D'ici et d'ailleurs

Publié le par Garrigues et Sentiers

D'Ici et d'Ailleurs

D'Ici et d'Ailleurs

Au milieu des débats politiques, de plus ou moins bonne foi, sur l’immigration, on risque d’oublier ce qui peut se vivre dans la réalité entre des migrants et une population locale les accueillant.

G&S a reçu ce témoignage d’une expérience positive menée à l’initiative de la Pastorale des Migrants du département Solidarité du diocèse du Val de Marne. Elle nous a semblé apporter une heureuse lumière sur une manière d’aborder concrètement ce sujet hors de querelles partisanes.

 « D’ici et d’ailleurs » est une initiative de 2022 de la Pastorale des Migrants du département Solidarité du diocèse du Val de Marne.

De très nombreuses personnes migrantes, soumises dans leurs pays à la répression ou à des conditions de vie très dégradées sont contraintes de migrer. D’autres sont à la recherche d’une vie plus digne.

La personne migrante arrive sur le sol français avec sa culture, son histoire, un passé professionnel... Et très vite le manque de reconnaissance, les conditions matérielles difficiles, l'isolement, deviennent autant d'écueils à l'insertion.

Ce projet « D’ici et d’ailleurs » a pour objectif de favoriser des liens de fraternité, voire d’amitié avec des personnes « d’ailleurs » et de rompre leur isolement. Il met donc en relation

  • des personnes « d’ici », à savoir des personnes bien insérées et/ou intégrées en France, quelles que soient leurs cultures d’origine – et sans besoin de compétence particulière
  • avec des personnes « d’ailleurs », de tous horizons, religions ou cultures, récemment arrivées en France, hébergées.

Une personne « d’ici » comme une personne « d’ailleurs » peut être seule, en couple, en famille, chacune étant constitutive d’une des deux parties d’un tandem.

Il est proposé aux membres de chaque tandem de se retrouver au moins une fois par mois pour partager, dans un esprit de bienveillance et de respect mutuel, un moment choisi : autour d’une tasse de café, d’un repas, lors d’une séance de cinéma ou simplement d’une promenade, un programme commun à la convenance du tandem.

Pour éviter malentendus ou incompréhensions, les porteurs du projet ont établi une charte qui fait la part belle au dialogue et invite à des temps collectifs, environ six par an. Les temps collectifs font l’objet de lettres/comptes-rendus qui rappellent les spectacles, les échanges, les moments culturels, cultuels et festifs partagés : de très beaux temps d’échanges et de rencontres.

La charte du projet souligne l’aspect libre et désintéressé de la relation. Un complément détaillé répond aux questions que peuvent, préalablement à leur engagement, se poser les gens d’ici et les gens d’ailleurs. Ensuite, tous sont simplement incités à conjuguer, autant que possible, les quatre verbes : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer puisqu’invités par le pape François à les mettre en pratique. En cas de difficultés rencontrées par un membre du tandem (par ex : une relation sans suite, des problèmes juridiques ou autres concernant la personne « d’ailleurs » etc.) il sera nécessaire d’interpeler le référent local du projet.

Voici quelques mots de Farah et Hamida, afghanes : « Nous sommes très heureuses d’avoir rencontré Marie et Anne. À leurs côtés, nous avons compris que la gentillesse est un langage universel, que l’on comprend avec le cœur même quand les mots nous échappent. 
Leur bienveillance, leur soutien et leur cœur ouvert nous ont profondément touchées. Avec elles, et avec les autres membres de « d’ici et d’ailleurs », nous partageons des moments de joie, de rire et d’amitié, nous découvrons le monde à travers différentes cultures et visions, et nous réalisons qu’en dépit de toutes nos différences, nous partageons une humanité commune. Nous sommes convaincues que l’amitié et la solidarité dépassent toutes les frontières ».

Marie et Anne, personnes « d’ici », elles aussi témoignent : « Farah et Hamida sont deux jeunes femmes d'une autre culture, langue et religion, et elles nous touchent profondément par leur générosité, leur courage et leur sourire toujours là, par-delà la souffrance. Nous partageons ensemble des temps très profonds, essayant de nous comprendre, de nous découvrir, de nous apprendre les unes des autres. Et cela se fait naturellement, avec beaucoup de bienveillance, de soutien et d'attention. Et finalement, il n'y a pas tant de différences entre les personnes « d'Ici » et « d'Ailleurs ». Nous vivons toutes le sourire, le rire, la tendresse, le partage, l'inquiétude, la compassion, mais également la confiance, la reconnaissance et l'espérance. Nous vivons ces dimensions ensemble, c'est notre humanité, et ainsi nous vivons notre appartenance à une « maison commune », pour reprendre les mots du Pape François. Oui, nous partageons de l'universel à notre échelle ».

Une responsable de groupe témoigne : « La rencontre avec les personnes migrantes est d’une richesse toute particulière pour moi. Je suis vraiment très admirative de leur courage, de leur résilience, de leur espérance malgré tout ce qu’elles ont vécu (et parfois, continuent à vivre en France) : une très grande précarité, des violences multiples subies, des humiliations, des mariages forcés, des viols… L’une me racontait : « Moi, j’ai de la chance, je suis venue en France en avion. Oui, c’est vrai, j’ai été violée en prison mais je n’ai pas eu à subir les viols tout au long du trajet par voie terrestre ni à traverser la Méditerranée sur un petit bateau où on risque sa vie et où on croise la mort souvent. Oui, je sais que d’autres ont vécu pire que moi. Et elle ajoutait : « Je me dis qu’on ne peut pas juger les personnes car on ne sait jamais ce qu’elles ont vécu ».

La référente de groupe ajoute : « Je pense que oui, beaucoup de personnes migrantes sont pour moi des leçons de vie, de tolérance, de résilience, d’espérance, de joie aussi souvent. Et j’essaye toujours de leur dire que je suis vraiment heureuse de les rencontrer. Pour moi, elles sont un cadeau. »
« Et beaucoup, musulmanes comme chrétiennes, me donnent des leçons de prière. Pour les chrétiennes par exemple, ce n’est pas rare qu’après un échange avec elles (souvent dans la caféteria de la cathédrale où je les rencontre), elles rentrent dans l’église pour prier. Je n’ai pas cette spontanéité, j’apprends avec elles. Oui, Dieu me parle à travers chacune des personnes migrantes que je rencontre, chacune est pour moi signe de l’infinité de la présence de Dieu dans le monde. »

Le pape Léon XIV nous dit, dans Dilexi Te, son exhortation d’octobre 2025 : « Le contact avec ceux qui n’ont ni pouvoir ni grandeur est une manière fondamentale de rencontrer le Seigneur de l’histoire. À travers les pauvres, Il a encore quelque chose à nous dire. »

Avec le projet « D’ici et d’ailleurs », nous en faisons l’expérience à chaque rencontre.

Si vous souhaitez en savoir plus sur ce projet, n’hésitez pas à contacter la responsable, Isabelle Roustang, courriel : isabelle.roustang@gmail.com, tél. : 06 17 36 42 71.

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A L'ECOUTE DE LA FRATERNITE<br /> « … conjuguer (…) les quatre verbes : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer ». <br /> Autrement dit, notre monde qui se divise entre le bien et le mal, entre la générosité de l’intelligence et les arriérations de la haine, résume toutes les alternatives qu’il nous oppose en une seule : partager une humanité commune ou décréter que les personnes « d'Ici » porteront une chemise brune pour que la peur, le désespoir et la mort soient le sort des personnes « d'Ailleurs ». <br /> Ou comment la perversité du crétinisme fait refuser le cadeau de la fraternité.
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