A l'écoute de la Parole de Dieu

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Fête de la Sainte Famille

Si 3, 2-6, 12-14 ; Ps 127 ; Col 3, 12-21 ; Mt 2, 13-15, 19-23

 

Je voudrais me pencher sur le sort de cette famille qu'on appelle sainte et sur la personne de Joseph obligé de partir en Égypte pour sauver son fils adoptif Jésus du massacre des saints innocents.

Ce massacre des saints innocents de la naissance à l'âge de deux ans a été perpétré par Hérode. Dans un évangile apocryphe, Hérode recherche plutôt Jean-Baptiste alors âgé de 6 mois.et soupçonné d'être le Messie. Sa mère Elizabeth s'est enfuie avec lui dans les montagnes pour le protéger. Hérode interroge alors Zacharie son père mais celui-ci ne lui révèle pas leur refuge. Hérode insiste mais Zacharie n'avoue rien. Hérode, alors le fait exécuter.

Jean-Baptiste sera alors élevé de façon très austère loin de toute civilisation. C'est un peu pour cela que nous le voyons à l'âge adulte en train de baptiser dans le Jourdain couvert de peaux de chameau et non d'une tunique en tissu .

 

Jésus, lui, à peine né, doit fuir en Égypte avec ses parents : Mat.2, 23 « L'ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph : Lève-toi, prends avec toi l'enfant et sa mère et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu'à ce que je t'avertisse car Hérode va rechercher l'enfant pour le faire périr ». Et Joseph comme Marie obéit à l'ange. Nous nous souvenons de l'annonciation et la réponse de Marie : Luc 1, 18 « Voici la servante du Seigneur que tout se passe pour moi selon ta parole » Joseph, lui aussi, se fait serviteur pour la deuxième fois. La première fois c'est quand l'ange du Seigneur lui apparaît en songe et lui intime de prendre Marie pour épouse, l'enfant étant engendré de l'Esprit-Saint. Par deux fois Joseph se fait serviteur du Très-Haut.

 

Comment ne pas penser à tous les réfugiés, ces migrants qui fuient en Méditerranée avec femme et enfants au péril de leur vie, fuyant l'hostilité d'un gouvernement qui les condamne à mort à brève échéance ou à une vie misérable réduisant de façon drastique leur espérance de vie ? Ceux qui restent sont un peu comme ces petits saints innocents dont la plupart des parents sont restés dans leur pays ignorant sans doute le projet funeste d'Hérode de massacrer leurs enfants. Ceux qui partent on leur promet de les transporter sur un grand navire et ils se retrouvent sur des canoës pneumatiques surchargés qui prennent l'eau et les conduisent à une mort inévitable.

Il y a aussi tous les réfugiés de pays étrangers et tous ceux qui ont été déportés pendant la seconde guerre mondiale et qui ne sont pas revenus.

On ne dit pas que l’Égypte interdit l’accès sur son territoire à cette famille qui arrive un peu en catastrophe. On ne dit pas qu'ils doivent justifier d'un permis de séjour et de leur identité ou encore des raisons de leur fuite de Bethléem malgré le recensement.

Pour eux les difficultés ne font que commencer : s'installer sur une terre étrangère, retrouver un toit, pour Joseph trouver une activité afin d'assurer à sa petite famille des moyens de subsistance. Ont-ils connu des situations de rejet ?

Et Jésus devient un réfugié, assume avec ses parents l'existence des réfugiés, l'existence aussi des plus pauvres de ce pays ceux pour lesquels chaque jour qui se lève apporte son lot d'angoisse pour assurer la subsistance de la famille. Joseph a-t-il pu exercer son métier dans ce nouveau pays ? Rien n'est dit à ce sujet mais on peut le penser, ce métier de charpentier étant plutôt recherché.

Mais quelle est la vie des réfugiés ou encore des migrants dans nos pays occidentaux ? Des emplois peu valorisants : la plonge dans les restaurants ou les travaux les plus pénibles dans le bâtiment ou encore le nettoyage des parties communes des immeubles. Souvenons-nous de la chanson de Pierre Perret : « Lily venue de son lointain pays pour vider les poubelles à Paris ». Et de plus ils exercent le plus souvent ces travaux « au noir » non déclarés et sous-payés avec des risques d'accidents car il leur est interdit de travailler pour laisser ces emplois aux français qui n'en veulent pas. Très peu d'entre eux, ayant fait des études en France et ayant un bon métier, retournent apporter leurs compétences dans leur pays d'origine pour le faire évoluer.

Joseph lui et sa petite famille ont quitté l’Égypte et sont retournés non pas à Bethléem ville de naissance de Jésus mais à Nazareth après le décès d'Hérode, la ville de Bethléem étant encore gouvernée par un tyran.

Joseph a dû à nouveau réinstaller son atelier et sa maison. Il était charpentier, son métier lui a sans doute facilité les choses.

Beaucoup de tribulations pour cette famille !

 

Chez Ben Sira le père de famille est mis à l'honneur au début et à la fin : « Le Seigneur glorifie le père dans ses enfants...Mon fils soutient ton père dans sa vieillesse ». Et la mère ? Mais plus que tout : « Celui qui honore son père obtient le pardon de ses péchés ». Heureusement que pour nous chrétiens le Père c'est Dieu et ce pardon existe en Jésus-Christ autant pour les femmes que pour les hommes. Le seul lien avec le texte d'évangile c'est qu'il est question des membres de la famille.

 

Saint-Paul reprend très maladroitement les idées de Ben Sira en les atténuant par « femmes soyez soumises à votre mari, c'est ce qui convient » On sent que les préjugés sur les femmes ont perduré au temps de Jésus, c'est toujours l'homme qui est à l’honneur. Mais ce qui convient donc ce qui est dans les mœurs, c'est la soumission des femmes ! des idées préconçues, le pharisien ressort en Paul. L’Église s'en est vite emparée et activement maintient de nos jours le célibat des prêtres contre vents et marées en refusant toute insertion féminine dans leurs rangs. Les raisons sont obscures de ce conservatisme qui s'éternise pour son propre malheur, La hiérarchie de l’Église a-t-elle peur de perdre son pouvoir  pyramidal ? Est-ce une forme de jalousie envers les femmes car ce sont elles qui portent les enfants et qui donnent la vie ce que les hommes ne peuvent pas faire ?

 

Enfin le psaume glorifie la famille tout entière, celle-ci reçoit toute la bénédiction du Seigneur pour le présent et l'avenir.

 

Christiane Guès

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M
Cette critique de Jean Combe a le mérite d’appeller plusieurs types de réflexion.<br /> <br /> D’abord il semble que Mathieu (plus exactement la communauté chrétienne qui à partir de divers textes a composé cet évangile, 40 ans après la mort de Jésus) n’a pas de raison de prendre ses lecteurs pour des demeurés et donc estimait que son « histoire » avait une certaine pertinence. On sait bien par ailleurs que l’époque n’avait pas nos exigences historiques et que la plupart des textes sont des fruits de l’imagination fondés sur des faits supposés ou avérés. Dans le cas qui nous occupe, Mathieu dit que les mages sont entrés dans la « maison » (oikos en grec), c’est dire que la famille s’était un peu installée. A cela ajoutons qu’Hérode s’en prend aux enfants de moins de 2 ans. Ainsi la fuite pouvait se situer assez tard, le nouveau-né étant plus âgé. Alors le voyage était possible (comme ceux qu’évoque Christiane Guès dans son commentaire). Le conte reste un conte, mais plausible.<br /> <br /> Comme Jean Combe je ne crois pas à cette fuite en Egypte, et le texte de Jean Guyon de décembre 2007 permet toute une réflexion sur la complexité de ce que nous évoquons.<br /> <br /> Et nous rencontrons une seconde question : comment commenter les évangiles quand on sait que la plupart des faits ne sont pas avérés, que les discours sont reconstitués (tout comme ceux de César dans la Guerre des Gaules!) ? Je pense que chaque texte veut nous dire quelque chose sur Jésus, son rapport aux hommes et à son Père. Ils usent alors de métaphores. Pour les aborder on peut faire une exégèse plus ou moins poussée, mais je ne pense pas que ce soit le but des commentaires du dimanche. On peut aussi essayer d’en saisir un certain enseignement, déceler ce que voulait exprimer l’auteur, et l’actualiser, voir ce que cela nous dit sur nous, nos rapports aux autres, notre rapport à Dieu (et donc faire de l’exégèse avant d’écrire, mais sans devoir la publier). C’est toujours délicat : comment parler de la Transfiguration, de la pêche miraculeuse, voire des paroles échangées (sans témoin) entre Jésus et Pilate, etc ? Alors, techniquement, je pense qu’on peut faire l’impasse sur les questions de réalité brute des faits et traiter des textes comme si cette réalité était avérée. Non pas pour nous persuader de cette réalité, mais pour pouvoir tirer du texte la richesse qu’il contient. Les évangiles ne sont pas un digest des faits et gestes de Jésus, ni un recueil d’anecdotes, ils sont une réflexion théologique sur la venue du Fils parmi nous. <br /> <br /> Dans son commentaire, Christiane Guès a entre autres insisté sur le rejet de Jésus par les hommes. Quand elle écrit : « Jésus devient un réfugié, assume avec ses parents l'existence des réfugiés, l'existence aussi des plus pauvres de ce pays ceux pour lesquels chaque jour qui se lève apporte son lot d'angoisse pour assurer la subsistance de la famille » elle touche une vérité profonde sur Jésus et l’actualise de manière lumineuse. Bravo !
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H
L'Evangile selon Matthieu, pour la naissance et la généalogie de Jésus, se réfère beaucoup aux paroles des prophètes d'Israël, et décrit la naissance et la généalogie de Jésus pour persuader ses compatriotes juifs que Jésus est bien le Messie annoncé dans l'Ancien Testament, et les convertir au christianisme. D'où ces récits calqués sur les prophéties, difficiles à croire et peu historiques. Or Jésus n'est pas le Messie d'Israël : il n'a pas libéré Israël de l'occupation romaine ; les juifs l'attendent encore... Jésus est mieux que cela : il est venu annoncer à l'humanité la Bonne Nouvelle : Dieu est Amour, et si l'on suit le Chemin de l'Amour, on sera sauvé.<br /> Si on veut mieux connaître le Jésus homme dans l'Histoire, je conseille de lire le livre du jésuite espagnol, José-Antonio Pagola, intitulé "Jésus, approche historique", autorisé par le Vatican. On y apprend comment Jésus a été imprégné, outre les textes anciens, et indigné par la situation sociale en Galilée et en Judée, avec toutes les inégalités inhérentes. D'où sa préférence pour les pauvres et les rejetés de la société, et sa critique des riches et des puissants (voir la parabole du Bon Samaritain : les contre-exemples sont un prêtre et un Lévite...). Lesquels puissants s'en sont vengé, après qu'il ait eu l'audace de s'attaquer au pognon du Temple en chassant les "dealers" d'offrandes qui alimentaient le budget du Temple.
J
Je suis très surpris de trouver ces reflexions sur ce site. Chacun sait bien que Marie et joseph ne sont jamais allés en egypte. Pas besoin d'être éxégète chevronné pour le savoir. Raisonnons meme seulement avec notre propre jugement : comment une femme qui vient tout juste d'accoucher avec un bébé de quelques jours montés sur un ane auraient-ils pu parcourir 250 ou 300 kilométres a travers un ddésert ! Pourqui prend-on les croyants ? Pas étonnant que beaucoup arrêtent les frais. <br /> Si seuklement on leur expliquait l'origine de ce texte et le symbolisme qu'il recèle !!!
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