L’Église n’est pas une équipe de foot

Publié le par Garrigues

Même sans être sportif, on peut observer à la télé l’enthousiasme qui peut gagner le public d’un match de foot. Le supporter s’identifie aux joueurs. Quand “son” équipe gagne, il veut participer à sa démonstration de puissance, il s’en attribue une partie du mérite : “on a gagné ! …” Si elle perd, il en porte la peine, la désillusion, cherche des justifications : “le terrain était glissant ”, “l’arbitre a joué contre nous ”… Parfois, il en éprouve de la colère qu’il exprime plus ou moins violemment.

Saint Paul a largement utilisé la métaphore sportive, poursuivons-la. Notre vie chrétienne est bien une sorte de compétition, mais avec nous-mêmes. Certes, on a – heureusement – retrouvé au XXe siècle la notion d’un salut collectif au lieu de rester crispé sur le “Je n’ai qu’une âme qu’il faut sauver” que chantaient naguère nos grands-parents. On a plus ou moins renoncé à l’individualisme ; la liturgie, même pénitentielle, nous le rappelle à l’occasion. Mais l’Église, qu’il s’agisse de sa forme locale ou de l’Église universelle, n’est pas une équipe de foot ; aucun de ses membres ne peut s’arroger les mérites du seul meneur de jeu : Jésus-Christ.

Dieu a, trop souvent, été présenté comme un juge implacable ou un médecin rigoureux, en tout cas lointain et angoissant. C’était vrai non seulement pour le Père “tout puissant”, mais aussi pour Jésus-Christ dont on soulignait les fonctions judiciaires : il “reviendra pour juger les vivants et les morts ”. Au XXe siècle, avec l’Action catholique entre autres, on a pris l’habitude plus “pastorale” de voir en lui un ami. C’était bien : à l’ami on se confie, il vous aide en cas de besoin, on l’estime et on l’aime. Cependant, il ne faut pas confondre ami et copain ou “pote”. Il y a de la légèreté à le vouloir tellement “familier” qu’il cesse d’être intime. On en devient cavalier, comme avec un camarade d’école, de régiment ou d’équipe sportive. Le copain c’est celui avec qui on rigole, on boit un coup, à qui on peut donner une bourrade dans le dos. Ce n’est pas forcément le type de relation que nous avons avec Jésus. Même proche et parce qu’il est proche, il reste tête du corps ecclésial et notre guide sur la voie. Le respect n’entache pas l’amour, au contraire. Peut-on aimer et vouloir suivre quelqu’un qu’on ne respecterait pas ?

L’Église n’est pas une simple équipe de foot, mais une communauté, plus qu’un rassemblement de membres juxtaposés ou la masse chaotique du marathon de New York, où chacun court pour lui seul. S’il est un point commun avec une équipe, c’est que chacun doit y apporter ce qu’il est plutôt que ce qu’il a ou ce qu’il veut pour lui-même, et il doit le faire à la fois en toute générosité, en toute solidarité et en toute honnêteté. Ce qui a condamné Ananie (Actes des Apôtres 5,1-10), ce n’est pas d’avoir conservé une partie du prix de ses biens, c’est d’avoir voulu faire croire aux apôtres qu’il avait donné tout ce qu’il avait.

« Il a donné tout ce qu’il avait », c’est encore du vocabulaire sportif ! C’est l’état du coureur qui arrive à bout de souffle. Or il est bien rare que nous donnions tout ce que nous sommes. À l’appel du Seigneur chacun s’excuse : l’un veut essayer ses paires de bœufs, l’autre vient de se marier (Luc 14,19), un autre encore doit enterrer son père (Matthieu 8,21) …

Ne soyons pas de mauvais équipiers, soyons présents, jouons la partie à la place qui est la nôtre, et sans réserve.
Albert OLIVIER

Publié dans Réflexions en chemin

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