Navettes de la Chandeleur : on nous mène en bateau !

Publié le par Garrigues et Sentiers

On peut lire sur le Net une abondante littérature (diocésaine, culinaire, provençale, etc.) à propos de la fête de la Chandeleur à Marseille, particulièrement célébrée à l’abbaye de Saint-Victor, et de ses petits biscuits secs traditionnels, parfumés à la fleur d’oranger, les navettes.
On nous y explique :
  -   que la Chandeleur est une fête mariale parce qu’elle est la fête de la Purification de la Vierge, des relevailles de Marie qui, quarante jours après la naissance de Jésus, vient au Temple de Jérusalem remercier Dieu pour la fécondité qu’il lui a donnée ;
  -   que les navettes que l’on mange à l'occasion de cette fête symbolisent la barque venant de Palestine après la mort de Jésus et échouée en Camargue avec à son bord les Saintes Maries de la Mer.

Voici un exemple, trouvé sur le Net, de « liste » des occupants de cette barque : Marie Salomé, mère des apôtres Jean et Jacques le Majeur, Marie Jacobé (selon saint Jean la sœur de la Vierge), Marie-Madeleine, Lazare et sa sœur Marthe, ainsi que Maximin et Joseph d’Arimathie qui transportait le Saint-Graal. Le texte commence par : on connaît la légende de cette barque sans voile ni rames

Soit ! Mais mon esprit critique surdimensionné m'oblige à remarquer quelques petits détails – non sans intérêt, à mon sens :

  -   Le jour de la Chandeleur, l’évangile (Luc 2,22-40) qu’on lit à la messe, même s’il utilise le mot purification, ne s’intéresse qu’à la présentation de Jésus au Temple et à deux interventions hautement symboliques (cf. l’article La gloire et le glaive : paradoxe) d’Anne et de Siméon.
Le personnage central de ce texte n’est pas Marie (les parents de Jésus, écrit Luc) et la seule hymne est à la gloire de son fils Jésus. 

Nous sommes 40 jours après Noël et nous savons que le nombre 40 est pour les juifs celui de l’attente, de la gestation 1 : ici, il s’agit bien de la naissance de Jésus en tant que Messie du Seigneur pour Anne et lumière pour éclairer les nations païennes et gloire d’Israël pour Siméon.

  -   Je ne comprends pas quel peut être le lien entre les navettes qui symbolisent cette fête et la barque des Saintes Maries de la Mer, même si j’accepte de ne pas commenter la dévotion liée à ce débarquement en Provence pour le moins hypothétique.
  -   En effet, j’ai toujours pensé que les fameuses navettes du Four (tout aussi fameux) ne ressemblent que de très loin à des barques, qui à la mer se comporteraient sans doute plus comme le Pitalugue de Monsieur Brun que comme des pointus de pêcheurs marseillais !    

Note pour nos amis non-provençaux : le Pitalugue est le bateau hautement submersible acheté par Monsieur Brun, le lyonnais, dans la Trilogie de Marcel Pagnol. Les pointus sont les bateaux traditionnels des pêcheurs marseillais.

Pour mieux comprendre ce mystère, il faut lire sur Internet la non moins abondante littérature sur les cultes antiques de la fécondité et en particulier sur la statue noire d’Isis, déesse dont l’attitude rappelle curieusement la statue de Notre-Dame de Confession de Saint-Victor...    

Il est alors évident qu’on peut rendre à la Camargue ses Saintes Maries et aux pescadous leurs pointus et admettre – bon gré mal gré – que nous sommes en présence d’un phénomène de syncrétisme (fusion de deux éléments culturels différents, selon le Petit Robert), qui se perpétue depuis des siècles, entre la déesse-mère païenne et la Vierge-mère chrétienne.
La fleur d’oranger qui parfume les navettes est bien le symbole tout à la fois de la virginité et de la fécondité !  
Il est quand même « vraiment vrai » que, quand on les regarde bien, on peut difficilement affirmer, même avec une imagination très féconde (!), que ces navettes-là… 
 
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… sont des parentes du Ferry-boat (prononcer ferriboite) !

Cela dit, il me paraît tout à fait évident que nous devons accepter – en communion avec le peuple de Marseille... et en évitant de sourire avec l'air entendu de celui qui sait – qu’on continue pendant encore des siècles à nous mener (pudiquement !) en bateau !...  

René Guyon

Publié dans Réflexions en chemin

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M-O 04/02/2012 18:01


La Chandeleur est la fête de la présentation de Jésus au Temple - premier né mâle... ouvrant la
matrice de sa mère - et de la purification de sa mère... Elle, la vierge très pure ! Elle est la servante du Seigneur et se soumet à la Thora dans toutes ses prescriptions. C'est en son sein que
prend chair - que prend corps, le fils de l'Homme.


Le rite de la purification consiste à séparer la
mère de son fils. Dieu crée en séparant. (Déjà pour la circoncision, au 8ème jour, c'est le père qui prend l'enfant à sa mère). Pendant quarante jours, la mère a été totalement consacrée à son
enfant; 40 jours après la naissance, la femme va au miqvé – le bain rituel. La "purification" consiste à être réintroduite dans un temps ordinaire, pour que la sainteté descende dans ce monde.
Autrement dit la vie conjugale peut reprendre...


Tout ça à un rapport avec les gâteaux en forme de navettes qui n'ont rien à voir avec un bateau à
part peut-être avec les barques bien connues des marseillais, les "pointus" !