A l’écoute de la Parole de Dieu
7e Dimanche de Pâques
Ac 1, 12-14 ; Ps 26 (27) ; 1 P 4, 13-16 ; Jn 17, 1b-11a
« Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière »
La prière est un élément central de notre vie religieuse personnelle Elle est notre rapport direct à Dieu. Mais elle reste trop souvent une petite prière autocentrée, trop souvent essentiellement de demande, et parfois un peu répétitive.
D’après les Actes des apôtres, celle de l’Église primitive est d’abord collective : «tous… d’un seul cœur»… Pour nous, ce moment est principalement celui de la messe dominicale. Mais aussi belle que soit la liturgie, favorise-t-elle le cœur à cœur avec Dieu ? Celui-ci est-il possible en communauté ? Est-ce d’ailleurs l’objet de l’«assemblée» ?
La prière ecclésiale est d’abord une prière de louange. Certes, il y a bien la «Prière universelle» qui nous tourne vers «les prochains» : personnes, catégories sociales, peuples… qui connaissent des difficultés ou des souffrances particulières, mais le reste est essentiellement un long «Gloria», culminant à la célébration de l’Eucharistie, cœur de l’adoration de l’assemblée.
Jésus, dans la longue prière à son Père, au chapitre 17 de l’évangile de saint Jean, évoquant la «Gloire» du Père et du Fils, un mot si difficile à cerner dans notre vocabulaire d’aujourd’hui, dit : « je leur ai donné les paroles que tu m’avais données». Il précise l’une d’elles, ailleurs (Mt 6, 9-13 et Lc 11,2-4) : « Quand vous priez, dites : "Notre Père’’…». C’est bien là la prière la plus prononcée par les chrétiens et depuis les origines. Ainsi, la Didaché — enseignement de la fin du premier ou du tout début du IIe siècle ap. J.-C. — nous découvre la vie et l’organisation des premières communautés de chrétiens. Elle en donne (au chap. 8), juste avant la description de la célébration eucharistique, une version, assez proche de la traduction devenue traditionnelle, et que l’on devait dire trois fois par jour.
«Notre Père qui es au ciel,
Que ton nom soit sanctifié,
Que ton royaume arrive,
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui le pain nécessaire à notre existence,
Remets-nous notre dette
Comme nous remettons aussi la leur à nos débiteurs,
Et ne nous induis pas en tentation,
Mais délivre-nous du mal ;
Car à toi est la puissance et la gloire dans les siècles».
Il est banal de remarquer que cette prière dit «Notre père» et non «mon» Père, qu’elle demande «notre pain nécessaire à notre existence» et non à moi seul ; et qu’elle sollicite une «délivrance du mal» pour nous. Ainsi, la prière la plus personnelle est en même temps celle de toute la communauté des croyants.
Est-ce à dire que le croyant n’existe pleinement qu’en communauté ? N’est-ce pas que l’Église n’est vraiment Église que si elle forme réellement une communauté vivant «d’un seul cœur», et non un simple cadre institutionnel ? N’est-ce pas la prière qui l’établit en premier lieu, avant toute doctrine ou toute organisation ? Ce qui ne signifie pas que celles-ci ne soient pas utiles et nécessaires.
Marcel Bernos
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