Ascension-Pentecôte

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La Résurrection, l’Ascension et la Pentecôte peuvent être considérées comme un seul et même acte. Le déroulement respecte (de façon un peu élargie) les trois unités du théâtre classique, sauf chez Luc.

Le temps : la Résurrection est immédiatement suivie de l’Ascension et de l’envoi de l’Esprit (Jean fait un rajout pour évoquer la foi de Thomas qui implique un décalage de huit jours, mais c’est un rajout).

Le lieu : Jérusalem pour Marc et Jean (jusqu’à Béthanie pour Luc) mais en Galilée pour l’Ascension (qui n’est pas décrite) pour Mathieu qui ainsi insiste sur l’envoi en mission dans le Monde.

L’action : que s’est-il passé ? Le don qu’a fait Jésus de lui-même à son Père et pour nous a été agréé par le Père qui l’a donc ressuscité et installé à sa droite (Mc 16, 19). Ce départ de Jésus est accompagné par l’envoi de l’Esprit : baptême au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint en (Mt 28, 19), Marc ne l’évoque pas, Jean annonce le don de l’Esprit à multiples reprises dans les chapitres 14 à 17 et enfin le leur donne en (20, 22).

Il s’agit donc là du sommet de la Bonne Nouvelle, du passage de l’Ancien Testament et de la présence de Jésus parmi nous à un nouveau Monde marqué par l’absence de Jésus et des interventions de Dieu, Monde dont l’Histoire est tendue par l’eschatologie, c’est-à-dire par sa fin annoncée, nouveau Monde dans lequel nous sommes invités tous à nous engager. La Mission est inhérente à notre adhésion à la personne de Jésus.

Les textes de Luc

Luc traite différemment ces événements et c’est dans la lecture de ses deux évangiles (Luc et les  Actes des Apôtres) que nous trouvons un enseignement sur ce qui s’est passé. Il fait allonger le temps, 40 jours pour arriver à l’Ascension, 10 de plus pour la Pentecôte. Pourquoi ? Il manifeste par là qu’il y a un temps nécessaire pour la compréhension et surtout l’acceptation des événements. A plusieurs reprises il est signifié que les disciples ne croyaient pas, il leur faut du temps et encore à la toute fin, en (Ac1, 6) ils demandent si enfin Jésus va rétablir le Royaume, comprenons : bouter les Romains dehors ! Ce laps de temps rappelle les 40 ans au désert, référence à Moïse, 40 ans pour que le peuple reconnaisse le don de la libération par Yahvé et en tire les conséquences. Il rappelle aussi les 40 jours de marche d’Elie dans l’Horeb pour retrouver Dieu et la confiance en Lui. Il le rencontre dans la brise légère et peut lui déclarer « Je suis rempli d’un zèle jaloux pour Yahvé Sabaot » avant de repartir remplir sa mission. Moïse et Elie sont les deux figures tutélaires auxquelles se réfère Jésus, ce sont eux qui l’encadraient lors de la Transfiguration. Enfin évidemment sont rappelés les 40 jours de Jésus dans le désert pour se préparer à sa mission qui débute juste après. Notre foi est un long cheminement, l’historien Luc insiste sur ce point. Ce cheminement amène le peuple de Moïse, Elie et Jésus à un engagement, ne jamais l’oublier. Dans le monde actuel, que faisons-nous avec l’aide de l’Esprit pour faire advenir le Règne, et donc d’abord la Paix entre les hommes ? Combien de temps nous faut-il pour reconnaître le don de Dieu et l’accueillir ?

Un point de basculement

L’évangéliste décrit l’Ascension comme le point central de basculement des deux histoires, l’ancienne et la nouvelle, l’ancienne étant un déroulé chronologique ordinaire,  la seconde se comprend pour les chrétiens en partant de la fin, du but. Aussi Luc termine-t-il son évangile par le récit de l’Ascension et commence-t-il les Actes par un nouveau récit de l’Ascension. Elle représente le point d’orgue de l’événement « Jésus parmi nous », et celui de son absence parmi nous qui nous confie la responsabilité de la suite. Alors la communauté des disciples se prend en mains et l’on assiste immédiatement au discours de Pierre, première annonce au peuple de la Bonne Nouvelle (après avoir complété le groupe des 12 avec le choix de Mathias). Jésus s’est engagé très concrètement après son séjour au désert...jusqu’à en mourir sur la Croix. Qu’attend-il de nous, maintenant qu’il nous a confié les clés du Royaume ?

Ascension : disparition de Jésus

Dans le monde romain, les empereurs étaient divinisés à leur mort, les funérailles étaient une consécration, une acclamation. Le corps du monarque était mort, son esprit était divinisé (cf. la notion des deux corps du roi). Une tentation dans l’Église a été alors de magnifier l’Ascension, d’en faire une consécration semblable à celle des empereurs avec enlèvement glorieux au ciel (comme Elie, une fois encore évoqué). Et dans ce cas les spectateurs sont appelés à acclamer. Le Christ glorieux devient notre roi et dans l’unanimité nous crions « Amen ». Les tableaux des artistes ont souvent souligné ce côté glorieux de l’Ascension. Il semble bien que cela soit une dérive regrettable.

Tant la Résurrection que l’Ascension sont décrits de la manière la plus sobre qui soit.

Matthieu et Jean ne parlent même pas de l’Ascension, Marc l’évoque à peine :                                                                                                                  

« Jésus fut enlevé au ciel et s’en alla siéger à la droite de Dieu » (Mc 16,19)

et c’est probablement un ajout dû à l’évangile de Luc. Quant à Luc, on ne fait pas plus sobre :

« Il se sépara d’eux et fut emporté au ciel »(Lc 24, 51) et

« Il fut sous leurs yeux emporté dans les airs, et une nuée le déroba à leurs regards » (Ac 1, 9)

Ainsi il n’y a rien de glorieux et aucune acclamation. Ce qui est décrit est la disparition définitive de Jésus avec exigence de cesser de regarder le ciel mais de partir en mission. Rien ne dit que le Christ règnerait, la seule mention, en Marc, est qu’il est assis à la droite de Dieu, il n’est pas sur le trône. Le Règne, ou le Royaume, vient, cela est annoncé à plusieurs reprises, mais il n’est pas définitif. Cela va contre la notion de Christ-Roi et sa fête instituée en 1925 par Pie XI. Pour retrouver un sens à la notion de Christ-Roi, il semble nécessaire de se référer à la Parousie. A leur mort, les défunts sont sanctifiés, l’Église catholique canonise à tours de bras. Mais alors que signifie devoir attendre la Parousie pour le Jugement dernier qui va séparer les boucs des brebis ? En fait on peut penser que le Royaume est en gestation et n’est pas encore institué, le Règne est parmi nous mais aussi en devenir. Lors de la Parousie, le Christ, dans le « Jugement final », récapitulera toute la Création (voir par exemple le chapittre 21 de l’Apocalypse) :

« Et alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec beaucoup de puissance et de gloire » (Mc 13, 26).

ou encore :

« Lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous » (1Cor 15, 28).

Il sera alors institué Christ-Roi.

Mais pour le moment il nous laisse à nos responsabilités, « il est bon pour vous que je m’en aille » (Jn 16, 7). Jésus ressuscité disparaît dans l’Ascension pour nous envoyer en mission en nous laissant toute responsabilité. Prétendre justifier nos organisations en nous appuyant sur la royauté du Christ qui nous imposerait tel ou tel système est une escroquerie. Nos institutions, nos actions, sont de notre ressort. L’envoi en mission lié intrinsèquement à l’Ascension ne nous donne pas la méthode, à nous de nous engager...sans filet !

Envoi de l’Esprit

Mais si Jésus, le Christ, nous a quittés, il ne nous a pas laissés seuls. L’envoi de son Esprit est étroitement lié à son départ :

« C’est votre intérêt que je parte, car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous, mais si je pars, je vous l’enverrai »  (Jn 16,7).

Par son Esprit Il est présent parmi nous, par son Esprit nous pouvons agir pour construire le Royaume. Chez Jean c’est dès le premier jour, celui de la sortie du tombeau, que Jésus donne l’Esprit aux disciples (Jn 20, 22). La Pentecôte décrite par Luc tarde un peu, 10 jours pour permettre aux disciples, claquemurés dans le Cénacle, de se reprendre après le départ du Maître. Mais là encore nous assistons à l’unique action, qui va de la Résurrection à l’effusion de l’Esprit, on ne peut pas séparer ces événements sauf pour mieux les comprendre, question de pédagogie.

Que se passe-t-il à la Pentecôte ? Là encore il n’y a pas d’acclamation, de glorification ni d’ailleurs d’unanimité : chacun reçoit sa langue de feu, chaque spectateur au dehors garde sa langue, et d’ailleurs beaucoup sont sceptiques, doutaient, tout le monde n’adhère pas (1). Auparavant les disciples eux-mêmes doutaient, ne comprenaient pas (Mt 28, 17 ; Mc 16, 14 ; Lc 24, 41). Alors Jésus a promis d’envoyer son Esprit sans lequel la mission serait est impossible :

« Je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis » (Lc 24, 49), ou encore

« Je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet pour qu’il soit avec vous à jamais […] c’est l’Esprit Saint, le Paraclet, que le Père enverra en mon nom » (Jn 14, 16 ; 26).

Chaque disciple a reçu « comme une langue de feu », personnellement. Il s’agit bien, ce n’est certainement pas un hasard, d’une langue comme une « langue » qu’on parle. Et le feu évoque l’amour. Les disciples sont appelés à s’adresser à chacun dans sa langue et avec amour. Evidemment on songe à Babel. Avant Babel tout le monde parlait la même langue, celle de Dieu. Cela n’est plus et il n’est pas question de revenir en arrière. Certains se sont appuyés sur cet événement pour évoquer le « parler en langues » (repris par certains charismatiques actuels) qui est à juste titre fort contesté par Paul, qui n’aime pas cela (en gros, si vous parlez à Dieu, faites-le comme vous voulez, mais ne venez pas troubler nos assemblées !), revenant à une « langue de Dieu », universelle. Doux rêve. Non, à la Pentecôte, chacun conserve sa langue, mais l’Esprit permet de se réunir, de s’entendre, de se comprendre. La venue de l’Esprit n’est pas la construction d’une unification. Nous restons dans notre diversité et l’amour insufflé par l’Esprit fait cependant de nous un seul peuple : « il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père » (Jn, 14 2).

La vie dans l’Esprit, la mission

L’Esprit est un « entre » de « l’entre-nous », un intermédiaire. En ce sens il est l’amour. L’Esprit, c’est le « entre » le Père et le Fils, ce qui fait la Trinité. C’est le « entre » le Christ et nous. On ne va pas au Père sans passer par le Fils, et au Fils sans être habité par son Esprit.

Nous sommes envoyés en mission, mais comment s’adresser aux autres, aux lointains (et pas seulement à « notre prochain »), comment en faire justement des « prochains » ? L’Esprit de Jésus nous guidera, nous dira ce qu’il faut exprimer (encore faut-il lui laisser de la place pour l’écouter). C’est dans l’Esprit, et seulement ainsi, que nous rencontrerons les autres en vérité, c’est Lui qui nous met en relation avec les autres, c’est Lui qui nous permet de les aimer de l’amour même de Dieu. C’est par Lui que nous pouvons nous engager dans la construction du Royaume dès ici-bas, en y travaillant avec toute l’humanité. Il ne suffit pas de Le prier, il nous faut agir.                                                 

Ainsi ces deux fêtes de l’Ascension et de la Pentecôte sont le complément nécessaire à la Résurrection, « tout est accompli ». Dieu nous a rétablis dans son amour et nous appelle à proclamer cette Bonne Nouvelle au Monde et l’y faire vivre. Pour cela il nous accompagne à jamais par son Esprit, Esprit d’amour seul capable de nous permettre de faire communauté avec tous les hommes.                                   

                                                                            Marc Durand

(1) En (Ac 2, 41), il est courant de traduire « Eux donc...se firent baptiser » en parlant des auditeurs du premier discours de Pierre. Cela semble impliquer que tout le monde s’est converti, ce qui n’est pas le sens général des textes. Or le texte grec permet aussi de traduire : « Ceux qui accueillirent sa parole furent baptisés », « ceux » et non pas « eux ». C’est le choix par exemple de la traduction d’Osty et celle de la TOB. Il n’y a pas d’unanimité de l’accueil (ni d’acclamation commune).

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G
"On ne va pas au Père sans passer par le Fils, et au Fils sans être habité par son Esprit". Je tiens à préciser qu'il y a ceux et celles dans le passage du jugement dernier de Matthieu 25, 35-40 "J'avais faim et vous m'avez donné à manger ; j'avais soif ...." qui, même s'ils n'ont jamais connu ni le Père, ni le Fils iront dans le Royaume du Père car "c'est (indirectement) à moi (Jésus) que vous l'avez fait" même s'ils n'ont jamais été baptisés. On peut considérer qu'ils ont été habités par l'Esprit sans le savoir. Il y a aussi dans les Actes 10, 44-48 ce passage où les païens reçoivent l'Esprit-Saint avant d'avoir été baptisés. Depuis combien d'autres ont fait une expérience similaire avant d'avoir reçu le baptême chrétien ?
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