Élection présidentielle d’avril 2022 et Primaire populaire

Publié le par Garrigues et Sentiers

Pour éviter un deuxième tour des élections présidentielles avec un nouveau tête à tête Macron-Le Pen, les appels à une candidature unique de la gauche et des écologistes ne manquent pas. Depuis l’appel des mille (1) jusqu’à la procédure initiée par la Primaire Populaire, et plus récemment l’appel de 178 élus (2).

La tentative la plus aboutie pour avoir une candidature unique de la gauche et des écologistes est celle de la Primaire Populaire (PP) (3). Elle a obtenu le soutien d’une grande diversité de personnalités qui sont connues pour leur compétence dans les combats contre le changement climatique, les inégalités sociales et pour un renouveau démocratique. Ce sont es trois piliers d’un socle commun qui devraient être acceptés par les candidats à la PP. Celle-ci propose une procédure qui devrait aboutir à un vote pour choisir le candidat unique qui se présenterait à l’élection (4).

L’une des responsables de la PP, lorsqu’on lui objectait que divers candidats n’avaient pas l’intention de se plier à cette procédure, répondait qu’ils changeraient d’avis devant l’énorme vague des soutiens à la PP et à la procédure du choix d’un candidat unique qu’elle proposait. À l’heure actuelle, les 78.000 soutiens à la PP progressent lentement. On est donc loin de la vague espérée, qui allait convaincre les partis de se plier à la procédure de la PP pour un candidat unique.

Pour l’instant au moins, on assiste à une multiplication des candidatures à gauche et parmi les écologistes. Si bien que les derniers sondages prévoient pour Emmanuel Macron et Marine Le Pen autour de 25 % de votants, alors que les autres candidatures annoncées à gauche et parmi les écologistes tournent au mieux autour de 10 %. Ce qui laisse prévoir l’affrontement au deuxième tour en avril 2022 entre E. Macron et M. Le Pen. 

Pour ma part, après avoir misé sur la PP en plaidant par exemple auprès des amis convivialistes pour appuyer la PP et obtenir qu’Alain Caillé se joigne désormais aux soutiens (5), j’entends mieux maintenant les objections de B. Perret qui nous dit que la primaire populaire est une fausse bonne idée (6). En effet selon lui, les 10 propositions du socle commun, que devraient accepter les candidats au vote de la primaire populaire, aboutissent à des contradictions et sont irréalisables sans changement radical de nos modes de vie (7). Puisque ce changement n’est pas clairement annoncé par les promoteurs de la PP, B. Perret semble considérer que, compte tenu du faible courage dont font preuve la gauche et les écologistes pour soutenir les mesures nécessaires prises par le gouvernement pour faire face à la crise sanitaire, mieux vaudrait en définitive Macron plutôt qu’un autre candidat qui serait incapable d’affronter des difficultés bien réelles. 

Avec B. Perret nous sommes cependant face à une difficulté. En effet, dans son livre Quand l’avenir nous échappe, le Président de la République explicite dans un discours imaginaire les transformations radicales à accomplir pour limiter le changement climatique, et dans la foulée, il démissionne et jette l’éponge en laissant la responsabilité à la société et à tout un chacun. La démission imaginaire du Président, qui arrive en conclusion du livre de B. Perret, est une échappatoire commode. Or la démission n’aura pas lieu et il y aura bel et bien des élections présidentielles en avril 2022. 

Que pensent de tout cela les promoteurs de la PP et leurs soutiens ? Ne leur faut-il pas reconnaître tout à la fois leur échec relatif avec seulement 78000 parrainages au jour d’aujourd’hui (alors qu’il en faudrait trois fois plus), et l’insuffisance de leur socle commun si l’on prend au sérieux les critiques de B. Perret. 

Que faire alors ? Nous n’avons pas la réponse et notre seul désir est d’appeler les promoteurs de la PP et leurs nombreux soutiens, qui ont fait une remarquable tentative de renouvellement de notre vie politique, de reconnaître que la PP sous sa forme actuelle est sans doute une fausse bonne idée, et qu’il faut poursuivre les échanges avec les partis politiques, et bien d’autres acteurs. Par exemple les promoteurs de « Pouvoir de vivre » et les nombreuses associations qui le soutiennent.

Comment à la fois reconnaître l’intérêt de la PP dont Gaël Giraud disait : « Le processus engagé par La Primaire Populaire me semble extrêmement prometteur et intéressant pour notre démocratie » et tenir compte des objections de Bernard Perret ? Notamment quand il écrivait : « Je suis persuadé que le socle de toute entreprise de transformation est la constitution d’une organisation partisane structurée, au sein de laquelle les débats internes permettront une réelle maturation des idées et des projets et l’émergence de leaders susceptibles d’entrainer une majorité derrière eux. Considérer la déshérence des partis comme une fatalité est une grave erreur ». 

Aurons-nous le temps dans les semaines qui viennent de surmonter la contradiction entre ces deux points de vue ? Autrement dit d’engager des échanges entre partis politiques (limités par les ambitions personnelles et la simple volonté de survie) et dynamiques novatrices venant d’une nouvelle génération de jeunes et de toutes les forces vives de la société civile ?  Faisons tout pour éviter le face à face désolant entre Macron-Le Pen.

Guy Roustang

(1) Voir Mediapart, 10 octobre 2020.

(2) Des élus de gauche et écologistes, locaux et nationaux, répartis sur tout le territoire et appelant de leurs vœux à une « primaire populaire » en novembre pour désigner un candidat commun à l’élection présidentielle de 2022, dans L’Obs, 30 juillet 2021 : « Pour le climat, pour la justice sociale, pour la démocratie, pour la victoire en 2022, nous, élus et élues, vous appelons, collègues et camarades, à nous rejoindre pour soutenir et prendre part à la “primaire populaire” ».

(3) Voir leur site Primaire populaire.

(4) Le site de la PP explique les modalités du vote.

(5) Pour donner du poids à cette initiative remarquable, nous engageons tous les abonnés à l’eccap à participer à cette primaire populaire. 

(6) Voir le texte de B.Perret intitulé « Remarques sur la primaire populaire (PP) » qui considère que la PP est une fausse bonne idée.

(7) Voir ci-joint un autre texte de B.Perret, extrait de son livre et intitulé « Un changement nécessaire et radical de notre mode de vie » qui  reproduit la déclaration imaginaire du Président de la République qui explicite ce que signifierait un changement de notre mode de vie, après quoi il démissionne en considérant que c’est à la société de prendre ses responsabilités.

Source : https://eccap.fr/article/Election%20présidentielle%20d’avril%202022%20et%20Primaire%20populaire/6134e70a68aabc001507a3e2

Publié dans Réflexions en chemin

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Pierre Locher 12/09/2021 18:53

Il me semble que l’un des aspects du texte de Bernard Perret ait été omis par Guy Roustang. Je cite un passage :
« Ce qui s'annonce, sans doute plus vite que nous le pensons, c'est une crise majeure qui impliquera une transformation complète de notre civilisation matérielle et de notre mode de vie. La transformation écologique s'inventera dans un contexte social chaotique où les risques de délitement du tissu social seront majeurs. »
Bernard Perret parle de transformation écologique et non de transition, la nuance est importante à mes yeux. On n’entre pas dans une transformation, la fleur au fusil, sur un chemin parsemé de pétales de roses. Winston Churchill, s’il vivait encore aurait utilisé des expressions assez fortes, même si l’on n’est pas en guerre, mais en crise.
Edgar Morin parle de métamorphose. Je ne suis pas dans le corps d’un futur papillon, mais j’imagine que la transformation qui le précède nécessite pas mal d’énergie et ne se fait pas sans douleur. Je sais que certains parleront de « sobriété heureuse », mais ce concept, honorable en soi, ne peut concerner qu’une minorité fortement motivée. Demander à 70 millions de Français d’être heureux dans la sobriété me semble relever d’un vœu pieux.
Le débat n’est plus entre réforme et révolution, il est assez largement dépassé, mais entre « transition douce» et transformation/mutation qui demandera plus que jamais solidarité et courage. Je m’éloigne peut-être des échéances électorales à venir, mais sans cet arrière-plan et cet horizon, on risque fort de retomber dans la querelle des egos, ou tout au moins dans la comparaison des programmes à court terme, « liste de courses » comme le dit Bernard Perret.