«Un grand raccourci », un bon moment
Il arrive que G & S publie un commentaire sur un film notable présent sur les écrans. Ce sera, aujourd’hui, non pas un de ces films majeurs, dont on dit qu’il est la réalisation du siècle, mais un bon film, honnête, bien fait et porté par la conviction de toute l’équipe, depuis les acteurs jusqu’aux machinistes. Disons deux mots d’Un grand raccourci de Clément Devilliers et Armand Foëx. Les commentaires élogieux de la presse nationale et locale ont tout dit de la genèse de cette œuvre fruit de l’amitié, du jeune âge de l’équipe (moyenne pour les metteurs en scène : 22 ans, de l’équipe entière : 24 ans). On s’est étonné aussi de la modestie du budget de 260.000 € (en général il faut compter plutôt entre 3,5 et 5 millions). C’est remarquable, mais ça n’est pas le plus intéressant.
Le scénario raconte une histoire, ce qui n’est pas toujours le cas dans le cinéma contemporain. Ou plutôt les histoires de quatre jeunes ruraux, que l’urgence de trouver une place pousse à la débrouillardise. Deux garçons découvrent un métier rémunérateur : dératiseur. Une clientèle reste-t-elle à constituer ? C’est facile, il suffit de lâcher des rats dans un entrepôt pour que les propriétaires soient contraints d’appeler le service idoine. Deux filles un peu pommées : une « conseillère funéraire » et l’autre employée de la piscine, sans lendemain local. Une perspective se présente : un concours de miss qui pourrait ouvrir un certain avenir, l’une devient candidate, l’autre faisant fonction de coach.
Deux situations peu héroïques et encore moins « glamour ». Avec ces pauvres histoires habilement présentées et entrelacées, les deux maîtres d’œuvre nous tiennent en haleine une heure et vingt et une minutes, souriants, émus, heureux.
De jeunes acteurs qui s’engagent dans leur rôle et articulent correctement, ce qui devient assez rare aujourd’hui pour être souligné ; des dialogues bien menés, où pointe l’humour tout en abordant des problèmes de fond (par exemple, la triche peut-elle trouver sa justification dans la nécessité). Le décor naturel d’une région paisible et habituellement peu représentée, une photo toujours juste et lumineuse… Un bon point encore, à propos de la musique : sa discrétion fait qu’on ne la remarque pas d’abord et qu’elle ne gêne pas l’audition des dialogues. Juste à la fin, un chant mélodieux surgit, comme une conclusion laissée ouverte.
Un bon film, sans prétention, d’une belle fraîcheur, pendant lequel on passe un agréable moment. Allez-y.
Marcel Bernos
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