AVENT – 2025
Traditionnellement l’Avent est présenté comme un temps de préparation à Noël, temps de pénitence corrigé un peu par le 3ème dimanche (« Laudete »). Peut-être pourrions-nous avoir un autre regard sur ce temps de préparation. Pourquoi faire pénitence ou pleurer pour se préparer à une telle fête ?
La liturgie de ces dimanches évoque moins la naissance de Jésus, sauf à la fin, le 4ème dimanche, que la transformation du monde opérée par sa venue. L’Avent peut être alors un temps de préparation à la reconnaissance de tout le parcours de Jésus parmi nous. Une introduction, donc, à l’année liturgique qui nous fait avancer dans le mystère de l’action de Jésus, devenu Christ par sa Résurrection.
L’année liturgique est marquée par deux temps bien différents. Celui qui s’attache aux divers événements liés directement à Jésus, avec un suivi chronologique, et un temps évoquant d’autres célébrations avec une chronologie différente.
Premier temps : Vie de Jésus parmi nous.
Le point culminant est la fête de Pâques, tout le reste en dépend. Pâques est le point de retournement de l’Histoire, le passage du temps de la Loi (qui a été inefficace pour sauver Jésus, lequel a justement été condamné au nom cette Loi) à celui de la grâce, du don gratuit de Dieu faisant de nous ses fils. Ce n’est plus le temps du péché. On peut relire l’épître aux Romains depuis le chapitre 3 verset 21 (« Mais maintenant, en dehors de la Loi, la justice a été manifestée ») jusqu’au cri d’espérance et de foi de la fin du chapitre 8 :
« Oui, j’en ai l’assurance, ni mort ni vie […] ni quoi que ce soit de créé ne pourra nous arracher à l’amour que Dieu nous témoigne dans le Christ Jésus notre Seigneur ».
Dans sa mort Jésus est baptisé (en Mc 10, 39 Jésus évoque « le baptême que je recevrai »). Le baptême est un effacement du temps du péché (rite de l’eau) avec une plongée symbolique dans la mort au péché pour être reconnu
par Dieu comme son fils.
Revenons à la chronologie.
Noël (25 décembre) est irruption de Dieu dans le monde pour reprendre la main sur sa création. C’est la première célébration de l’année liturgique, suivie du baptême par Jean (13 janvier) marquant le début de la marche vers le baptême sur la Croix qu’il préfigure. Baptême marqué par la révélation de l’Esprit qui habite Jésus et fonde ainsi sa mission Jn 1, 33 « celui sur lequel tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint » .
Puis vient le Carême, préparation au sommet de l’année, le Triduum pascal. C’est un temps de « désert » au cours duquel nous sommes invités à nous délester de toutes nos entraves et à méditer pour nous préparer à l’événement à venir. Désert de 40 jours de préparation, rappelant celui de Jésus en préparation de sa mission.
Les Trois jours saints vont du repas pascal du jeudi à la Résurrection à l’aube du dimanche. Le repas pascal du jeudi-saint nous fait membres du Corps du Christ, qui va être crucifié et ressuscité. Il devra donc être commémoré par la suite pour agréger au Corps toutes les générations de chrétiens. Ce sont alors les chrétiens de tous les temps qui seront plongés dans la mort du vendredi par le baptême et sauvés par la résurrection du dimanche.
Le Temps pascal est un temps joyeux (on est passé du temps du péché et de la Loi à celui de la grâce, don gratuit de la vie en Dieu). Temps aussi long que le carême, pour méditer sur le changement radical apporté par Pâques et qui doit bouleverser nos vies.
L’Ascension marque la fin de ce temps pascal. La « geste » du Christ est terminée et ce sont les chrétiens qui prennent le relais, envoyés par le monde pour annoncer que désormais nous sommes entrés dans l’ère du salut. Le péché a été vaincu. Nos péchés ne sont plus des entorses à la Loi, mais des refus du salut, refus sans cesse pardonnés pour ceux qui se ressaisissent dans l’amour (de Dieu et des hommes).
Enfin la Pentecôte est la conclusion de la Promesse : Jésus nous envoie son Esprit par lequel nous devenons fils du Père. Cet Esprit qui a été manifesté à la sortie du Jourdain lors du premier baptême de Jésus. La boucle est bouclée, qui va du baptême par Jean avec descente de l’Esprit à l’envoi du
même Esprit sur les disciples.
Second temps : fêtes de la Vierge...et autres.
L’Annonciation (9 mois avant la naissance, 25 mars) manifeste le désir de Dieu de venir parmi nous, mais sans s’imposer. Il a eu besoin de l’acceptation de l’humanité, représentée par Marie, pour s’incarner.
L’importance de Marie dans cette Histoire a provoqué un culte. Nous reconnaissons sa proximité avec Dieu, qui Lui a permis de s’incarner. Cette proximité nous introduit à la célébration de l’Immaculée Conception (8 décembre, 9 mois avant la fête de la Nativité de Marie) : depuis toujours Marie est proche de Dieu. Au-delà de la notion de péché originel (très discutable, St Augustin n’a pas toujours été bien inspiré) nous célébrons simplement la parfaite fidélité de Marie à Dieu, et cela depuis son origine. Il est bien que cette fête tombe au milieu de l’Avent, au moment où on passe d’une introduction à toute l’année liturgique à une préparation à la naissance de Noël.
On a tendance à faire de Marie un « Dieu-bis » en multipliant les fêtes de la Vierge, bien plus nombreuses que celles liées à Jésus ! Cette mariolâtrie est mal venue, mais la refuser ne doit cependant pas faire ignorer la place éminente de Marie dans notre Histoire (sainte). Marie a été présente à tous les moments fondamentaux : Annonciation, Noël, début de la Mission (noces de Cana juste après le baptême et le passage par le désert), Crucifixion, enfin à la Pentecôte, pour l’Église naissante. Cela justifie donc sa grande place dans les célébrations liturgiques, avec un épanouissement le 15 août pour l’Assomption : Marie est ressuscitée pleinement avec son Fils.
L’année est parsemée d’autres fêtes destinées à méditer sur certaines réalités de notre foi. Retenons la dernière, une sorte d’apothéose de l’année, le dernier dimanche du temps ordinaire, fin novembre : la fête du Christ-Roi qui célèbre en quelque sorte la victoire définitive du Christ sur le mal.
Reste de l’année, « temps ordinaire ».
Le reste de l’année, ce qu’on appelle le « temps ordinaire » déroule l’enseignement de Jésus. Pour nous permettre d’accueillir son salut qui est le but de sa venue parmi nous, il nous a enseigné : enseignement qui n’est plus celui de la Loi, mais une ouverture destinée à nous permettre de construire nous-mêmes par la suite nos vies. Elles participent à sa Résurrection mais ne sont pas encore pleinement transformées. Le péché a été vaincu, il est pardonné, cependant nos multiples refus sont encore bien présents et doivent être dépassés. Chacun doit trouver son chemin sur terre pour accéder à la vie entière de fils du Père, l’enseignement de Jésus est là pour nous éclairer sur nos choix.
Marc Durand