A l'écoute de la Parole de Dieu
Épiphanie du Seigneur 4/01/2026
Is 60, 1-6 ; Ps 71 (72) ; Ep 3, 2-3a.5-6 ; Mt 2, 1-12.
Les deux premiers textes de ce dimanche de l’Épiphanie proclament la salut de Dieu envers le monde. Le texte d’Isaïe (le « troisième » Isaïe qui a été écrit vers la fin du 6ème siècle) exulte de joie : Dieu a ramené son peuple de l’exil à Babylone, son « lieu saint. » Jérusalem va accueillir tous les fils de Yahvé, et même « les gens de Saba » ! Les trésors vont affluer vers elle. Le peuple a bien dû douter de Yahvé lorsqu’il a été déporté, il retrouve son Dieu avec la promesse faite à Abraham et ses successeurs de ne jamais les abandonner.
Évidement cela résonne particulièrement en ce temps de Noël, nous nous remémorons cette venue de Dieu parmi nous pour faire de nous ses fils et filles ! Y croyons-nous alors que les temps sont lourds à porter, quand l’angoisse de l’avenir nous étreint ? Pour les Juifs rapatriés d’exil, tout n’était pas rose non plus ; quand ils ont été absents presque un siècle, leur place a été occupée par ceux qui étaient restés. Se réinsérer, retrouver son lieu n’a pas été facile. Mais le prophète balaye cela, tout est balayé par la certitude de la présence de Yahvé parmi eux.
Quant à Paul, il insiste : ce salut n’est pas réservé à un seul peuple ou un petit nombre, il doit être proclamé à toute la Terre. Nous sommes héritiers du Christ, et « ce mystère [qui était inconnu dans la première Alliance], c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. »
L’Épiphanie, au sens propre du terme, est manifestation, la manifestation de Dieu au monde. Autrefois Dieu s’est manifesté de manière indirecte en faisant revenir les exilés, à la Nativité il se manifeste directement dans l’enfant de la Crèche. Les Mages sont là pour marquer cet événement, manifestation de la « gloire » de Dieu. Elle inaugure des temps nouveaux, le Dieu qui se manifeste est très loin de celui qu’on attendait Cette gloire est portée par un petit enfant, pauvre et sans pouvoir. Né dans une petite bourgade, il est ainsi révélé comme le fils de David annoncé par les prophètes. La filiation de Jésus, son inscription dans l’histoire du peuple juif est fondamentale : il s’agit bien du Messie attendu. Il va falloir corriger la vision que l’on en avait et l’espérance qui la portait.
De plus cette venue va être source de discorde, elle ne supprime pas le Mal, elle le révèle, c’est ce qu’expliquera Syméon au Temple un peu plus tard. Le mensonge, la perversion d’Hérode sont éclairés devant tous et vont s’affronter à ce « fils de David » dont il a peur. Cela le mènera au crime par le massacre des Innocents (cet épisode est de l’ordre du conte, mais bien vu car Hérode avait même assassiné deux de ses enfants en plus de nombreux autres Juifs). Ne soyons donc pas naïfs, le Christ n’est pas là pour détruire nos ennemis, mais pour nous soutenir dans notre lutte contre le Mal. Il fait de nous les enfants de Dieu, et pour cela « le Monde les a pris en haine parce qu’ils ne sont pas du Monde […] Je ne demande pas que tu les retires du Monde mais que tu les préserves du mal » (Jn 17, 14-15).
Enfin remarquons que les Mages ont pu rencontrer l’enfant, le reconnaître avec les dons de l’or, signe des rois, l’encens et la myrrhe, parfums des bénis de Dieu; ils ont pu le rencontrer parce qu’ils ont accepté de suivre l’étoile, ils ont osé se mettre en route guidés sur un chemin inconnu. Ils ont été ouverts à une révélation, condition nécessaire pour rencontrer Dieu. Dieu ne leur a pas demandé d’être juifs ou de se convertir après au judaïsme, il s’est révélé à eux tels qu’ils étaient et le sont restés, avec la seule condition d’être à l’écoute, en attente. Et ils sont repartis par un autre chemin (sans étoile cette fois), chemin inconnu qu’ils devront tracer eux-mêmes pour poursuivre l’aventure de leur vie.
Marc Durand
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