A l'écoute de la Parole de Dieu

Publié le par Garrigues et Sentiers

22ème dimanche du temps ordinaire 31/08/2025

Si 3, 17-18.20.28-29, ; Ps 67 (68), 4-5ac, 6-7ab, 10-11) ; He 12, 18-19.22-24a ; Évangile Lc 14, 1.7-14

 

Je dédie cette méditation à Don Matteo Balzano, que l’on a retrouvé mort dans son presbytère le samedi 5 Juillet. Le diocèse de Novare n’a pas cherché à cacher le suicide et il a été accompagné en terre par des obsèques religieuses après une veillée de prières. Rodrigo Rodriguez, un prêtre brésilien a écrit « Matteo n’est pas mort de faiblesse, il est mort d’abandon, de surcharge, d’invisibilité. ».

 

L’épître aux Hébreux écrit par Paul ou un proche de Paul au premier siècle de notre ère, témoigne du nouveau sacerdoce des prêtes, dans les synagogues les prêtres étaient choisis dans la tribu de Levi, désormais le nouveau courant religieux, confiera la charge d’officiant à un chrétien, au départ à des apôtres à des proches des apôtres ou a des personnes qui développent un charisme particulier. Le modèle de la médiation entre Dieu et les hommes n’est plus Moïse mais Jésus-Christ. Le Seigneur n’est pas « un guide du peuple » mais un être au service de la communauté, un être qui n’est pas un roi, qui ne possède pas de pouvoir mais témoigne par son humilité, de son soutien aux pauvres, aux boiteux, aux aveugles, aux estropiés de la vie. Vingt et un siècles plus tard le sacerdoce de prêtre devient de plus en plus problématique dans un environnement qui se déchristianise, au sein d’une église qui a du mal à se relever de la crise de la pédophilie.

 

Quel idéal de prêtre avait cherché à vivre Matteo et qu’il n’a pu réaliser ? Les paroissiens l’ont-ils accueilli ou étaient-ils globalement indifférents à sa présence ? Se sont-ils souciés de son existence ? Jésus fait preuve d’humilité, la parabole de l’Évangile consacre cette humilité comme la vertu nécessaire du médiateur et la garantie d’être proche de tous. Les Évangiles nous décrivent Jésus comme un homme entouré, on vient le voir, on le cherche, on le touche, on espère une guérison. Ce ne sont pas les puissants qui l’entourent mais les pauvres, les boiteux, les estropiés, mais à notre époque, qui a besoin d’un prêtre ? les malades s’adressent à la médecine, les tourmentés aux psychologues, les démunis recherchent l’assistance matérielle des services sociaux, difficile dans ces conditions de témoigner de sa compétence spirituelle. Si le prêtre ne crée pas autour de lui une communauté il va souffrir d’isolement et de solitude : Rodrigo Rodriguez « la solitude est devenue la compagne fidèle de bien des autels ».

 

Je me souviens lors de la dénonciation des actes de pédophilie d’avoir rencontré un responsable d’église, un homme très bon au demeurant qui m’avait avoué en toute ingénuité « j’ai été responsable d’un territoire important avec de nombreux prêtres, jamais aucun d’entre eux n’est venu me parler de pédophilie ! » en entendant cela j’ai été abasourdie et prise d’une grande tristesse. Il n’était pas possible de s’entretenir à ce sujet avec un responsable qui n’avait jamais rien vu, ni entendu, il vivait sa foi dans les cieux mais sûrement pas sur cette terre. Combien d’hommes souffrant d’addictions (alcoolisme, drogues, addiction sexuelle…) avait-il côtoyé sans le savoir, sans même les soupçonner ? Je peux émettre l’hypothèse que Matteo a sombré dans le trou noir de la dépression, il n’a peut-être pas développé la consolation (1) d’une addiction, en tous les cas il n’a pu partager ses sentiments de désolation avec d’autres, il s’est senti trop éloigné d’un modèle d’humilité qui pour lui avait valeur d’effacement, d’invisibilité et le plongeait dans la solitude et le désespoir ?

 

Dans les séminaires, les copies des séminaristes doivent se terminer par l’affirmation de l’amour, amour du Christ pour tous les hommes, des croyants pour le Christ mais posons la question du sacerdoce aujourd’hui : notre Église catholique sera-t-elle capable d’affronter la question du passage de l’amour abstrait des Écritures aux liens concrets, temporels de l’amour dont vivent les hommes ici-bas ? Ou pour le dire autrement, tous les prêtres ont-ils vocation à devenir des mystiques ?

 

Que le Seigneur nous pardonne, nous n’exultons pas de joie, nous avons conscience avec Matteo d’être si pécheurs et si misérables que nous ne revendiquons pas la qualité de Juste, mais nous avons foi en ta bonté : accueille-le avec miséricorde pour apaiser son âme, il n’est pas toujours facile de vivre sa vie d’homme, pardonne-nous de ne pas être toujours à la hauteur de nos engagements.

Christiane Giraud-Barra

 

1 - Consolation éphémère et mortifère

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