Résister à l’extrême droite, une exigence spirituelle

Publié le par Garrigues et Sentiers

Résister aux idéologies d'extrême droite, une exigence spirituelle ? 30ème Interfestival des religions et des convictions, en partenariat avec Coexister, Témoignage Chrétien, Les Amis de la Vie, Le Cri, Les Poissons Roses, Démocratie & Spiritualité

Résister aux idéologies d'extrême droite, une exigence spirituelle ? 30ème Interfestival des religions et des convictions, en partenariat avec Coexister, Témoignage Chrétien, Les Amis de la Vie, Le Cri, Les Poissons Roses, Démocratie & Spiritualité

« Face à la montée des extrêmes droites, partout en France et dans le monde, il est urgent pour les croyants de se mobiliser. D’autant que l’internationale réactionnaire n’a aucun scrupule à instrumentaliser les religions ou les appartenances religieuses. Au contraire, cela fait partie de son projet. La plupart des pouvoirs fascistes ou fascisants utilisent la religion comme un socle identitaire. » 

Ces paroles vigoureuses ont été prononcées par Laurent Grzybowski en introduction du 30ème Interfestival des religions et des convictions, qui s’est tenu du 30 janvier au 1er février 2026 à l’abbaye de Saint-Jacut-de-la-Mer, dans les Côtes d’Armor.

Pendant trois jours, plus de 200 participants – catholiques, protestants, musulmans, juifs, bouddhistes, agnostiques et athées – ont travaillé une question peu habituelle dans les cercles religieux ou interconvictionnels : « Résister aux idéologies d’extrême droite, une exigence spirituelle ? » Pour les organisateurs de cette rencontre, il ne s’agissait pas de « faire de la politique politicienne », en donnant par exemple des consignes de vote ou en s’arrêtant au jeu des programmes et des petites phrases, mais de mener une réflexion bien plus profonde. « Les questions qui nous sont posées avec la montée des extrêmes droites sont d’abord d’ordre philosophique, moral et spirituel », a expliqué Laurent Grzybowski, animateur et coordinateur de l’Interfestival. « Lorsque les droits humains, les principes démocratiques et la dignité des personnes les plus fragiles sont en jeu, les humanistes, croyants ou non, ne peuvent se retrancher dans le silence. D’autant que l’extrême droite adore récupérer les religions et les instrumentaliser. »

Ce constat a traversé l’ensemble des tables rondes théologiques et sociétales, des ateliers et des temps de partage spirituel. Comment réagir lorsque des références chrétiennes, juives ou musulmanes sont convoquées pour justifier l’exclusion ou les discriminations de toutes sortes ? Comment répondre lorsque des symboles religieux deviennent des marqueurs identitaires opposés à d’autres appartenances ? Pour beaucoup d’intervenants, la résistance ne peut être seulement stratégique ou médiatique : elle doit être enracinée dans l’essence même des traditions spirituelles, lorsqu’elles ne sont pas dévoyées. Dans ce contexte, un hommage appuyé a été rendu aux deux victimes de la police de l’immigration à Minneapolis, aux États-Unis : Renée Good, jeune mère de trois enfants, et Alex Pretti, infirmier, tous deux âgés de 37 ans. Abattus de plusieurs balles à bout portant dans le courant du mois de janvier, ces deux-là, en s’interposant entre la police et les migrants qu’elle pourchassait, se sont levés contre l’injustice et la violence. « Face à la politique fasciste de Donald Trump, ils ont dit « non », ils ont été des objecteurs de conscience. Ils sont devenus aujourd’hui des martyrs de la fraternité », nous a affirmé Sarah, 24 ans, l’une des participantes.

Membre de l’association Coexister – coorganisatrice de l’événement – Aliénor, 28 ans, a insisté quant à elle sur la nécessité de rendre plus visibles les personnes engagées en faveur du vivre ensemble. « Le catholicisme, par exemple, ne se réduit pas à des figures réactionnaires ou ultra-conservatrices. Il existe des chrétiens profondément attachés à la justice sociale et à la fraternité. » Un message partagé par Paul Piccarreta, cofondateur du nouveau mensuel chrétien Le Cri, qui reconnaît une extrême droitisation d’une partie du paysage religieux. Dans un atelier très suivi, Pascale Tournier, journaliste à La Vie, a proposé un travail de déconstruction lexicale. Sur un tableau, des expressions comme « grand remplacement », « ensauvagement » ou « submersion migratoire » ont été analysées. Derrière ces mots, des imaginaires de peur et de confrontation. Les comprendre, les déconstruire, c’est déjà résister à la banalisation de certains discours.

Au cours du week-end qui s’est ouvert le vendredi soir par une entrée en shabbat, avec la rabbine Floriane Chinsky (du mouvement Massorti) et s’est poursuivi par une célébration œcuménique puis interspirituelle, les participants ont profité de chaque instant pour nouer des liens. Et prendre conscience que la meilleure manière de « combattre la Bête » était de « réveiller la Belle » qui sommeille en chacun et en chacune. Au fil des échanges, une conviction s’est imposée : les religions, lorsqu’elles sont fidèles à leur cœur éthique, portent en elles des ressources puissantes contre les logiques d’exclusion. Hospitalité, dignité inconditionnelle de chaque être humain, souci du bien commun, solidarité avec les plus vulnérables : autant de principes partagés, au-delà des appartenances, qui dessinent « un autre modèle de société », inclusif et fraternel.

Dans un climat d’écoute et de respect, les participants ont expérimenté une fraternité concrète, loin des caricatures. À l’heure où les crispations identitaires progressent en Europe, cette 30ème édition de l’Interfestival n’a pas prétendu apporter des solutions clés en main. Elle a cependant rappelé une évidence : lorsque la religion est instrumentalisée pour diviser, la réponse ne peut venir que d’une parole spirituelle libre, lucide et responsable. Résister n’est pas seulement un choix politique. Pour la plupart ici, c’est une fidélité à leur foi et à leur conscience. Comme disait Martin Luther King, plusieurs fois cité au cours de la rencontre :  « Ce qui m’inquiètece n’est pas la méchanceté des méchants, mais le silence des gens de bien ».

Stanislas Windika

Source : https://saintmerry-hors-les-murs.com/2026/03/25/resister-a-lextreme-droite-une-exigence-spirituelle/

Publié dans Réflexions en chemin

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L
"ils ont dit « non », ils ont été des objecteurs de conscience. Ils sont devenus aujourd’hui des martyrs de la fraternité" : ce "non" par lequel les gens bien répondent à "la méchanceté des méchants". A la haine qui habite la tête et les discours de ces méchants, et à la stupidité indépassable des adhésions que ceux-ci hélas suscitent.
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R
Excellent article qui souligne avec pertinence les dangers de l'extrême droite et de l'instrumentalisation des religions. J'aurais souhaité un développement dénonçant avec la même vigueur les dérives de l'extrême gauche : brutalisation des débats, communautarisme assumé et antisémitisme. RR
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D
excellente analyse. mais il faut aussi dénoncer les dérapages ( le mot est faible et surtout ne dénote aucune intention de mal faire, ce qui est contraire à la réalité) de l'extrême gauche, qui conduit aussi au fascisme. <br /> Lire La Meute, Ed. Flammarion 2025 et tous les livres d'Histoire . N'oublions pas cette phrase de François Mitterrand devant le bundestag: les pacifistes sont à l'Ouest et les fusées sont à l'Est... <br /> Déployons nos bons sentiments , mais ne soyons pas ignorants.
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G
Dans mon quartier, quartierNord de Marseille où vivent des nationalités différentes je vis l'expérience <br /> d'un remplacement en brutalité, en messages haineux de l'extrême-droite par l'extrême gauche. Le message le plus violent que j'ai entendu depuis longtemps provenait d'un homme politique de LFI et de sa comparse sociologue. En résumé ils exprimaient " ici vous les jeunes qui n'avaient rien qui êtes dépossédés de tout qui devaient faire-face à des policiers qui vous encerclent, vous empêchent de sortir de votre quartier..." discours absurde au demeurant !! Quand au mot fascisme il est utilisé pour dire n'importe quoi d'autant plus que celui ou celle qui l'utilise sont ignorants de ce qu'est un système totalitaire... Il faut savoir changer d'époque et renouveler son regard. Je ne dis pas que l'extrême-droite n'existe pas mais les pires des pires ce sont des personnes fanatiques, ignorantes qui rêvent d'en découdre et croyez-moi ce n'est pas "le privilège" de l'extrême-droite !!