Choses vues (ou entendues) n° 28 : la "magie de Noël"

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Le 1er octobre 2025, le Conseil supérieur de l’éducation a proposé de changer les noms des vacances de Toussaint et de Noël. Elles deviendraient « vacances d’automne » et « vacances d’hiver ». Le souci sous-jacent (1), plus ou moins officiel, est de ne froisser aucune « communauté ». Tiens, il n’y a plus unecommunauté nationale dans laquelle il faudrait, pour qu’elle soit vivante et juste, intégrer (et non assimiler) les différents groupes sociaux : ethniques, religieux, économiques, politiques… qui composent la nation. Le Ministère de l’Éducation nationale a refusé, pour l’instant, avec bon sens.

On peut s’inquiéter de ces manœuvres insidieuses contre l’histoire de ce pays. Déjà, il était discutable de refuser de reconnaitre les « racines (judéo)-chrétiennes » de la France. Elles relèvent pourtant d’un simple constat historique. De Clovis à la Révolution française (plus d’un millénaire), et même à certains égards jusqu’à à la Troisième République, la France, qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, a vécu dans une atmosphère chrétienne. Le reconnaître n’implique pas que l’on veuille en rester là.

Avant l’empreinte chrétienne, il y avait eu, bien sûr, le poids de la culture gréco-romaine (dans laquelle le christianisme s’était d’ailleurs culturellement coulé). Après la « chrétienté », et souvent libérée de son Église jusqu’à l’hostilité, s’est progressivement révélée l’influence des Lumières. Elles ne sont pourtant pas totalement exemptes de traces de christianisme. Voltaire a passé sept ans au Collège Louis-le-Grand tenu par les Jésuites, dont l’influence intellectuelle l’a forcément marqué, même s’il les a vomis ensuite ; Diderot est également passé par un collège de la Compagnie… La culture française actuelle est née de la convergence de ces trois influences.

Si on veut, à partir de ce constat, figer la réalité d’un pays et dire qu’il ne peut être que chrétien, jusqu’à la fin des siècles, et que le christianisme doit régenter la société, comme le suggèrent certains milieux intégristes marqués à l’extrême droite (nostalgiques des chouans), c’est une tout autre question. Elle peut se poser, parce que ces obédiences intégristes s’accrochent à cette catholicité passée, ils en font un constitutif dominant, impérieux (impérial ?), de l’identité française contre l’« invasion migratoire » culturelle. C’est regrettable eu égard à l’évolution des sociétés dans le monde, mais il n’en demeure pas moins vrai que le christianisme a constitué le fond principal de la culture française et qu’on ne peut le balayer inconsidérément.

Rappelons qu’à l’origine de sa proclamation, la laïcité, en tous cas celle des initiateurs : Ferry, Briand, Jaurès, était tolérante et pas anti-chrétienne, elle se contentait de remettre la religion à sa place, hors du champ politique du pays, dont la gestion relève de l’État.

Ne sombrons pas dans le ridicule. Changer tous des noms évoquant le christianisme serait non seulement un travail titanesque, mais le plus souvent absurde. On se souviendra de ce décret de la Convention du 18 octobre 1793 imposant aux communes de changer de noms lorsqu’ils commençaient par « Saint », « Abbaye » ou « Église », en même temps que ceux qui évoquaient l’Ancien régime « Roi, reine, château, Notre Dame, comte » etc. On les remplaçait souvent par des noms évoquant la Révolution : La Montagne, Marat, Tricolore, Égalité, Liberté… Pour prendre quelques exemples dans les Bouches-du-Rhône : Château Renard est devenu « Mont-Renard », Saint-Chamas : « Port-Chamas », Saintes-Maries-de-la-Mer : « Commune de la mer », Saint-Rémy de Provence : « Glanum » (son nom antique)… Partout en France on fit preuve d’inventivité, parfois jusqu’à des jeux de mots problématiques, tel Saint-Eugène (Charente-Maritime) devenu « Ingénuité ». On a prétendu que Saint-Cyr (Les Yvelines) était devenue « Cinq-Bougies », mais on n’en trouve aucune confirmation, elle se nommait simplement « Libre-Val » ou « Ville affranchie ».

Au moment où l’on parle tant du « patrimoine » (il y a même un loto pour tenter de subvenir aux insuffisances de l’État en ce domaine), il est paradoxal de s’attaquer au patrimoine culturel « immatériel ». Noël en fait partie, bien qu’une bonne partie de ceux qui célèbrent la « fête des enfants », et l’on pourrait ajouter qui en font un prétexte à la consommation, ne savent sû rement pas que Noël commémore l’Incarnation de Dieu en Jésus-Christ.

Allons, les enfants, ne soyez pas trop impatients en attendant le « Père Hiver ».

Albert Olivier

  1. On ne peut croire qu’il ne s’agirait que d’une nouvelle égratignure « laïcarde » au passé chrétien de ce pays !
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L
Oui, "Le reconnaître n’implique pas que l’on veuille en rester là".<br /> Le patrimoine, quelle qu’en soit la matière, appartient à la communauté qui en a hérité – et pas toujours de bon cœur... Cette « communauté » telle qu’elle a été précisément visée, entre autres, par plusieurs rabbins (en remontant au début du XXème siècle) ayant énoncé qu’en France, il n’y a qu’une seule communauté, la nation. De leur côté, les obédiences intégristes, figées dans une catholicité dont la version la plus moderne est celle du Syllabus, s’attachent indéracinablement à une « identité » dont ils érigent le concept en une infranchissable borne frontière – rempart cultuel en premier lieu, et déclinaison conséquente de critères culturels, d’origine ou d’appartenance prétendument historicisée - entre ceux qui ont le droit d’appartenir à la France et ceux qui n’y auront jamais leur place. Les extrêmes droites ajoutant à cette identité d’autodéfense, qui aurait pu être transcrite dans des catéchismes de années 1950, le corpus argumentaire qu’elles tirent des ressources inépuisables de la xénophobie, des racismes et des fanatismes nationalistes en tous genres. <br /> Reste providentiellement possible de réfuter ce concept par la seule raison qu’il est construit sur un non-sens : l’identité est en effet formée de tout ce qui est propre à une personne, et donc de tout ce qui la distingue des autres personnes humaines - il n’y a pas d’empreintes digitales qui se répètent d’un individu à l’autre, comme il n’existe pas d’ADN mis en commun. Et aucune métaphore ne peut se construire dans l’ignorance ou le déni du singulier.<br /> La lecture du développement de cet article, aide à se dire que, décidément, l'intelligence, qu'elle se dirige sous les Lumières ou qu'elle explore les chemins qui reçoivent la Lumière, doit livrer un combat sans fin contre les arriérations et les altérations en lesquelles le cerveau de notre espèce dénature la faculté de penser dont il a été pourvu.
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