A l'écoute de la Parole de Dieu

Publié le par Garrigues et Sentiers

18ème dimanche du temps ordinaire 3/08/2025

Qo 1,2 ; 2, 21-23. Ps 89 (90). Col 3, 1-5 ; 9-11. Lc 12, 13-21.

 

Quelle mouche a piqué les concepteurs du calendrier liturgique en leur faisant insérer ainsi un texte de Qohèlet ( l’Ecclésiaste) qui semble n’avoir rien à voir avec notre foi ? Pourtant ce texte, assez désespérant, fait partie du canon des Écritures et devrait nous révéler quelque chose. Il nous dit l’inanité de la peine que nous prenons ici-bas, et pire, que pour l’homme « Tous ses jours sont autant de souffrances, ses occupations sont autant de tourments » !

 

Peut-être faut-il alors d’abord nous référer au contexte : écrit probablement au milieu du 3ème siècle (avant notre ère), époque où la réflexion éthique battait son plein en Grèce avec les disciples d’Aristote qui en avait posé les jalons un siècle plus tôt. A la même époque les disciples de Lao-zi d’une part, de Confucius d’autre part, approfondissaient sérieusement les intuitions de leurs maîtres et allaient marquer l’empire chinois qui débutait avec les Han. Période aussi en Inde de la création bouddhique du « Grand Véhicule » (le « Mahâyâna ») qui prétend, en opposition au « Petit Véhicule », ouvrir la voie du salut à tous les êtres vivants. Tous ces penseurs, ces « Sages » essaient de comprendre la nature de l’homme, d’où il vient, où il va, quels fondements pour son action, quelle éthique développer .

Le « désespoir » de Qohèlet qui occupe une grande partie de son livre, nous fait penser au taoïsme de Lao-zi : rien ne sert de s’affairer, il faut laisser aller la nature, nous laisser guider par les événements comme la rivière laisse s’écouler l’eau, sans intervenir intempestivement, c’est la volonté du Ciel : le faible l’emporte sur le fort. Ce qui rappelle aussi les idées de vacuité portées par le Bouddhisme.

Mais d’autres parties du texte biblique s’opposent à ce désespoir, demandant de se reprendre, de développer une vie éthique s’appuyant sur le Ciel. Ce que l’on retrouve chez les disciples de Confucius qui demandent, au contraire de Lao-zi, d’agir pour le bien. Lao-zi et Confucius trouvent l’origine du bien dans le Ciel, l’un pour ne pas agir et laisser toute sa place au Ciel, l’autre pour au contraire agir en conformité avec ses décrets. Quant aux Grecs, ce sont bien les fondements d’une éthique de l’action qu’ils développent.

Ainsi, à la même époque, tout le Monde connu par nous agitait les mêmes questionnements, ils avaient probablement bien des relations que nous ignorons, les « moines » itinérants étaient légion et parcouraient d’immenses distances. Les sages cités dans la Bible font ainsi partie d’un Monde de réflexion, qu’est-ce que le judaïsme et plus tard le christianisme proposent-ils comme réponses ? Ce qui nous intéresse en ce dimanche, ce sera la réponse de Paul dans sa lettre aux Colossiens, et la mise au point de Jésus qui est assez sévère. Le texte de Qohèlet se présente alors comme une ouverture à une réflexion sur nos comportements, passage obligé si nous voulons suivre Jésus en gardant les pieds sur terre.

 

Le psaume, quant-à lui, reprend les accents de détresse de Qohèlet pour à la fin nous faire tourner vers Dieu qui justement peut retourner la situation :

« Rassasie-nous de ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu ! Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains 
».

Beau témoignage d’espérance, de confiance.

 

La lettre aux Colossiens est tardive, écrite par un disciple de Paul. Dans toutes ses lettres Paul s’intéresse peu à la vie de Jésus, à son enseignement qui a occupé pourtant la majorité du temps de sa mission. Il va directement au mystère de la mort et de la Résurrection d’où il tire les conséquences pour notre vie. Cet aspect est encore plus marqué dans les lettres tardives, lorsque les premières communautés devaient trouver des bases solides à leur foi. Alors ici Paul ne s’intéresse pas aux inquiétudes des hommes soulignées par Qohèlet, car ils doivent « penser aux réalités d’en haut, non à celles de la terre ». Un peu simpliste il semble, mais cela se précise quand il poursuit : « Faites donc mourir en vous ce qui n’appartient qu’à la terre », cela rappelle les paroles de Jésus nous disant que nous sommes dans le Monde mais pas du Monde. Ainsi le texte ne se prononce pas sur l’inanité ou pas de nos actions humaines, mais insiste sur ce qui doit les sous-tendre :

« vous êtes revêtus de l’homme nouveau », et le « Christ est tout en tout ».

Autrement dit, peut-être que bien de nos actions ne sont que vanité, portées à disparaître sans laisser de traces, ne pleurons pas sur elles et appliquons-nous à agir sur terre avec le Christ (nous dirons aujourd’hui « habités par son Esprit »).

 

Quant-à Jésus, il commence par refuser de traiter un différend d’héritage entre deux frères. Ne mélangeons pas certains traitements des biens (qu’il faut bien faire!) avec la recherche du Royaume. Ou encore, « prenez vos affaires en mains, pourquoi demander à une autorité, voire religieuse, de décider pour vous ? » L’avertissement suit : « Gardez-vous de toute avidité », consigne qu’il donnera à travers de multiples exemples sur l’intendance des biens. Les hommes avides, qui sont donc attachés au Monde tel que Jésus l’a critiqué, seront susceptibles de s’éplorer comme le fait Qohèlet. Ils sont dans le Monde, mais aussi malheureusement du Monde. La petite parabole de l’homme riche (que jésus ne critique pas pour sa richesse mais pour son avidité) enfonce le clou pour nous :

« Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »

A bon entendeur, salut !

Marc Durand

 

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Pour bien comprendre le Quohelet, il faut lire "la raison d'être" de Jacques Ellul. On se rend compte que ce livre biblique, contrairement au sens obvie, est un puissant antidepresseur! Mais, dit Ellul, il ne faut pas confondre réalité et verité.<br /> D Rivière Dernier livre: Rien ne sert de courir les impliques l'Harmattan 2025
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