A l'écoute de la Parole de Dieu
33e Dimanche du temps ordinaire 16/11/2025
Ml 3, 19-20a ; Ps 97 (98), 5-6, 7-8, 9 ; 2 Th 3, 7-12 ; Lc 21, 5-19
Pour l’avant-dernier dimanche de l’année liturgique C, le ton dominant des textes est «apocalyptique». Malachie prophétise le «jour du Seigneur» qui vient pour «gouverner la terre» (Ps 97-98), 9). Il séparera les «arrogants et les impies» des fidèles qui craignent son nom. Pour les premiers, la fournaise ; pour les seconds, le soleil bienfaisant source de lumière et de vie. Ce jour, dont le «programme» est précisé par Luc, est précédés de catastrophes.
Le tableau présenté est angoissant : catastrophes naturelles (les tremblements de terre), des guerres (on serait tenté de dire : «comme d’habitude»), les conséquences de ces guerres : famine, épidémies … Le désordre s’installera jusque dans les familles déchirées. Quant aux fidèles, ils seront persécutés. Devant cette situation, Jésus nous met d’abord en garde contre ceux qui, usurpant son nom, profiteraient de cette ambiance de désordre pour égarer les fidèles ; il nous commande aussi de ne pas être terrifiés. Cette situation dramatique parait comme un «passage obligé» avant la venue du Royaume, quoique la procédure ne nous paraisse ni évidente ni facile à vivre.
Dénonciateurs ou simples observateurs de l’état de la terre tel qu’il parait à nos yeux, et avant le retour du Messie pour établir le Royaume, nous constatons que les exemples contemporains de malheurs variés ne manquent pas et ressemblent fort à ceux que prédisait Malachie : Gaza, Darfour, Somalie, Yémen, le Tchad … ; près d’un tiers de la population mondiale souffrant de malnutrition due à des combats, qui dispersent les populations et détruisent les récoltes. ; le réchauffement climatique qui semble accélérer et amplifier les catastrophes dites «naturelles», mais où la main de l’homme n’est pas innocente.
«N’ayez pas peur», la recommandation apparaît souvent dans les Écritures (Is 41,10 ; Josué 1,9 ; Mt 10,29-31 ; Jn 14,1 ; Phi 4,6-7 ; 1 P 3,14 …), et le pape Jean-Paul II en avait fait un des leitmotivs de son enseignement pastoral. Les malheurs des temps, constante de l’histoire humaine, seraient donc non pas négligeables, car il faut être capable de les supporter, mais un simple moment, la traversés de cette histoire que les hommes ont bâtie, avec la liberté non utilisée d’en concevoir une différente. L’espérance de la foi, c’est que ce malheur est dépassé quand Dieu peut reprendre l’initiative, ce moment étant celui que l’on nomme, faute de mieux, la «fin des temps».
La seconde épître aux Thessaloniciens rappelle un principe qui a longtemps fait partie de la culture populaire : «celui qui ne travaille pas ne mange pas», avant que le travail ne soit ressenti comme une charge insupportable, une punition de l’humaine nature. Paul fait remarquer que lui même — apôtre œuvrant à l’évangélisation, aurait légitimement pu vivre entretenu par les communautés qu’ils traversait et servait (I Cor 9,13-14) — ce qu’affirme aussi un autre dicton populaire : «tout travail mérite salaire» .Or, dit-il, se donnant en exemple des principes émis : «nuit et jour nous avons travaillé pour n’être à charge d’aucun…».
Accessoirement, ne peut-on voir dans ce témoignage une justification apostolique des prêtres «ouvriers», c’est à dire ayant un engagement professionnel, que ce soit à la forge, à un guichet ou à une table à dessin. Il serait peut-être plus facile aujourd’hui que sous l’Ancien régime, de généraliser l’expérience. Les prêtres étaient alors souvent absorbés par leurs obligations liturgiques et pastorales ; Ils devaient célébrer de nombreuses messes pour des funérailles ou dans un temps plus longs après celles-ci pour le repos de l’âme des défunts (neuvaines, trentains …). C’était une pratique courante et astreignante, au point que certaines communautés de prêtres paroissiaux ou de couvents ne parvenaient plus à assumer toutes celles que la piété des fidèles leur demandait 1. En outre, le catéchisme étant obligatoire, il fallait s’occuper des enfants, parfois leur apprendre à lire. Et puis le prêtre assumait à l’époque bien des fonctions, qui relèvent aujourd’hui des responsabilités de l’État (secours pour les indigents, par exemple).
Ces remarques ne signifient pas que les prêtres d’aujourd’hui n’ont rien à faire, mais peut-être que des emplois adaptés, des mi-temps par exemple, leur permettraient d’assurer un emploi et d’y acquérir une expérience concrète, qui aiderait à leur discernement quand ils parlent de la vie du «monde», en termes plus appropriés.
Marcel Bernos
-1. Un exemple limite sous l’Ancien régime : les six prêtres de Meyreuil, (paroisse des Bouches du Rhône, de quelques centaines d’habitants) écrivent un supplique à l’archevêque d’Aix, pour lui demander un septième confrère afin qu’il participe à ces fonctions liturgiques qu’ils n’arrivent plus à assumer.
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