Annonciation 2026
Fête mariale, mais beaucoup plus. Alors que les autres fêtes mariales qui inondent nos calendriers sont le signe d’une dévotion à Marie développée au cours des siècles, dévotion parfois abusive quand Marie remplace le Christ, l’Annonciation seule, avec la Visitation, a un fondement scripturaire. Et ce fondement scripturaire en fait un élément essentiel de la Révélation.
Dieu a décidé de l’Incarnation pour ramener tous les hommes à Lui. Il lui fallait donc les libérer du mal, du mal ordinaire, et du Mal fondamental, le péché qui est rejet de Dieu. A en croire la Genèse, c’est dès l’origine que l’homme a refusé Dieu. Il a alors perdu l’intimité qu’il aurait dû avoir avec Lui. En a découlé toute sorte de mal, de souffrance (« dans la peine tu enfanteras des fils » puis « maudit soit le sol à cause de toi...à la sueur de ton visage tu mangeras ton pain »), tout cela compris comme une punition de Dieu, surtout comme conséquence inéluctable de la rupture opérée par le désir de l’homme d’être comme Dieu (« vous serez comme des dieux » a annoncé le serpent). En plus de tous ces maux dus à la chute, le péché, Mal essentiel, est entré dans l’humanité.
Pour nous ramener à Lui, le Verbe s’est fait homme parmi les hommes, il a plongé pleinement dans l’humanité, dans ses souffrances, dans son Mal :
« Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu » (2Cor 5, 21)
Mais c’est un pari risqué qu’a réalisé le Père en envoyant ainsi son Fils. Pour qu’il puisse s’incarner, il fallait que l’humanité l’accepte. Or l’expérience d’Adam était là pour dire tout le risque d’un refus, d’une fermeture des hommes sur eux-mêmes, des hommes qui estiment ne pas avoir besoin de ce Dieu, attitude bien réelle que nous constatons encore tous les jours. Dieu a d’ailleurs dû œuvrer pendant des siècles pour former un peuple choisi, Israël, afin de rendre possible une acceptation de sa venue. Toute l’histoire du Premier Testament nous montre cet amour de Dieu pour l’humanité et l’éducation qu’il a dispensé pour pouvoir être proche des hommes.
Ici se place l’événement de l’Annonciation. Le « fiat » de Marie est le point de basculement de l’Histoire du monde. C’est un point de non-retour. C’est l’ouverture de l’humanité à la réception de Dieu parmi les hommes. Si Marie avait refusé, ou simplement tergiversé comme peu auparavant Zacharie, le Messie n’advenait pas, le Salut était annulé.
Marie était dans l’ignorance, Dieu n’avait pas cherché une personne savante, importante. Le « oui » ne devait pas être le fruit d’un calcul, d’une quelconque connaissance, il devait être une ouverture totale à la demande de Dieu. Seule Marie a montré cette capacité de répondre ainsi. Seulement plus tard elle réalisera où son « fiat » devait l’emmener, et qu’elle devra le renouveler (« elle portait toutes ces choses en son cœur »).
Marie est ainsi pleinement associée à l’histoire du Salut par le Christ. Elle n’a pas besoin d’être présente sur les routes de Galilée, sa place sera au début, à Cana, puis à la Croix et enfin lors de la Pentecôte. Par son « oui » elle est devenue la mère de l’Église. Notre dévotion à Marie trouve là sa source et sa légitimité.
Marc Durand
/image%2F0950820%2F20260323%2Fob_325cbb_annonciation5.jpg)