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Le Saint Sacrement du corps et du sang du Christ

Dt 8,2-3. 14b-16a. Ps 147. 1Cor 10, 16-17. « Lauda, Sion, Salvatorem » (attribué à St Thomas d’Aquin). Jn 6, 51-58.

 

La fête du Saint Sacrement (la Fête-Dieu d’autrefois) est un hommage au pain et au vin consacrés. Elle célèbre la « présence réelle » dans l’Eucharistie. Fondée au 13ème siècle, appuyée par Saint Thomas, elle est depuis quelques siècles une manière pour les catholiques d’insister sur cette « présence réelle ». Mais n’y a-t-il pas quelque idolâtrie dans ces cérémonies ? Que signifie la « présence réelle », de quelle réalité parle-t-on ? On peut comprendre les réticences de Luther, deux siècles plus tard.

Le pain et le vin consacrés sont le « signe » de la présence du Christ, ce qui justifie toute la dévotion qu’ils suscitent. Ils sont le « signe » que le Christ est vraiment présent, mais de quelle manière ? Alors revenons à l’évangile de Jean, chapitre 6, dont un extrait est proposé en ce dimanche. C’est le chapitre du « pain de vie ».

Dans ce chapitre, on trouve un discours de Jésus qui use de pédagogie pour mener ses auditeurs à le reconnaître et les inviter à vivre en lui comme « il vit dans le Père ». Cette idée de vie en lui comme « il vit dans le Père » est reprise à de multiples occasions par Jean, par exemple :

« Demeurez en moi comme moi en vous. De même que le sarment ne peut porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous aussi, si vous ne demeurez pas en moi. Je suis la vigne... » (Jn 15, 4-5), ou encore :

« Comme toi, Père, tu es en moi, qu’eux aussi soient en nous […] moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité... » (Jn 17, 21.23).

Dans ce discours dans la synagogue de Capharnaüm, Jésus fait passer son auditoire de la recherche de pain (on est juste après leur multiplication) nécessaire à la vie, à la recherche d’un pain tel qu’on n’aura plus jamais faim, un vin tel qu’on n’aura plus jamais soif. Cela rappelle l’eau vive promise à la Samaritaine deux chapitres avant. Oui c’est Dieu qui nous donne le pain, nos vies sont entre les mains de Dieu. Cela a été visible déjà avec la manne dans le désert qui était « un pain venu du ciel », mais qui ne donnait pas la vie éternelle. Alors la première lecture de ce dimanche, dans le Deutéronome, nous rappelle que nous sommes dans les mains de Dieu. Le passage par le désert est nécessaire pour comprendre cette dépendance, c’est à Lui que nous devons ce que nous sommes, c’est Lui qui nous conduit dans nos déserts, et qui « révèle sa parole et ses volontés ».

Mais le « pain de vie » est d’une autre nature que la manne, c’est Jésus lui-même qui donne sa vie pour nous. Nous le recevons pour nous nourrir dès maintenant, pour vivre de la vie de Jésus, en même temps c’est le don de sa vie, offerte jusqu’à en mourir. Alors nous devons assimiler ce pain et ce vin si nous voulons vivre « dans le Christ », ce pain et ce vin nous font « Corps du Christ ». L’épisode de la Cène nous enseigne que ce pain et ce vin sont nécessairement partagés, ce sont le pain et le vin partagés qui deviennent avec ceux qui le partagent le Corps du Christ. Assimiler ce pain et ce vin, c’est entrer dans la vie de ce Messie condamné. De façon provocatrice Jésus emploie alors des termes très forts : mangez ma chair et buvez mon sang, c’est-à- dire devenez mon Corps, ma personne, vivez de ma vie donnée, mon sang est la source de la vie.

Nous ne devons pas nous arrêter à ces formules utilisées par Jésus pour nous obliger à comprendre, à ne pas botter en touche (et ceux qui ne pourront les accepter vont se retirer, c’est la suite du chapitre). Le langage est la trace du Verbe vivant, il nous met en route sur un cheminement, il ne doit pas se figer. S’il devient immobile, voire dogmatique, il est chemin de mort. Le langage est là pour ouvrir un chemin de vérité, il ouvre à la vie de celui qui parle. Dans ce chapitre, Jésus, défini dans le Prologue comme le « Verbe fait chair », nous provoque pour nous emmener très loin sur le chemin qui nous conduit à la vie en lui et donc dans le Père.

Notre dévotion au Saint Sacrement est alors loin des expressions doucereuses utilisées bien souvent, il s’agit d’un mystère autrement profond qu’une dévotion « à la présence réelle » dont nous sommes bien incapables de donner une définition claire. Elle est un engagement à vivre du Christ, et cela grâce à l’Esprit célébré le dimanche de la Pentecôte. Elle est action de grâces, remerciement, envers le Christ qui nous a donné sa vie pour nous faire vivre. Cette dévotion qui s’exprime par des processions, des chants, des prières, n’est pas une affirmation dogmatique qui nous enfermerait, mais expression d’un amour reconnaissant.

Cela dit, avons-nous bien compris ce que signifie cette Eucharistie ? Moi pas !

Ce mystère est bien trop profond, essentiel, pour pouvoir prétendre le comprendre ! Heureusement que nous pouvons être fidèles au Christ sans tout comprendre ou savoir ! Nous sommes sur un chemin où notre raison défaille (sans être déraisonnable !), le « Lauda, Sion » proposé en cette célébration l’exprime assez bien :

« Ce qu’on ne peut comprendre et voir,
notre foi ose l’affirmer,
     hors des lois de la nature ».

Ou encore :

« L’une et l’autre de ces espèces,
qui ne sont que de purs signes,
     voilent un réel divin ».

C’est peut-être la seule réponse possible à ceux qui sont tentés par l’idolâtrie de l’Hostie.

                                                                                    Marc Durand

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G
Cela dit, avons-nous bien compris ce que signifie cette Eucharistie ? Moi pas<br /> Christian Salençon disait : « L’Eucharistie n’est pas la présence réelle mais c’est le sacrement de la présence réelle ». Il détache ainsi la présence réelle du sacrement car la présence réelle est « là où deux ou trois sont réunis en mon Nom, je suis au milieu d’eux » mais elle est invisible Quand nous disons : « ceci est mon corps, ceci est mon sang » c’est la mémoire de Sa souffrance et de Sa mort données pour nous sauver même s’Il ne les a pas cherchées et qu’elles lui ont été infligées par l’intermédiaire des grands-prêtres et des pharisiens. Il a fait de sa condamnation au supplice de la croix, un don jusqu’à pouvoir dire : « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne ». Si la Cène doit s’appeler sacrement, je dirais volontiers que c’est le sacrement de la vie donnée.<br /> Il en a été ainsi avec les pèlerins d’Emmaüs. Le Christ était présent avec eux, au milieu d’eux bien réel sans qu’ils le sachent, peut-être pour que nous disions plus tard : il est avec nous réel mais invisible car, de plus, aussitôt il disparait après avoir béni le pain. C’est comme si dans ce geste où ils reconnaissent Jésus celui-ci leur disait : Souvenez-vous, c’est bien moi avec vous en ce moment comme sur la route quand je vous accompagnais. Le geste de bénir le pain fait le lien avec cette présence
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