A l’écoute de la Parole de Dieu
Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur 29/03/2026
Is 50, 4-7 ; Ps 21 (22) ; Ph 2, 6-11 ; Mt 26, 14-27, 66
Pour partager les textes de ce jour soyons éveillés comme nous le demande le prophète Isaïe, ce sont des textes fondateurs de la tradition judéo-chrétienne et à chaque fois laissons-nous surprendre et touchés par ces récits : l’entrée messianique de Jésus empreinte de douceur, très loin de l’atmosphère de haine créée par une foule vindicative, il entre à Jérusalem, monté sur une ânesse, la foule l’identifie « C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. ». Quelques jours après nous vivons la passion où le même homme est ridiculisé, maltraité, condamné à mort, que s’est-il passé entre cette entrée et cette passion : la synagogue a décidé de sa mort, elle a orchestré une campagne contre Jésus dont l’enseignement met en cause ses pratiques.
Tout est sombre dans ce récit qui relate la souffrance de la victime, sa solitude, son abandon, la trahison des proches, la complicité du politique.
Le récit de la passion du Christ au fondement de la tradition chrétienne est un récit d’alliance Judéo-chrétienne il prend sa source dans l’AT : Isaïe - les psaumes : Jésus connaît les Écritures il les commente et elles l’accompagnent jusqu’à la mort, il lit son destin dans les Écritures. Il ne se dérobe pas et voit les hommes tels qu’ils sont, vindicatifs, cruels, lâches, peureux, menteurs. Clairvoyant il anticipe tous les moments du drame.
La souffrance est là, et spontanément se pose la question que les moqueurs vindicatifs lancent à la face de Jésus « si tu es le roi des juifs prouve-le », c’est-à-dire « fais-nous voir un peu ta magie » !
Le temps de la souffrance est un temps infini pour celui qui la vit, nous ne pouvons l’éluder, le diminuer, passer vite à la Résurrection. C’est parce qu’il y a souffrance, que le récit a et a eu un tel écho, initialement dans la société romaine brutale, raciste, esclavagiste puis dans l’histoire à venir Comment un Dieu peut-il être abaissé à la condition humaine ? Saint Paul nous éclaire sur l’incarnation le mystère de l’incarnation : » le christ Jésus, ayant la condition de Dieu (…) s’est anéanti (…) s’est abaissé. Un Dieu, un dieu s’incarne dans « la peau » d’un homme qui souffre et agonise comme les hommes crucifiés exposés sur la voie romaine
La souffrance est la vérité de l’incarnation, jésus a un corps sensible à la douleur. Pendant des heures il agonise sur la croix avant de rendre le dernier soupir. La douleur est telle qu’elle arrache au crucifié un cri « Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? ».
Ce récit d’alliance qui nous transmet l’évènement prend sens dans la tradition biblique : cela est arrivé pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète mais ce récit renouvelle la tradition. La vie de Jésus prend sens dans une vérité renouvelée : l’incarnation du divin mais aussi témoignage d’une vérité paradoxale, désarmée, la mort du juste, de l’innocent, celui qui ne se défend pas, qui obéit, soumis à l’épreuve de la force, abandonné de tous y compris de ses proches les apôtres. Cet abandon nous fait signe : nous ne sommes jamais à la hauteur de nos engagements.
Seules, un groupe de femmes assiste au supplice, sa mère, Marie-Madeleine… Groupe de malheureuses on dirait aujourd’hui victimes, elles restent au pied de la croix dans l’attente de la descente du corps, elles souffrent, elles subissent chaque moment de cette agonie du lieu que leur concède un ordre politique brutal, à la marge. La femme de Ponce Pilate rejoint symboliquement ce groupe de « souffrantes », « aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui ». N’annonce-t-elle pas une faille dans l’ordre politique et social du monde juif et romain, faille dans laquelle va s’engouffrer les prochains missionnaires ?
Ce récit de la Passion, fondateur, interprété, réinterprété à l’aune de chaque vie, ouvert pour que tout fidèle puisse le lire, le méditer, l’interpréter, qui nous aide à admettre que toute vie est un drame et qu’elle s’intègre dans la foi au Christ où la mort n’a pas le dernier mot, elle ne met pas fin à la vie elle la transforme et ouvre sur l’éternité.
Christiane Giraud-Barra
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