Lettres à un jeune chercheur de Dieu
Voici 44 « lettres » dans lesquelles Martine Lecoq, journaliste à l’hebdomadaire protestant Réforme, exprime la spiritualité de la foi protestante (1). Elle parcourt toutes les questions auxquelles on est normalement confronté dans les aléas de la vie quotidienne, toutes les illusions que les méandres de nos fantasmes nous tentent de prendre sous les influences sociales les plus douteuses. Martine Lecoq est bien croyante, elle aime Dieu et Jésus-Christ, leur dynamisme créateur, l’esprit de fraternité et d’humanisme qu’ils insufflent en nous et elle tend à nous ramener sous leur influence.
Ainsi en est-il, entre autres, de la tendance égocentrique des paroisses, protestantes ou catholiques, de l’aliénation que provoque parfois la vie familiale, de l’écoute de la Parole divine et de la prière, de l’amour du prochain, etc.
Elle s’exprime de façon si simple et claire, dans le style d’une réflexion de tous les jours, que l’on ne peut qu’être entraîné dans une spiritualité renouvelée, apaisée et humanisée qui fera du bien à tout le monde, de toutes les religions ou sans religion.
En voici des passages (notons que ces lettres se succèdent sans titre).
Les Églises sont des institutions comme les autres
Le plus souvent, elles ne sont que de petites sociétés. Elles raisonnent, calculent, comme de petites sociétés. Elles sont habituées à un certain langage, et si tu ne parles pas leur langage, elles ne te comprendront pas facilement. Même lorsque ceux qui régissent la vie des Églises disent aimer la nouveauté, il faut te méfier. Car ce n’est pas la nouveauté qu’ils aiment, c’est l’idée qu’ils s’en font. Lorsque la nouveauté véritable passe sous leurs yeux, ils ne la voient pas. Et s’ils la voient, leur premier mouvement est de la rejeter. Comme partout.
Tu peux avoir une famille… ce qui n’empêche pas que tu sois seul
Tu peux avoir une famille, tu peux vivre avec une femme, un homme, tes enfants. Cela n’empêche pas que tu sois seul. C’est pour cela que tu peux vivre avec ceux que tu aimes. Si tu t’appuies exclusivement sur eux, tu les perdras. Si tu leur demandes de donner sens à ta vie, tu les perdras. Ils donnent sens à ta vie parce que ta vie a déjà un sens. C’est ce sens que tu dois trouver. Seul. Ce que tu es, personne ne l’est. Tu es unique et tu aimes des êtres uniques. À la suite de Jésus-Christ, ne sommes-nous pas tous fils ou filles uniques de Dieu ? Le sens de ta vie ne ressemble qu’à toi, tu ne peux copier ta vie sur une autre vie. Tu ne peux vouloir ce que les autres veulent pour toi. Tu ne peux ressentir ce qu’ils veulent que tu ressentes. Personne n’est à la place de ton cœur.
Quand Dieu te parle, il passe par toi.
Quand Dieu te parle, c’est toi qui te parles. Mais tu ne te parles pas comme tu te parles habituellement. Ce n’est pas du bavardage. C’est du fond de ton être que Dieu te parle. […]
Mais quand tu te parles du fond de ton être, c’est toujours intéressant. Tu ne savais pas que tu te dirais cela. Cela t’étonne. Tu ne te reconnais pas à travers ce que tu te dis, et pourtant c’est bien toi. C’est toi quand Dieu parle par toi.
Je crois en la force de la prière.
Elle ne s’adresse à personne, mais elle contient toute l’humanité en elle. Quand tu pries, il te faut, d’ores et déjà, renoncer au miracle. Tu ne pries pas pour qu’un miracle se produise. Mais dès que tu y renonces, un autre miracle se produit. Ce n’est pas celui que tu voulais, ce n’est pas celui qui répond à ta demande. C’est un autre, celui qui est au-delà de toute réponse et de toute demande, c’est celui qui t’est destiné. C’est pour ce miracle-là que tu pries, pour celui-là et pour nul autre que lui.
Le peuple n’existe plus… ; vraiment ?
Tu me diras peut-être que le peuple n’existe plus, que son temps est passé. Qu’il existait deux siècles auparavant quand la France fondait sa première république ! Tu me diras que le peuple d’aujourd’hui n’est plus le même, qu’il a dégénéré. Qu’il n’a plus rien à voir avec l’ancien ! Qu’il s’est épris d’émissions vulgaires, de publicités débiles, de stars quelconques ! Je n’en crois rien.
Avant la Révolution française, le peuple n’existait pas non plus. Sous la monarchie absolue, on faisait comme aujourd’hui. Il y avait deux niveaux, sans communication entre eux. Celui des privilégiés ; celui des non-privilégiés. Il a fallu l’intuition de grands hommes, de grands individus pour que le peuple existe, naisse. Quand, fin XVIIIe siècle, lors de l’affaire Calas, le vieux Voltaire en appelle à la justice pour blanchir la mémoire d’un innocent, de quelle justice s’agit-il ? Celle des grands qui l’ont condamné ? Celle des petits qui ignorent tout ? Celle de la riche bourgeoisie indifférente ?
Aucune de celles-là. Il en appelle à la justice du peuple, c’est-à-dire quelque chose d’insaisissable, divers, immatériel. Un fonds d’humanité commune qui voit le vrai, une conscience profonde qui ne se laisse influencer par rien. Voltaire a inventé le peuple, et le peuple a répondu à son appel. Fier d’avoir été suscité, sondé.
Le peuple existe dans notre esprit avant d’exister en réalité. […]
En son temps, le Christ constatait lui aussi le clivage entre religieux aisés, cultivés, et foule ignorante. Il prenait parti pour l’homme, la femme de toujours. Non pas l’homme et la femme traditionnels, mais l’homme et la femme universels. C’est-à-dire un homme, une femme, qui existent d’abord en leur âme et conscience. […]
Quand nous parlons au peuple, nous avons toujours un rôle spirituel. Nous parlons alors au nom d’une volonté sacrée qui nous dépasse. Cette volonté est interne. C’est au-dedans de nous que nous la trouvons.
L’amour divin et l’amour humain sont un seul et même amour.
L’amour que j’éprouve pour Dieu ou l’amour que j’éprouve pour un être humain, c’est la même chose. […] Imaginer un amour de Dieu parfait, supérieur à l’amour humain, me semble hérétique. L’orgueil de l’homme en est la cause, même s’il s’use les genoux en prosternation, même s’il se flagelle. Car cela lui permet de se sentir humble à bon marché. Se sentir humble devant la perfection de Dieu, n’est-ce pas tout confort ?
Nombreux ceux qui préfèrent demander pardon à Dieu plutôt qu’à leur victime. Ils ne se doutent pas qu’alors, ils ajoutent un second mal au premier. Dieu est du côté de celui qui n’a pas obtenu réparation. Si tu cherches à réparer un mal fait auprès de Dieu sans le réparer auprès de ta victime, tes sentiments de culpabilité sont bien vains. Autant n’en avoir pas du tout. C’est ta victime qui a besoin de ta réparation. Et tant qu’elle l’attend, Dieu est de son côté.
Gilles Castelnau
- Martine Lecoq, Lettres à un jeune chercheur de Dieu, Genève, éd. Labor et Fides, 2025, 168 p., 19 €.
Sources : https://protestantsdanslaville.org/wordpress/lettre-a-un-jeune-chercheur-de-dieu/
https://protestantsdanslaville.org/wordpress/lettre-a-un-jeune-chercheur-de-dieu/
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