« Choses vues (ou entendues) » 37 : Oser parler de Dieu !

Publié le par Garrigues et Sentiers

Le livre religieux se porte bien. On peut même admirer, compte tenu de la diminution de la clientèle potentielle, la prolifération d’ouvrages, souvent imposants et se voulant parfois définitifs, sur Dieu, sa vie, son œuvre, celles de ses amis (que nous baptisons saints) ou son Église. Les auteurs abordent les « mystères du Ciel » et ceux de la terre le plus souvent avec assurance. Sans doute sont-ils poussés à écrire par la force qui anime saint Paul lorsqu’il proclame : « …si j'évangélise, ce n'est pas pour moi un sujet de gloire, car la nécessité m'en est imposée, et malheur à moi si je n'évangélise pas ! » (1 Co 9, 16).

La justification des thèses exposées se trouve au premier chef dans les Écritures ou, par le jeu d’une manière universitaire de réfléchir : par un recours aux auteurs précédents (et quand ce sont des papes, ils sont habituellement proclamés « de vénérée mémoire »). Malheureusement, on perçoit souvent des « préjugés théologiques » dans les traductions de la Bible. Que l’on ait la chance de manier grec et hébreux, ou que l’on travaille dans un groupe auquel un helléniste ou un hébraïsant participe, on découvre vite bien des phrases qui ne rendent pas exactement compte du sens originel du texte et l’interprètent selon le sens d’une école théologique, en imposant une grille des idées reçues et bien établies. On souhaiterait que quiconque veut parler de Dieu adopte l’attitude modeste d’Hilaire de Poitiers (v. 300 - 367) : « Accorde-nous donc de donner aux mots leur véritable sens, prodigue la lumière à notre esprit, la beauté de l'expression à notre style et établis notre foi dans la vérité. Accorde-nous de dire ce que nous croyons ». Il faudrait que la seule motivation de celui qui écrit soit : « Je vivrai pour annoncer les actions du Seigneur » (Ps 117).

Après que l’on n’a longtemps osé parler de Dieu qu’avec « crainte et tremblements », du moins affichés, la tendance serait parfois aujourd’hui de s’adresser à lui, ou de l’évoquer, comme s’il s’agissait d’un copain, sans cérémonies. La « crainte de Dieu », qu’on traduit aujourd’hui plutôt par le « respect » de Dieu, impliquait en sus une appréhension de son jugement final. Il est vrai que celui-ci n’est plus une obsession pour le croyant moyen ; les flammes de l’enfer se sont bien refroidies. Ce peut être une bonne chose, si elle concrétise le conseil pastoral de François de Sales aux Visitandines : « Rien par contrainte, tout par amour ».

Le secret serait de laisser parler Dieu lui-même par son Christ, avec la réserve ci-devant exprimée : que sa parole ne soit pas gauchie, volontairement ou non, par ceux qui la transmettent. Mais cette réserve en appelle une autre : si l’on privilégiait ce que disent les mystiques de leur expérience « directe » de Dieu, que celle-ci ne soit pas le fruit d’une imagination, mais une authentique « inspiration ». « C’est vous, ô Jésus, qui mettez ces paroles en ma bouche et qui m’accordez la grâce de les accomplir. De moi-même je n’ose rien promettre : toutes mes espérances sont en vous. Vous nous commandez de lutter et vous nous faites vaincre » (Prosper d’Aquitaine [v. 390 - v. 463]).

Dans tous les cas, un constat : il est difficile de parler de Dieu. Osons-le avec humilité et discernement.

Albert Olivier

P. S. : Les lignes qui précèdent n’ont aucun rapport avec la « devoir de vacances »que nous avons proposé aux lecteurs : s'interroger sur « leur façon de concevoir Dieu ». Il ne s’agit là que de nous aider à délabyrinther notre foi personnelle et non d’une affirmation péremptoire Urbi et Orbi.

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H
Le Dieu décrit dans la Bible HégraIque (ancien testament) est très "anthropomorphique" : on lui prête des sentiments humains... Selon Voltaire, "on nous a dit que Dieu a créé l'homme à son image, mais l'homme le lui a bien rendu".<br /> Les textes de la Bible ont été créés par des hommes (je n'y ai pas lu des femmes) : Dieu n'en a pas écrit une seule ligne. Le but de cette saga du peuple Hébreu était en grande partie politique : il s'agissait de regrouper les tribus d’Israël autour d'un récit fondateur et d'une même religion. L'actuelle version a commencé sur l'ordre du roi Josias qui souhaitait réunir ce peuple sous son autorité avec sa capitale Jérusalem, après que l'ancien royaume d'Israël, dont la capitale était Samarie, a été détruit par les Assyriens. Et c'est le royaume de Juda (dont le roi était Josias) qui a repris le flambeau, en écrivant l'histoire à son avantage. Les récentes recherches historiques et archéologiques, menées depuis des décennies par un groupe d’archéologues et d’historiens sous la direction d’Israël Finkelstein, ont donné lieu à l'automne dernier à un documentaire sur les "origines de la Bible" diffusé sur Arte, très instructif à cet égard. Le documentaire n'est plus accessible en replay et c'est bien dommage. Il reprend les éléments d'un livre publié par Israël Finkelstein sous le titre "Aux origines de la Torah". <br /> Jésus nous a donné une autre "vision" de Dieu. A la Samaritaine, il dit "Dieu est Esprit". C'est ce que je crois.<br /> Ce n'est pas le beau vieillard barbu peint par Michel-Ange au plafond de la Sixtine…
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L
Un article qui remet bien des errements dans le bon sens des itinéraires du croire.Qui ne se lit pas comme un rappel à l'ordre, mais comme une invitation à solliciter sans fin l'esprit, et d'abord le nôtre dont on devine qu'il chemine rarement seul.
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