« Choses vues (ou entendues) » n° 25 : America… « über alles »

Publié le par Garrigues et Sentiers

En 1945, après la si meurtrière Seconde guerre mondiale, 51 États, sur les 72 se partageant alors le monde, ont rêvé d’une Paix pérenne née d’un idéal de solidarité, en créant l’Organisation des Nations Unies. « Organisation » (1) suppose la mise en place d’un ordre, de structures de concertation et de conciliation, de règles, d’un recours à la diplomatie plutôt qu’aux armes… On a bien dit qu’ils l’avaient « rêvé ».

La définition d’« Organisation » par Wikipédia est plus précise et mieux adaptée à la situation présente que nous essayons de cerner : « Une organisation est, en sciences sociales, un groupe social formé d’individus en interaction, ayant un but collectif, mais dont les préférences, les informations, les intérêts et les connaissances peuvent diverger ». Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça diverge. Les « Grandes Nations » – et les « petites » suivent leur mauvais exemple – se sont détournées de cet idéal de paix et de coopération, quand des conflits se multiplient.

En effet, quand on considère le triste spectacle des « relations internationales » actuelles, avec plus d’une soixante de conflits plus ou moins graves, plus ou moins sauvages, qui se déroulent à travers le monde, on constate que l’extrême violence dans les confrontations, en dépit des Droits de l’Homme (pourtant reconnus par la plupart des États), aussi bien que des « Lois de la guerre » (2), est devenue une sorte de norme. On veut l’Ukraine, on l’envahit, sous des prétextes incertains ; on prétend régler l’inextricable problème de la Palestine, au Proche Orient, on s’y précipite de part et d’autres avec acharnement, après, il est vrai, une provocation meurtrière et insupportable de l’adversaire. Et, hors ces exemples emblématiques, il s’en trouve beaucoup d’autres : Syrie, Libye, Soudan, Somalie, Yémen, Birmanie…, où l’origine des conflits est trop souvent l’opposition entre deux hommes ou deux communautés désireux de s’emparer ou de conserver le pouvoir.

Voilà donc la réaffirmation de l’importance des individus dans le déroulement de l’Histoire. Mais qu’en est-il de leurs buts de guerre, buts avoués ou prétextes invoqués ? Pour les principaux conflits, il s’agit souvent de reconstituer un empire passé, tel le cas du président Poutine toujours à l’affut de régions à récupérer, prétendant permettre au « peuple frère » (?) d’Ukraine de revenir au sein d’une « mère patrie » historiquement un peu mythique. C’est aussi le cas du président Trump rêvant d’annexer des États voisins, comme le Canada ou le Groenland, sans renoncer à l’emploi de la force. Cela ne vous rappelle rien, ce désir d’offrir à son peuple une expansion jugée utile, voire nécessaire, au détriment des pays annexés ? Bien avant la naissance de Donald Trump (1946), le concept d’« espace vital » s’est développé en Allemagne, dès la fin du XIXe siècle, avant de s’épanouir dans le Mein Kampf d’Adolf Hitler. Le prétexte démographique et culturel invoqué par le chancelier devient une exigence géo-stratégique pour le président des « États-Unis d’Amérique », mais le résultat est le même : des conflits à répétition présentés avec mauvaise foi et cynisme. « America first » ou « Make America Great Again », ça ne consonerait-il pas avec « Deutschland über alles » (3), avec des méthodes différentes ( pour l’instant !), mais le même cynisme ? Dans tous ces cas, la force prime le droit.

Peut-être les échanges internationaux devraient-ils s’inspirer d’un principe exposé par Blaise Pascal (1623-1662), Pensées, éd. Brunschwicg, 298 :«Justice, force. Il est juste que ce qui est juste soit suivi, il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante : la force sans la justice est tyrannique ».

 

Marcel Bernos

 

  1. Organisation : « Façon dont un ensemble est constitué en vue de son fonctionnement » (Le Robert).
  2. Expression un peu perverse, puisque ces Lois permettent un peu d’inhumanité, mais pas trop si possible, pour que les souffrances subies restent supportables et ne soient pas trop déshonorantes pour ceux qui les infligent.
  3. Dans le chant originel, le « Deutschland ûber alles » était une invitation aux souverains des multiples « États » allemands à travailler à l’unité allemande. Il a été l’hymne du pays à travers les différents régimes politiques depuis la création de l’empire allemand (1871), jusqu’à aujourd’hui.

Publié dans Réflexions en chemin

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G
Vous écrivez en note de bas de page : « Dans le chant originel, le « Deutschland über alles » était une invitation aux souverains des multiples « États » allemands à travailler à l’unité allemande. Il a été l’hymne du pays à travers les différents régimes politiques depuis la création de l’empire allemand (1871), jusqu’à aujourd’hui. »<br /> L’hymne allemand ne s’est jamais intitulé « Deutschland über alles » mais « Deutschlandlied » c’est-à-dire le « Chant de l’Allemagne » ou « Das Lied der Deutschen » c’est à dire « Le Chant des Allemands ». Il a été écrit par August Heinrich Hoffmann von Fallersleben en 1841sur une mélodie composée par Joseph Haydn.<br /> Cet hymne se compose de trois strophes. La première commence par « Deutschland über alles », c’est-à-dire l’Allemagne au-dessus de tout. La seconde strophe, qui commence par « Deutsche Frauen, Deutsche Treue », concerne les coutumes et les arts germaniques. La troisième strophe commence par « Einigkeit und Recht und Freiheit für das deutsche Vaterland » : unité et droit et liberté pour la patrie allemande.<br /> Entre 1952 et 1991, l’ensemble du chant était considéré comme hymne, même si seule la troisième strophe était chantée lors d’événements officiels.<br /> Quelques mois après la Réunification de l’Allemagne en 1990, le président fédéral Richard von Weizsäcker et le chancelier fédéral Helmut Kohl ont expressément établi la seule troisième strophe en tant qu’hymne national, en 1991.<br /> Il est très discourtois et injuste de laisser entendre que les Allemands chantent encore « Deutschland über alles ». Les Allemands néo-nazis peut-être chantent la première strophe mais ils sont regardés de travers par la plus grande partie des Allemands qui ne veulent plus qu’on les assimile à des Nazis.
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