Les héros du Louvre, film d'Elie Chouraki

Publié le par Garrigues et Sentiers

Les héros du Louvre, film d'Elie Chouraki

Enfoncé dans les fauteuils, la séance terminée, le public observe le générique défiler, sans le voir, tout en écoutant la voix de Berthe Sylva chanter « Frou, frou, par son jupon la femme... » (1). Nous sommes étreints par l’émotion, quand nous sortons de cette hébétude émotionnelle, j’arrive à formuler « ce film est poignant ».  Mais n’est-ce pas la vérité qui est poignante ? Quand elle surgit de vies anonymes prises dans le quotidien d’un temps chaotique, de 1939 à la Libération où Monsieur Babi Maklouf avec femme et enfants vivent et réalisent une opération de sauvetage de 70 chefs d’œuvre du Louvre.

Cette famille de français venus de l’Algérie française se veut FRANÇAISE, laïque, ils ne se reconnaissent pas dans le judaïsme mais l’identité n’est pas qu’un choix personnel, elle est aussi définie par la Cité et quand la cité est aux prises avec des forces démoniaques elle les définit comme juifs, juifs à dénoncer, juifs à persécuter, juifs, sujets de délations (2), mais eux, ce sont des obstinés : ils sont français, revendiquent l’héritage des Lumières et croient dans la devise de l’état « Liberté, égalité, fraternité », Babi, amoureux de la culture et érudit amateur, cultive cet amour dans sa fonction de gardien de nuit au Musée du Louvre. Ne vous inquiétez pas pour nos héros, débrouillards, inventifs, avec l’humilité des gens simples ils transforment leur périple dans la France en guerre, en une épopée. Le Général de Monsabert ne s’y trompe pas et leur rend les honneurs, il l’affirme la France se relèvera grâce à ces personnes, ces héros de terrain, attachés à leur patrie.

Le rythme du film est soutenu, rapide, si rapide que parfois on ne sait plus très bien dans quel lieu nous sommes, mais il nous communique le stress, le danger des évènements vécus. Pour une fois les « Bons » vivent une fin heureuse, non pas couverts d’honneurs et de reconnaissance mais en reprenant le cours de leur vie normale, de leur vie familiale et professionnelle. Babi retrouve sa fonction de gardien de nuit au Louvre et peut reprendre sa vie nocturne amoureuse avec… La Joconde, la Vénus de Milo et surtout sa préférée : Diane Chasseresse et sa femme lui pardonne : comment peut-elle lutter contre de telles rivales ?

Notre actualité témoigne aussi d’un temps chaotique, serait-elle un prélude à un temps de guerre ? L’émotion du film nous livre un enseignement, si nous ne pouvons savoir ce qui nous attend dans l’imprévisibilité d’une société démocratique, nous comprenons : seuls l’engagement, le courage, la foi et… l’amour du prochain, répondent aux risques du temps

Christiane Giraud Barra

  1. En 1930 la chanteuse Berthe Sylva a popularisé la chanson « frou-frou sous ton jupon la femme » mais elle était déjà connue avant elle et elle a continué à être interprétée, je ne sais pas quelle est l’interprète choisie par Elie Chouraqui.
  2. Dans ce film c’est moins la violence totalitaire et la cruauté des nazis qui sont mis en avant que la délation, elle exprime tout au long de ces années de guerre la complicité et la servitude volontaire d’une partie de la population française.
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