« Choses vues (ou entendues) » n° 24 : Les Ukrainiens n’ont-ils pas une manière de chance dans leur malheur ?
RAPPEL : Les « Choses vues (ou entendues) » sont de simples interrogations de logique sur les événements rapportés par les hommes politiques, les spécialistes divers et variés (il y en a beaucoup en France) ou les journalistes. Elles présentent en vrac une brochette d’étonnements naïfs (ou non). Elles ne se prononcent jamais sur le fond des questions abordées, souvent complexes, mais uniquement sur le côté incomplet, illogique, incompatible, paradoxal de la présentation des faits ou paroles rapportés.
Finalement, les Ukrainiens ont peut-être de la chance. Certes, le président Poutine, dans des actions qui déshonorent la « Sainte Russie », écrase jour et nuit ce pays voisin qu’il a envahi, il tue des innocents (Oh ! soyons objectifs, il en tue aussi en Russie), détruit les infrastructures vitales, incendie des quartiers d’habitation populaire… N’a-t-il pas dit pourtant que les Ukrainiens étaient un « peuple frère » ? Bien plus, il a ajouté récemment qu’ ils constituent une partie intégrante du peuple russe. Alors on ne peut imaginer ce qu’il ferait si c’était un « peuple ennemi » !
Il est n’est pas gratuit et même intéressant de comparer son entreprise de démolition avec la politique du premier ministre israélien. Dans une certaine mesure, elles se ressemblent déjà dans leur méthode d’une guerre totale visant, sans l’avouer vraiment, à l’anéantissement complet de l’adversaire. Mais la pertinence de leurs actes respectifs n’apparait finalement pas évidente et leurs conséquences contradictoires avec les « buts de guerre » affirmés, même si ceux-ci diffèrent dans leurs objectifs immédiats.
Poutine prétend avoir été contraint d’engager son « opération militaire spéciale » d’une part, pour sauvegarder sa patrie menacée par l’Occident, dont l’Ukraine serait, d’après lui, le poste avancé ; d’autre part, pour « libérer » les Ukrainiens de la « nazification » (?) de leur pays.
Israël, soumise il est vrai aux attaques incessantes du Hamas, qui nie son droit à l’existence, trouve dans sa situation périlleuse la justification à l’écrasement de toute une population à Gaza (1). On ne peut pas ne pas penser à la poursuite conjointe du projet d’un Grand Israël. Encore quelqu’un qui rêve d’un lebensraum.
Dans les deux cas, morts et destructions mettent en péril la survie même des pays soumis à l’horreur. Question naïve : La Russie, si elle parvenait à ses fins : prendre tout ou partie du territoire ukrainien, peut-elle supposer que la population, heureuse d’être libérée par le fer et par le feu, va lui fournir des citoyens reconnaissants, convaincus et fidèles ? Quant à Netenyahou, qui prétend ne s’en prendre qu’au Hamas en supprimant ses troupes, peut-il supposer que les habitants, ayant vécu cet enfer, ne vont pas fournir, plus ou moins spontanément, de nouvelles recrues au «mouvement terroriste» ? Cette politique parait d’autant plus paradoxale, qu’il refuse la solution de deux états. Or si un seul état était possible et viable, la population risquerait d’être majoritairement arabe, même s’il parvient à chasser une grande partie des Palestiniens de chez eux. Et comment et par qui cet état unitaire mais désuni serait-il géré ?
Marc Delîle
- Petit problème d’arithmétique macabre : combien faut-il de gazaouis morts pour équivaloir les pertes de civils et de soldats israéliens ? D’après des statistiques de juin 2025 (Statista Research Department, portail en ligne allemand reconnu), il y aurait eu, entre le 7 octobre 2023 et le 5 juin 2025, soit en 20 mois, 1620 morts israéliens entre civils et militaires ceux-ci essentiellement dans la bataille de Gaza. Chez les Palestiniens, il faut ajouter aux 54.607 morts de Gaza, les 924 tués en Cisjordanie, soit un total de 55.631. Le rapport de 1 à 34 démontre la supériorité militaire d’Israël, certes, mais peut-être, comme le dit pudiquement l’ONU, une certaine disproportion entre le crime barbare du Hamas, le 7 octobre 2023 et la poursuite de la guerre dépassant de simples représailles.