Noël 2025

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Fête essentielle pour les Chrétiens, qui nous assure de l’amour de Dieu pour les hommes. Une grande partie de l’humanité, chrétienne ou non, la comprend comme une fête de l’amour entre les hommes. Pour les chrétiens, cet amour de Dieu pour les hommes se traduit par l’amour des hommes entre eux, ils sont les porteurs de l’amour de Dieu.

 

Ceci dit, essayons d’ouvrir un peu les perspectives en considérant tout ce temps de Noël qui se déroule jusqu’à la fête de la Purification du 2 février. Que nous apprend cette naissance de Jésus ? Qu’est-ce que cela change dans nos vies, dans la vie du Monde ?

 

Basculement de l’Ancien Testament vers le Nouveau.

 

La naissance de Jésus, venue de Dieu parmi les hommes, de Dieu se fondant dans notre humanité, marque le basculement du temps de l’Ancien Testament vers celui du Nouveau, basculement qui sera explicité lors du baptême de Jésus. Les prophètes, en particulier Isaïe que l’on a beaucoup lu au cours de l’Avent, ont insisté sur la prévenance de Dieu pour l’humanité (au contraire du Dieu en lequel beaucoup croient mais qui est perdu dans son ciel). Dieu aime son peuple, le guide, le sauve de ses maux, le secoue quand il le faut, voire le punit. Ce peuple est constitué de « sujets » de Dieu, comme on est « sujet » d’un souverain, ils sont aimés de Lui, Lui appartiennent. Le basculement de la Narivité change ce statut du peuple, de « sujets » nous devenons enfants, nous sommes aspirés dans les relations de la Trinité. Ceci est manifesté lors du baptême, lorsque le Père parle de l’homme Jésus :

 

« Celui-ci est mon fils bien-aimé; il a tout mon amour » (Mt 3, 17).

 

Il ne s’agit pas d’une déclaration de divinité de Jésus (les traductions mettent un F majuscule à fils, c’est un abus de sens). Cela dit que Dieu fait un fils de cet homme, ce Juif qui est totalement homme de son temps et de son peuple. Il le fait fils en le comblant de l’Esprit :

 

« Il vit l’Esprit de Dieu descendre, tel une colombe, et venir sur lui » (Mt 3, 16).

 

Ceci est une des marques du passage de l’Ancien au Nouveau Testament.


Ouverture à toute l’humanité.

 

Autre changement de poids entre l’ancien et le nouveau, l’Incarnation concerne toute l’humanité. L’Epiphanie en est le signe. Les mages ne sont pas juifs et ne vont pas changer de religion, ils sont simplement ouverts à la nouveauté, en quête de compréhension de sens. Dieu n’exige pas des hommes qu’ils changent leur façon de croire, mais qu’ils s’ouvrent à sa Parole. L’humanité entière est ainsi appelée à devenir « enfant de Dieu », là où elle est, dans l’état de vie qui est le sien. Les mages sont repartis chez eux...mais « par un autre chemin ». La rencontre de Jésus a modifié leur chemin, tout en les laissant retourner là d’où ils étaient venus. Mais ils sont maintenant sur un chemin inconnu.


Dépassement de la Loi.

 

La naissance de Jésus nous libère non seulement du mal, mais de la Loi. Nous passons de la Loi qui entraîne le péché à la liberté des enfants de Dieu.

 

« Nous avons été dégagés de la Loi, si bien que nous servons sous le régime nouveau de l’Esprit et non plus sous le régime périmé de la Lettre » (Rm 7, 8).


C’est tout le chapitre 7 de la lettre aux Romans qu’il faudrait relire. Le péché n’est plus fait de manquements à la Loi, mais du refus de l’amour de Dieu, c’est cela le critère. Ce passage est révélé lors du baptême de Jésus. Il se fait baptiser avec les Juifs par le dernier prophète de l’Ancien Testament pour se purifier selon la Loi, et il ressort du fleuve en recevant l’Esprit et le titre de « fils de Dieu ». On passe de l’espérance du Messie victorieux à la réalité du fils pauvre dont le titre est d’être le guérisseur des boiteux, des aveugles, des sourds et annonceur du Royaume aux pauvres (« Les pauvres sont évangélisés » fait-il répondre à Jean-Baptiste qui attendait un Messie selon l’Ancien Testament).

 

Le peuple de Dieu change alors de statut : de sujets passifs les hommes deviennent actifs, responsables de la mission. Nous sommes non seulement des fils et filles de Dieu, mais ses « collaborateurs », c’est par nous que se crée son Royaume. Annoncer la bonne nouvelle, c’est annoncer le Royaume, c’est-à-dire la présence et l’action de Dieu parmi nous, par l’intermédiaire de Jésus-Christ qui a fait de nous ses frères et sœurs.

 

Nous pouvons maintenant tirer une conclusion (provisoire comme toutes les conclusions) :

 

Nous, pauvres humains, restons presque toujours sous le régime de l’Ancien Testament : Dieu est honoré, fixé dans le Ciel, nous comptons sur Lui pour nous protéger. Dans un article publié le 12 décembre dernier par Garrigues et Sentiers, Bernard Ginisty écrivait : « La fête qui, selon la liturgie du jour de Noël, annonce :  Aujourd’hui la lumière a brillé sur la terre. Peuples de l’univers, entrez dans la clarté de Dieu est tellement dérangeante que nous avons décidé d’en faire un gentil décor pour la célébration de la consommation posée comme pratique religieuse  indispensable à un monde géré par l’idole économiste. »

Nous célébrons le Culte (de temps en temps) qui consiste souvent en une vague prière prenant bien peu en compte ce qui est censé se passer lors de nos Eucharisties. Ce culte est censé nous assurer que le fil avec Dieu n’est pas rompu et nous conforter les uns les autres dans notre identité de chrétiens. Nous respectons tant bien que mal la Loi, c’est-à-dire les commandements de Dieu et de l’Église (ces derniers étant fort nombreux !). Et lorsque nous y dérogeons, le sacrement de Pénitence vient nous rassurer. Bien peu de différence d’avec les Juifs allant au Jourdain...cette « engeance de vipères » au dire du Baptiste. Nous nous sentons en sécurité vis-à-vis du Créateur, étant ainsi adoubés par le Christ, pensons-nous, comme les Juifs se considéraient sauvés parce que « fils d’Abraham », mais « des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham » (Mt 3, 9) !

 

Ou alors Noël va nous sortir de notre torpeur, nous sommant de passer dans les temps nouveaux du Nouveau Testament. Prendre au sérieux l’Incarnation, c’est changer notre rapport à Dieu et avancer en terre inconnue. C’est transcender la Loi, les commandements, pour nous attacher à Jésus qui nous a libérés. L’éthique qui en découle est autrement exigeante que le respect scrupuleux des lois.

« C’est le pauvre qui interroge les puissants, c’est l’étranger qui réveille les sédentaires. Non pas pour les condamner, mais pour leur révéler que le monde et l’histoire sont plus vastes que le périmètre de leur confort » écrivait encore Bernard Ginisty. C’est nous laisser incorporer au Christ au cours de chaque Eucharistie, pour cheminer avec Lui. C’est prendre au sérieux la mission de collaborateurs du Christ, annoncer la bonne nouvelle en ne la dénaturant pas : le Royaume (que les anciens appelaient le Ciel) est parmi nous et nous marchons avec le Christ sur ses chemins inconnus, prêts à être sans cesse remis en question pour rester fidèles à l’amour de Dieu.

 

Marc Durand

 

 

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