Choses vues (ou entendues) 31 : No kids, vraiment ?
N’y -t-il pas une certaine hypocrisie dans les hauts-cris poussés par ceux qui se scandalisent de l’offre « Premium » de la SNCF, réservant 8 % des places dans un train aux personnes qui, par choix ou par nécessité (grand âge, santé, travail…), ont besoin de silence ou tout au moins de calme ? Prennent-ils le train, parfois, en expérimentant « in live » une agitation juvénile, que ne vient tempérer aucune intervention parentale soit par faiblesse, soit par un respect sincère mais inadapté de la « liberté de l’enfant » ? Des heures durant, parfois, on doit supporter des cris, subir de l’agitation, assister à des disputes.
Limiter l’exubérance de nos chères têtes blondes (ou brunes) constituerait une « discrimination » ? Mais des discriminations, il y en a bien d’autres, imposées par le principe républicain qui établit que la liberté des uns s‘arrête où celle des autres commence (Déclaration des droits de l’homme, article 4), ou nécessitées par le besoin ou par principe de précaution. En vrac : interdiction de fumer dans les trains et lieux publics, toilettes pour homme différenciées des toilettes pour dames, espace réservé aux « moins de 12 ans » dans certains jardins publics, lieux de stationnement réservés à une catégorie d’« ayants-droit » etc.
Il est vrai que la place des enfants dans la société actuelle devient problématique. Mais bien plus gravement que pour une place de train. Certains excluent l’enfant non passagèrement dans un lieu de transport, mais tout simplement de leur vie. Avoir des enfants semblait jadis « naturel », quelle que soit la philosophie ou religion d’un couple, sauf exceptions liées à des situations très personnelles (maladie, extrême misère…), à des principes comme ceux de pacifistes ne désirant pas procurer à l’État de la « chair à canon », ou encore de pessimistes absolus prévoyant un avenir trop catastrophique pour pouvoir être vécu. On calcule davantage à présent à partir d’autres critères : carrière à mener – en particulier pour les femmes « handicapées » dans ce domaine par les grossesses et leur part souvent dominante dans la première éducation des enfants – revenus insuffisants, difficulté pour obtenir un logement, désir de confort, liberté de loisirs etc.
Il y a donc ceux qui laissent 92 % de l’espace d’un train aux familles avec enfants (100 % le week-end), et ceux qui refusent ce confort considéré comme abusif aux personnes qui ont envie ou besoin de calme. Peut-être pourrait-on s’attendre à des réactions plus vitales en faveur des enfants et, plus encore, pour une reprise de la natalité dans un pays qui s’est longtemps enorgueilli d’être capable de renouveler sa population naturellement, sans être la contrainte d’apports extérieurs.
Une véritable politique de l’enfance devrait passer par des réalisations concrètes : ouverture de crèches, d’une école plus soucieuse du bien des enfants et de leur réussite que des profits du tourisme (1), de construction de logements adaptés, de formation professionnelle, d’une économie offrant des débouchés à chacun, de sécurité (2)… Tout un programme !
Foutons la paix aux vieillards (tiens ! on n’emploie plus ce terme) ou aux travailleurs, acceptons qu’ils puissent vivre le temps d’un parcours ferroviaire tranquillement.
Marc Delîle
- Est-ce que le calendrier des vacances scolaires a quelque chose à voir avec la santé physique et mentale des élèves ?
- À chaque accident tragique à la sortie d’une école, des parents exigent la présence de policiers pour assurer les entrées et sorties. Il y aurait approximativement en France 47.400 écoles, 7.000 collèges et 4300 lycées, soit près de 60.000 établissements d’enseignement, sans compter l’enseignement supérieur. Et 224.000 policiers ou gendarmes en 2024. Concluez.