L’Épiphanie universelle du Verbe

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Dans les premiers siècles chrétiens, l’Épiphanie était l’unique et grande fête de la manifestation du Christ dans le monde. Elle réunissait trois événements relatés par l’Évangile : L’Adoration des mages, le Baptême dans le Jourdain et les Noces de Cana. C’est dire que ce temps de Noël nous ouvre à l’universalité du message du Christ.

Xavier Subtil, membre de la communauté des Frères des Écoles Chrétiennes réside depuis de nombreuses années à Bayadeya, petite ville égyptienne de trente mille habitants au Sud du Caire. Il vient d’écrire ce « message » de Noël qui me paraît d’une grande actualité :

« De la crèche, Jésus tint aux bergers un long discours dont voici des extraits : ‘‘ Je ne vois pas ce que je pourrais vous dire de très nouveau. Les psaumes et les prophètes ont répété à l’envi que Dieu vous aime éperdument : Avec une amitié sans fin je te manifeste ma tendresse (Esaïe 548)… Mon projet : faire en sorte que vous partagiez cette passion de Dieu pour l’homme, que vous reconnaissiez la dignité de tout être humain, y compris les têtes de lard, les fauchés, les cagneux, les débiles et même les meurtriers. À cette condition, seront valides les prières et les nuages d’encens qui montent de vos synagogues, églises, pagodes et mosquées vers le Ciel… Amour du prochain + amour de Dieu : je tiens mordicus à ce couplage indissociable. Une fois ajustés vos rapports avec Dieu et réchauffées vos relations humaines, c’en sera fini de vos rivalités, disparités et frivolités. ’‘ Ragaillardis, les bergers sont partis faisant résonner leurs musettes et répétant à tout venant ces paroles percutantes ».

C’est à des lieux et à des temps de renaissance que nous convie la fête de Noël. Non dans des nostalgies de notre enfance ou des lendemains enchantés, mais dans l’aujourd’hui. L’émerveillement de Noël a la violence des origines. Désormais, « le Verbe est la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme » (Jn,1,9) et aucun pouvoir ne peut plus masquer cette lumière. Noël célèbre la venue de celui pour qui il n’y avait pas de place dans les ordres établis. Sa naissance a dérangé les compromis politico-religieux de l’époque et conduit le roi Hérode à massacrer l’enfance pour conjurer ce surgissement de neuf. Quant à l’économie marchande, son verdict est clair : « il n’y a pas de place pour eux à l’hôtellerie ». Que reste-t-il lorsque les ordres politique, religieux et marchand vous rejettent, sinon l’hospitalité des humbles, la grotte, refuge pour SDF, et la fuite quand les États deviennent meurtriers. Allons-nous continuer à noyer cet événement dans la piété douceâtre de pays nantis ?

Le désenchantement qui a suivi l’effondrement des systèmes communistes, la crise du capitalisme qui augmente la fracture sociale, la conscience croissante des désastres écologiques, peuvent nous conduire à la crispation sur des identités d’origine tribale, nationale, religieuse. À tous ceux qui vivent ces effondrements et ces dépressions, la fête de Noël rappelle que la perte d’une sécurité, d’une protection, d’une façon de penser, peut être la chance d’une nouvelle naissance.

Face à la tentation de nous enclore dans des répétitions sécurisantes, un jeune couple à la veille d’accueillir un nouveau-né, errant sur les routes de Palestine à la recherche d’un abri, nous dit qu’il vaut la peine de naître au lieu de végéter dans nos nostalgies ou nos déceptions. La fête de l’Épiphanie proclame que l’évènement de Noël annonce l’avènement d’une fraternité universelle qui peut donner sens à l’histoire des hommes.

Bernard Ginisty 

Publié dans Réflexions en chemin

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levy 08/01/2020 16:50

"Quant à l’économie marchande, son verdict est clair : « il n’y a pas de place pour eux à l’hôtellerie »" : parmi les images, les éclairements et les dépassements du sens acquis qui s'enchaînent du message de Noël ici reproduit à son commentaire, cette subtile (le jeu de mot, immanquable, vaut hommage) mise à jour du Récit consacré suffirait à montrer ce que l'Incarnation gagne de sens à se libérer des "répétitions sécurisantes" et "des nostalgies (de) l'enfance". En ce que, par essence, cette incarnation n'est spirituellement actuelle que dans et par l'anachronisme volontaire qui la réfléchit dans notre actualité.
Eh oui, cette histoire d’étable, ce Messie qui nous nait entre le bœuf et l’âne, ces Rois Mages qui ont dû se garder de glisser sur la paille humide et de poser le pied dans une bouse, ce nouveau-né qui ne sait pas qu’une voix tombera du ciel quand, bien plus tard, sera venu pour lui le temps d’aller se plonger dans le Jourdain, tout ce beau conte archiconnu tient d’abord pour nous au fait qu’il nous prouve, si besoin était, que Airbnb était inconnu à Bethléem au jour J-1 de notre ère.
Simple façon de redire que l’historicité tue, comme la lettre qu’on y lit en ânonnant mot après mot, et que l’esprit seul vivifie.