois-Canette