A l'écoute de la Parole de Dieu
20ème dimanche du temps ordinaire 17/08/2025
Jr 38, 4-6, 8-10 ; Ps 39 ; Hé 12, 1-4 ; Lc 12, 49-53
Jérémie est l’un des quatre grands prophètes d’Israël. Il a vécu entre 650 et 587 av. J.-C. Il apparaît comme un « prophète de malheur », il ne crée pas les conditions du malheur, mais en dénonce les composantes : il a lutté contre l’idolâtrie, prédit la mort de personnages importants, la déportation à Babylone… ; et surtout il annonçait la destruction de Jérusalem ; au point de décourager les défenseurs de la ville assiégée. C’est le prétexte donné par ses ennemis, décidés à le faire mourir pour ne plus avoir à subir ses admonitions ; comme s’il était responsables des catastrophes annoncées. Ils tentent de le supprimer en le jetant dans une citerne pleine de boue, où il serait mort sans l’intervention d’Ébed-Mélek, serviteur du roi. Jérémie mourra d’ailleurs lapidé.
De cette boue (physique et allégorique), le psalmiste, dans la situation semblable à celle de Jérémie, demande à être retiré. Il lie le salut, donné par Dieu, et la louange de l’homme malheureux. Ces prières de recours en situations extrêmes sont fréquentes dans les psaumes et illustrent le total abandon, la pleine confiance du croyant à la bonté attentive de Dieu.
L’évangile du jour est bien énigmatique. Jésus, « prince de la paix », dit à ses disciples : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ». Celui qui dit si souvent « Paix » (par ex. : Jn 20,19, 21 et 26) aurait donc apporté la violence et la division entre les hommes, y compris à l’intérieur des familles ? On peut s’attacher d’abord aux différents sens du mot « Feu », qui dans le contexte peut simplement impliquer les « feux de l’amour » divin, qui comme tout amour suppose qu’on soit capable d’y sacrifier ce qui est secondaire.
Quant à la paix « véritable », que prône Jésus, elle diffère totalement de celle « du monde ». Celle-ci s’inscrit trop souvent dans une passivité, une vacance de vie, une sorte de neutralité dans les relations. La paix de Jésus nécessite un effort, une remise en cause de ce qui nous installe confortablement dans l’inaction. Elle nécessite un engagement et, par-là, soulève automatiquement l’opposition de ceux qui ne veulent pas suivre cette démarche, et provoque des divisions entre les hommes, y compris au sein des familles, théoriquement lieu privilégié d’une paix bourgeoise et paresseuse.
La paix apportée par Jésus est celle de Dieu, d’une réconciliation des hommes avec lui (2 Cor 5,20), elle a été payée cher par le crucifié. Il est vrai que la paix que nous attendons ne relève pas du domaine de la tranquillité. Dans un monde éclaté par les guerres, la famine, l’oppression, nous rêvons d’une accalmie, d’un repos, que cessent les conflits et les souffrances ? Et c’est un vrai problème, alors que nous prions pour la « Paix » depuis des siècles, de constater que les effets de ces prières restent si peu visibles. Mais cela nous renvoie à notre liberté, à nos actions de « pacification » qui ne devraient plus utiliser des procédures violentes pour régler les conflits. C’est sur nous-mêmes que devrait peser la responsabilité de l’état du monde et des relations entre les hommes.
Marcel Bernos
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