Choses vues (et entendues) n° 40 À propos des « opinions dissonantes » sur le voyage du Pape Léon XIV

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Revenons, s’il n’est pas trop tard,  à l’«Opinion dissonante» et au «Coup de gueule, publiés par G&S le 5 octobre 2005, à propos du voyage du pape Léon XIV en France. Point commun entre les deux textes convergents et complémentaires : une réaction contre le côté parade de cette exposition de l’Église en la personne de son «chef», vue comme un étalage. Cela suscite quelques remarques sur les incidences des critiques apportées.

Je ne suis pas papolâtre, je n’ai assisté à aucun des moments de ce voyage : ni à Notre Dame, ni à Lourdes, ni à Metz, pas même à la télé, sauf aux infos. Mais j’ai lu les textes émanant de Léon XIV et les commentaires venus de divers points de vue. Il existe un large consensus pour dire que, malgré le côté ostentatoires, mais aussi avec ses instants de liesse populaire (bienvenue car on ne rigole pas beaucoup dans les cérémonies ecclésiastiques), l’ambiance des manifestations publiques a été empreinte de recueillement et même, parfois, de profondeur. La foule a crié comme pour une star, certes, mais parce que, quelque part, elle acclamait une manifestation vitale de l’Église de France. Celle-ci a souvent été bien timide, pour ne pas dire sans visibilité, depuis les diverses crises qui l’ont secouée en 1968, et même avant, et surtout ces derniers temps. Et les gens ont prié aussi.

Le côté pompe et ors, qui choque Armelle, est un mal endémique dans l’Église romaine, qui croit que la richesse liturgique honore Dieu et rend compte de sa grandeur, Lui qui s’est pourtant manifesté dans une «vulgaire» crèche. Ce choix s’est amplifié depuis le XVIe siècle, en réaction à l’austérité des Réformés, qui rebutait une partie des fidèles. Il faudra bien un jour renoncer aux oripeaux. Le va et vient des mitres un peu ridicule ne vous choque-t-il pas pendant une messe solennelle ? On progresse un peu : les dentelles de vêtements liturgiques ont largement migré vers les amis de Pie X. Déjà, Jean-Paul II avait heureusement renoncé à la sedia gestatoria, un peu idolâtre et plus exhibitionniste que la fonctionnelle papamobile. Avant lui, en un geste d’humilité, Paul VI avait déposé la tiare à triple couronne d’aspect «monarchique», symbolisant les trois pouvoirs du pape : comme «vicaire» du Christ, détenteur du pouvoir des clefs et «docteur suprême» de l’Église. Elle a souligné aussi, au Moyen-Age, le pouvoir temporel du pape. Mais c’est vrai qu’il reste beaucoup à faire dans le domaine de la simplicité et de l’humilité christique.

Hormis ces questions «extérieures», sérieuses mais presque superficielles, se posent effectivement le contenu des discours pontificaux. Ceux-ci semblent très pertinents — quoique parfois trop optimistes, voire naïfs sur les possibilités de les régler, pour les questions qu’on pourrait qualifier de politiques : la guerre et la paix, la justice sociale, la solidarité internationale, les inquiétudes sur le bon usage des nouvelles technologies etc. A ce sujet, la Magnifica Humanitas mérite d’être lue, même si elle est un peu longue. Elle pose bien les avantages et les dangers de ce qu’apportent leurs progrès.

Reste la sempiternelle question de la morale, et en particulier de la «défense de la vie». On reproche au pape d’être contre l’avortement ! Pourrait-il, ex professo, être pour ? Qu’on le veuille ou non, et quelles qu’en soient les raisons, un avortement correspond à la suppression d’une vie. La question est de savoir si, ponctuellement, elle ne serait  pas un moindre mal. Le débat dure, depuis Aristote au moins, pour connaître le moment où l’embryon devient fœtus «animé»(1). Tout au plus pourrait-on demander à la hiérarchie un peu de discrétion sur un problème où les exigences de principes (la sacralisation de la «vie») s’opposent aux «réalités» : misère d’un couple, abandon de la mère, maladie mettant en danger de mort la femme enceinte, viol etc. Il est symptomatique d’une certaine cécité de l’autorité ecclésiastique sur ce sujet que, si elle parle abondamment de l’avortement, elle reste assez silencieuse sur la contraception, depuis la regrettable «Humanæ Vitæ» (1968 !), qui avait jeté la confusion des couples chrétiens. Alors que faciliter cette pratique affinée pourrait sans doute diminuer le nombre les avortements.

Quant à l’euthanasie, c’est une question encore plus complexe. On peut comprendre les hésitations d’une autorité religieuse, elles sont aussi celles d’une grande partie du corps médical, à donner volontairement la mort à une personne qu’on est censé soigner. L’argument de souffrances insupportables est déterminant, mais il y a la possibilité, dans un grand nombre de cas, de les empêcher(2) . Il resterait quelques cas insolubles par les soins palliatifs, ce sont eux qu’il faudrait pouvoir régler sans offrir un spectre trop large de recours à la mort du patient. En effet, les mentalités évoluent vite, et souvent, à terme, de nouvelles dispositions législatives dépassent ce qui avait été envisagé et promis. On l’a bien vue à propos de la fin de vie. On justifie l’euthanasie, dans certains pays, pour un «mal être» persistant, pourtant difficile à définir strictement.

Jacques pose un tout autre problème, mais tout aussi sérieux. En gros, ces manifestations spectaculaires ne semblent statistiquement pas  religieusement profitables à ceux qui y participent, ni à l’Église qui les organise. Questions :

1° Comment peut-on savoir si ceux qui sont venus applaudir le pape, et éventuellement ont contribué à payer le coût du voyage, ne donnent pas aussi à des organismes caritatifs ou à des ONG ?

2° Â quoi servent ces rassemblements coûteux de jeunes dont on ne sait pas s’ils rendent leurs participants, des pratiquants réguliers ? Mais que peut-on pronostiquer des effets, peut-être à long terme, d’un événement hors du commun, qui en appelle à la sensibilité autant qu’à la raison ? On a vu des conversions pour moins que ça.

Résumons, le pape n’est pas un Dieu, on est bien d’accord. Les circonstances de son voyage semblent à certains trop ostentatoires, mais comment en souligner l’importance sans un certain «decorum» destiné à attirer l’attention. Sur les sujets de fond, sur tout ce qui touche au profane (politique, économie, société…), le discours du magistère tient de plus en plus compte du réel, sans se référer constamment à ce qu’ont pu affirmer les pères de l’Église ou les «prédécesseurs de vénérée mémoire». Comparons les textes de Jean-Paul II ou de François, sans compter le récent apport de Léon XIV, avec ceux précédant Léon XIII, par «exemple Pie IX.

Pour la morale, il faut se résigner : le magistère réagit très (trop ?) lentement aux changements des comportements de la société, qualifiés de «réalités» dans les critiques formulées dans G&S ? Peut-être peut-on remarquer en même temps que les mœurs changent un peu trop vite et pas forcément en bien. S’interroger sans a priori devrait mener à des commentaires moins négatifs, en tous cas moins péremptoires sur ce voyage pontifical.

Albert Olivier
«chrétien critique», 93 ans et ayant eu, lui aussi,
quelques  engagements plus ou moins importants dans l’Église…

 

(1) Attention à l’argument de l’absence de «raison» du fœtus. D’abord on ne sait rien de  son éventuelle «conscience» ; mais surtout, si on l’acceptait, je serais inquiet pour ceux qu’on appelait jadis les «insensés», eux aussi privés de-raison.

 (2) Danger de l’argument «on ne peut rien faire de plus pour sauver la personne», appliqué à la délinquance, il pourrait justifier le retour à la peine de mort pour les multirécidivistes coupables de meurtres d’enfant aggravés de barbarie, pour prendre un exemple-choc  

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L
"Il faudra bien un jour renoncer aux oripeaux".<br /> Et n'est-ce pas ce jour là que les opinions se feront moins dissonnantes ?, Parce que le recentrage surr l'essentiel aura eu une chance de se faire sur le spirituel, sur le seul terrain de cette interrogation et de cette recherche., Et par une libération progressive des rituels de pensée et de gestuelle immémoriablement conçus et continument sacralisés par les corps constitués du religieux. <br /> Revenir au Jésus de la crèche, c'est le cotoyer et l'écouter parmi les humains auxquels il s'adressait, dans la liberté de conscience et de choix qu'il leur reconnaissait : celle qui récuse l'autorité des prétencus "sachants" tant sur l'IVG que sur le droit de mourir dans la dignité.<br /> Ce qui a été créé par l'amour oppose à tout pouvoir l'intangibilité de cet amour..<br /> .
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