La subversion de Noël

Publié le par G&S

Une des tentations les plus fortes de l’esprit humain consiste à tout faire pour que l’irruption du neuf se réduise à la répétition du vieux. La volonté de maîtrise de l’existence s’efforce de coloniser le temps qui vient, au risque de s’interdire la surprise de l’imprévu. Nous ne cessons de banaliser l’événement lorsqu’il bouscule nos conforts intellectuels et sociaux.

Le sens profond de la liturgie nous invitant chaque année à revivre Noël réside dans l’accueil de la rupture provoquée par un événement aussi radical qu’une naissance. Une brèche est ouverte par l’irruption du Verbe fait chair dans l’histoire des hommes. La fête qui, selon la liturgie du jour de Noël, annonce : « Aujourd’hui la lumière a brillé sur la terre. Peuples de l’univers, entrez dans la clarté de Dieu » est tellement dérangeante, que nous avons tenté de la neutraliser pour en faire un gentil décor pour la célébration de la consommation posée comme pratique « religieuse » indispensable à un monde géré par l’idole financière.

Ces tentatives de neutralisation ont commencé très tôt. Dès que l’événement de la naissance de Jésus est connu, les pouvoirs, à travers la figure d’Hérode, se sont efforcés de tuer l’événement et de massacrer l’innocence. Cette confrontation de l’enfance de Dieu et de Césars faisant de nous des esclaves de la force, de l’argent, de la productivité et des images sociales, constitue le fil majeur de l’histoire. L’événement de Noël, celui où la Parole se fait chair, inocule un virus radical et définitif dans les logiciels des gestionnaires prétendant régir l’existence humaine. L’enfance des commencements devient le lieu fondamental de l’humain. C’est la source où chacun, quel que soit son malheur, peut retrouver une dignité et une espérance.

Voilà pourquoi, depuis Noël, ce sont les plus faibles, les plus exclus, qui ouvrent la voie vers l’avenir. Non pas au nom de je ne sais quel humanitarisme larmoyant, mais parce que ceux qui possèdent le moins nous invitent à nous tenir dans les commencements de l’humain. C’est le sens du verset évangélique : « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ».

C’est à des temps de renaissance que nous convie la fête de Noël. Non dans des lendemains enchantés, mais dans l’aujourd’hui. L’émerveillement de Noël a la violence des origines. Désormais, « le Verbe en venant dans le monde illumine tout homme », et aucun pouvoir ne peut plus masquer cette lumière. Nous chantons à Noël l’invitation à inventer chaque jour la fraternité humaine qui, désormais, peut seule donner un sens à l’histoire.

Bernard Ginisty

Publié dans Réflexions en chemin

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Flora 25/12/2012 16:15


Noël, lumière!  Chaleureux merci à ce blog qui nourrit.


A propos de nourriture voici mes 13 desserts...A grapiller ou savourer...comme les enfants qui les attendent avec sagesse...


l'émerveillement


la solidarité


le don


la méditation


l'hospitalité


la musique


l'humilité


la gratitude


la poésie


la spiritualité


le rire


l'harmonie


la lucidité (lumineux)...


Flora

René Guyon 24/12/2012 10:22


Merci, chère Caroline, pour ce beau commentaire... et pour vos remerciements à l'équipe de G&S, qui aime beaucoup ça... et à tous les lecteurs et commentateurs qui font vivre ce
blog
A propos d'étoile, je voudrais rappeler que l'appellation "étoile du matin" est en hébreu heylel, qui est construit sur le verbe halal, qui signifie
briller, mais aussi louer, célébrer et qui a évidemment donné Alleluia, Louons Dieu !

Caroline de Candia 24/12/2012 10:02



Oui , je voulais ce matin  également rebondir sur le petit mot de Francine pour vous remercier ...
Merci à tous infiniment pour cette marche à travers garrigues et sentiers , à travers montagnes et vallées..La marche vers l'Étoile ...!
A Noël , on parle de la grande nuit , de  " la Sainte Nuit  " ....Une nuit enveloppante , matricielle ....
Une nuit qui pourrait symboliser cet état de conscience où toutes nos petites lumières s'éteignent  , vous savez tous nos lampions d'illusions et de pacotille ...
Ainsi , les lumières du petit moi s'éteignent une à une et il y alors ce grand passage par la nuit , la nuée ...
Et  c'est dans cette nuit que peut naître une plus grande lumière , c'est dans cette nuit que naît " Je Suis " , " Je Suis présence d' Amour "....
C'est dans la nuit que l'étoile va nous apparaître , la célèbre  étoile qui  dans le  don de sa lumière et de sa clarté relève et révèle  nos précieux visages et nous guide
.....
L'étoile qui guide les bergers ,  l'étoile qui guide les mages , l'étoile qui guide les sages , l'étoile qui guide les amoureux de l' Amour ...
L'étoile qui guide les enfants de Dieu appelés à la ressemblance .....

Prendre conscience de cette étoile au cœur de la nuit ....Prendre conscience de cette étoile possible au cœur de toutes nos nuits ...
Prendre conscience de cette intuition de  "Je Suis " , de  ce Royaume de sa Présence possible et en devenir qui  est en nous ...
C'est cela l'étoile des mages ....L'étoile qui guide vers la terre promise ...La terre promise du Royaume intérieur ....La terre promise de l'unité à sa Présence
...
Sainte et douce nuit de Noël à tous les amis de G&S...
Restons en marche , en mouvement , le cœur battant , fraternels , en sa Paix et son Esprit ...
Caroline de Candia ...Trois Épis


"Douce nuit , sainte nuit
Dans les cieux l'astre luit
Le mystère annoncé s'accomplit
Cet enfant sur la paille endormi
C'est l'Amour Infini............
................................................
C'est vers nous qu'il accourt
En un don sans retour
De ce monde ignorant de l'Amour
Où commence aujourd'hui son séjour
Qu'il soit Roi pour toujours ... "

Extrait de Douce Nuit ,Sainte Nuit ....Chant autrichien du 19 ème s .

Francine Bouichou-Orsini 22/12/2012 13:58


Je répare un oubli (cf mon dernier commentaire sur la subversion de Noël).
J’aurais dû ajouter ceci : merci Chers amis de G & S. Grâce à vous : répondre à l’invitation de Noël ne se réduit pas à un rêve, une illusion consolatrice.
C'est ensemble que l’on peut avancer :  pour tenter de construire  cette humanité en attente, dans une foi et une espérance partagée, soutenue par une amitié fraternelle.
Merci et Noël fécond à tous.   
Francine Bouichou-Orsini

Francine Bouichou-Orsini 21/12/2012 21:23


Oui, nous vivre Noël, c'est plus que chanter... C'est :  "inventer chaque jour la fraternité humaine,
qui, seule, peut donner un sens à l’histoire".


Cela signifie : entrer dans un engagement exigeant, pour avancer dans la rude tâche de construire
l'humanité,  à la lumière de l'Evangile... L'Evangile n'impose aucune obligation, aucune loi; mais nous appelle librement à répondre à cette invitation (proposée par l'Enfant de la
crèche), pour s'enfoncer dans la foi et l'espérance, seules capable de faire sauter les limites, individuelles comme sociales.


Francine Bouichou-Orsini