Jésus pour le XXIe siècle, par John Shelby Spong - Présentation critique

Publié le par Garrigues et Sentiers

Ce livre (1) attaque frontalement les interprétations classiques des Évangiles (principalement) pour retrouver qui est le Jésus qui nous permet d’avoir la foi. Il s’agit d’une œuvre de démolition en règle avec un essai de reconstruction. On pourra émettre de nombreuses critiques, mais cette œuvre est salutaire dans la mesure où elle oblige à reposer toutes les questions qu’un esprit éclairé ne peut pas éviter à la lecture du Nouveau Testament et des interprétations qu’en ont donné les diverses Églises chrétiennes. 

 

Est-il le seul livre qui va dans ce sens ? N’en déplaise à l’auteur, il n’est pas seul. Contrairement à ce qu’il laisse entendre, nombre de théologiens actuels ou récents, partant de points de vue divers, pas toujours d’une critique des textes, ont complètement renouvelé l’image de Dieu, de la foi, de ce qu’est ou n’est pas une religion (2). On peut par contre regretter que les responsables institutionnels semblent les ignorer souverainement, les mettre sous le boisseau, voire les condamner. En ce sens ce livre, très facile de lecture, est un atout pour renouveler la pensée des chrétiens déboussolés par les affirmations dites de foi qui ne tiennent pas la route. La théologie spéculative a aussi son intérêt, toute foi a son imaginaire, cette théologie le met en forme... mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un imaginaire. Balayer d’un revers de main les notions de Trinité, Incarnation, Résurrection ou Ascension permet de poser des questions, mais souffre aussi d’une facilité qu’il faudrait éviter.

 

 

La première partie une œuvre de démythologisation radicale

 

Les miracles sont récusés, Jésus était membre d’une fratrie dont la mère n’était pas vierge, rien n’assure que les apôtres étaient douze, Judas n’a probablement jamais existé et Joseph est une invention. Le récit de la Passion est une construction littéraire, Jésus est mort seul, sans témoins. Ce récit est un ensemble de reprises des Écritures dans un but théologique et liturgique. La Résurrection est une réalité virtuelle. Tous ces textes sont des constructions tardives qui ont pris les moyens intellectuels, culturels de l’époque pour évoquer la rencontre des disciples avec Jésus et transmettre son témoignage. On ne peut pas les lire comme des descriptions de faits objectifs. 

 

Citons la fin de cette partie : « L’histoire de Jésus [...]est une invitation à voyager au-delà des limites humaines, des conceptions humaines, dans une expérience que nous appelons Dieu, qui n’est pas au-dessus du ciel, mais qui se trouve au contraire dans les profondeurs de la vie. » Et enfin : « Erreur fatale d’identifier la vérité de l’expérience de Jésus avec la forme littérale, humaine, des explications de cette expérience. […] Toute explication meurt quand meurt son époque. Toutefois, la mort de l’explication ne signifie pas la mort de l’expérience. ».

 

Insistons sur le mot « expérience », les disciples ont rendu compte de leur expérience d’un événement qui a transformé leurs vies. Si nous sommes d’accord avec nombre d’affirmations, on peut regretter une analyse un peu trop simple parfois et des conclusions hâtives. Tout ce qui est dit est possible, les affirmations sont un peu péremptoires. Un certain nombre sont évidentes, l’auteur enfonce aussi beaucoup de portes ouvertes avec véhémence (3) et affirme souvent des conclusions qui ne sont d’après nous que des « hypothèses crédibles ».

 

 

La seconde partie : une recherche de qui était Jésus pour les premiers chrétiens

 

Jésus prophète, Messie (le sens du terme « Fils de l’Homme »). Jésus nouvelle Pâque, et agneau sacrifié comme cela se fait pour le Yom Kippour. Le sacrifice du Christ serait la reprise de ces deux réalités.  Jésus berger inaugurant le temps de la Passion par une reprise du second Zacharie, avec la notion de roi berger (pour les Rameaux) qui rétablit la domination d’Israël, soit le Royaume de Dieu dans le langage d’alors. La Passion est aussi en relation étroite avec les chants du Serviteur chez Isaïe, principalement le quatrième (Is 53).

 

Tous les évangiles seraient une histoire inventée pour se dérouler au rythme de l’année liturgique juive, chaque séquence étant évoquée pour chaque Sabbat dans les synagogues. La preuve donnée du rythme des textes correspondant à l’année liturgique est assez convaincante, mais par ailleurs on peut se demander si les chrétiens des trente premières années, qui fréquentaient encore les synagogues, étaient assez nombreux et écoutés pour y imposer ce genre de lectures. On a là un exemple d’« hypothèse crédible », mais pas établie. Quant au fait que ce serait inventé, à force de midrash, de reprises des textes de l’Ancien Testament, l’hypothèse nous paraît exagérée. Construction, oui, mais à partir d’une foule de petits témoignages qui devaient se colporter depuis la disparition de Jésus dans les milieux des disciples et des nouveaux chrétiens. Qu’après on ait rédigé à l’aide de midrash, c’est évident, qu’on ait recherché dans l’Ancien Testament ce qui expliquerait la vie de Jésus, tout-à-fait d’accord. Mais cela ne fait pas des Évangiles un conte pieux.

 

Cette partie est très intéressante du fait qu’elle cerne la vision que les premiers chrétiens avaient de Jésus et de sa mission. Ils ne voyaient pas en Jésus un Dieu incarné, mais un homme pétri de l’idée de Dieu. Et à l’époque Dieu était un être extérieur à la terre, la surplombant et avec tout pouvoir. Cette notion de Dieu transparaît donc naturellement dans tous ces textes, entre autres elle explique l’insistance sur le sacrifice qui est probablement une notion que Jésus n’a pas assumée. Il n’y a pas de Dieu vengeur qui sacrifie son Fils comme cela a été interprété plus tard. Cette vision de Jésus est très profonde, malgré les désaccords que nous avons avec l’auteur. Nous pensons qu’il renouvelle ici la compréhension que nous pouvons avoir de Jésus, car ce dernier apparaît avec toute son humanité qui en fait un vrai « sauveur » : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10, 10). C’est cela sa mission, à laquelle il a été fidèle jusqu’à en mourir. Ce Jésus humain est vraiment un grand prophète valable pour toute l’humanité, qu’on le considère comme un envoyé de Dieu ou comme un homme qui nous appelle tous à une vie vraiment humaine. Cet apport de J.S. Spong est vraiment très important.

 

 

La troisième partie une recherche de qui peut être Jésus pour nous

 

C’est la partie la plus positive du livre, à la suite de la déconstruction opérée dans les parties précédentes. Elle commence par une remarque essentielle : à la vue de ce qui précède, pourquoi ne pas continuer et finalement mettre en doute l’existence même de Jésus, ce qui est fait par certains penseurs s’appuyant pour cela sur les modes de rédaction utilisés ? L’auteur affirme fortement que Jésus a bien existé et le prouve assez bien. Au-delà de la remarque sur le fait qu’une écriture à coups de midrash ne signifie pas que le personnage n’ait pas existé, il pense qu’il est difficile d’imaginer qu’un groupe de gens assez incultes aient construit de toutes pièces une telle saga... et soient morts pour elle ! Puis il montre les contradictions que cela entraînerait dans le texte. Prenons-en une : tout est fait pour rattacher Jésus à Bethléem, ville du roi David, alors si c’est une invention pourquoi se fatiguer à le situer à Nazareth, village assez méprisé dont « rien ne peut sortir de bien » ? Il y a d’autres exemples de difficultés.

                        

Premier thème dans cette partie réfutation du théisme, à savoir du fait de croire en un Dieu extérieur au cosmos, le dominant, agissant comme bon lui semble. Dans un autre langage on retrouve le refus actuel de l’onto-théologie qui ne tient plus depuis Kant ou encore plus Nietzsche. La vision est juste, et en la suivant cela change toute notre façon de comprendre Jésus qui, à son époque, croyait évidemment en un Dieu dominant le monde. Pour avancer dans sa pensée, l’auteur balaye en quelques pages toute l’histoire du cosmos et de l’humanité, cela est trop léger pour nous satisfaire. Mais nous adhérons à cette idée d’un homme marqué originellement par sa finitude qui s’est élevé un peu au-dessus du singe, ce qui l’a séparé du reste du cosmos. Non un homme créé du ciel et qui aurait chuté. Un homme saisi par l’angoisse à cause de cette situation de solitude dans la séparation de Dieu, du cosmos, des autres (et non à la suite du péché) (4). Un homme marqué originellement par l’angoisse, jeté dans le monde et devant trouver son sens. 

 

Que cette angoisse l’ait amené à se forger un dieu protecteur, toute l’histoire le montre, ce n’est pas nouveau. Mais doit-on alors, comme semble le faire quelque peu J.S. Spong, renoncer aux vingt siècles qui nous ont transmis la foi en Jésus-Christ ? Les hommes, et Jésus aussi, ont exprimé leur foi avec les moyens de leur époque, cela passait par la vision de ce Dieu dominant, cela n’annule pas toute la valeur de leur pensée, de leur spiritualité. Cela n’annule pas la relation des hommes avec le Dieu que nous cherchons. On ne peut pas balayer la réalité de tous les « saints » ou témoins qui nous ont précédés. « Du passé faisons table rase » ne nous semble pas approprié. Reste que l’attaque de cette onto-théologie porte juste, reste que « Jésus pour les non-religieux commence à apparaître ».

 

Ensuite J.S. Spong énumère ses sources de colère, et montre en quoi Jésus nous a libérés de ces notions qui pesaient sur les hommes… et qui ont été très vite réinstallées par nos pères dans la foi ! Diatribe contre la religion et ses conséquences de violence (mais là encore l’auteur va en sens unique, toutes les violences, même au nom de la religion, ne sont pas des conséquences des idées religieuses qui ont été utilisées comme justification bien facile), refus de la notion de sacrifice du Christ, refus qu’il faudrait approfondir, on ne peut pas l’effacer d’un trait de plume (ce qui est aisé si on renonce à la notion de faute, ce que semble faire l’auteur). L’homme a un caractère tribal, dit J.S. Spong, la violence en découle, mais là encore si cela est bien une source de violence, on ne peut se réduire à cela, on ne peut tout refuser, les regroupements humains ne sont pas uniquement tribaux et faits pour se défendre contre les autres. 

 

Restent valables les affirmations sur qui est Jésus. Il ne s’est pas inscrit dans les démarches de sacrifice, il s’est opposé à nos fermetures (tribales) : « Il n’y a plus ni Juif, ni Grec, etc. ». Dans son appel à la mission, Jésus appelle à partager la puissance vitale de l’amour, non à une conversion des autres à nos croyances. Jésus a lutté contre nos préjugés signes de violence, de rejet des autres, de désir de domination. Jésus « révèle ce que peut être la vie humaine : une existence débarrassée des barrières tribales, libérée des préjugés sexuels, raciaux, religieux, une existence libérée de la peur ». Jésus a remis la religion à sa place, « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat » (Mc 2, 27)Il viole les lois religieuses qui l’entravent pour atteindre une vie de plénitude. 

 

Cet ensemble de réflexions nous donne une autre vision de Jésus et de ce que peut être une relation à Dieu. J.S. Spong affirme finalement : « Dans la plénitude de l’humanité de Jésus […] nous pouvons jaillir dans une humanité remplie d’esprit, ouverte à la source de la vie et de l’amour. Nous y découvrons ce que Paul Tillich proposait en guise de description de Dieu : ‘le fondement de l’être’ ». Ou encore : « Ce n’est pas par le truchement du divin que nous pouvons expérimenter l’humain ; bien au contraire, c’est dans l’humain que nous pouvons faire l’expérience du divin ».

                        

Dans les derniers paragraphes de cette troisième partie, J.S. Spong essaye un propos positif qui exprime sa foi en Dieu à travers Jésus. Il commence en remarquant que « être chrétien, ce n’est pas être religieux. C’est être pleinement humain. Jésus est une figure de cette plénitude ». Il revient à la Croix comme le sommet du drame de la vie de Jésus, dans sa fidélité totale à son humanité. Par ses attaques de la religion et des pouvoirs, afin de montrer aux hommes quel était leur chemin pour devenir pleinement humains, Jésus s’est affronté à ce refus qui finit en drame, inévitable s’il reste fidèle à lui-même et à la mission qui est la sienne. Ce sommet du drame, sur la Croix, est marqué par les deux phrases : « Tout est achevé » et « Père, je remets entre tes mains mon esprit ».

 

Mais alors, qui est Dieu ? Il est la source de la réalité de l’amour qui nous transcende dit l’auteur. Nous faisons l’expérience de l’Être. « L’Être lui-même est inépuisable, infini et indestructible. Quand j’effleure le fondement de l’Être, je crois que j’effleure ce que j’appelle Dieu ». Mais, corrige-t-il, « Nous n’entrons dans le divin que lorsque nous devenons libres de nous offrir nous-mêmes à autrui. » L’Être est introduit ici pour donner une réalité à Dieu qui serait une force vitale au cœur de l’univers, qui s’épanouit dans la nature humaine.

 

 

En conclusion, on sent une certaine gêne dans cette fin de texte. Cette introduction de la notion d’Être en toute fin nous semble un tour de passe-passe pour se sortir de l’aporie, car finalement on ne sait qui est Dieu. Mais n’est-ce pas cela un chemin de vérité : Dieu, nul le connaît ? Il ne peut être une existence, un « étant parmi les étants » pour reprendre une critique de Heidegger, on le trouve au fond de soi, mais comme indéfinissable. On peut regretter que, à force de déconstruire, J.S. Spong en arrive finalement à un Dieu qui serait un simple mot pour parler de notre humanité. C’est ce qui a été reproché à Paul Tillich qui était son maître et dont il semble suivre le chemin.

 

On se trouve dans une sorte de « christianisme athée » (expression que refuserait l’auteur, il dit fortement qu’il n’est pas athée) dans lequel l’homme trouve au fond de lui la source de sa vie qu’il nomme « Dieu ». Que ce soit la conscience de notre finitude, celle du désir d’éthique qui dépasse de loin les seuls accords entre les hommes pour rendre la terre vivable, que ce soit la notion d’amour qui nous tire en avant et nous fonde (amour qui nous est témoigné par toute l’histoire qui nous  précède, et en particulier par Jésus) nous nous trouvons devant un « on », un « X » qui est au-delà de nous, transcendant, qu’il est facile de nommer Dieu, mais à propos duquel on ne sait rien. Nous sommes pour le moins dans un agnosticisme chrétien.

 

Le pas suivant, pour nous, mais encore faut-il le justifier, est de changer le « on » en un « tu ». Lorsque nous adressons une prière qui est un trop plein de ce que nous vivons, ce peut être une incantation comme dans un poème, un artifice rhétorique, ou une « parole à ». De même le pardon (encore faut-il reconnaître que nous sommes sujets de pardon, ce que J.S Spong semble récuser) dont nous éprouvons le besoin quand nous sommes confrontés à la réalité de nos vies en face de notre conception d’une vie pleinement humaine, le pardon peut-être une reconnaissance simple de ce que nous sommes, ou un désir d’une « parole de ». Il en est de même de la bénédiction qui est la reconnaissance d’une grâce qui nous habite et n’a pas besoin d’origine, ou y reconnaître là encore une « parole de », une « grâce de ». Mais reconnaître ce « tu » n’est-il pas une simple technique pour apaiser cette angoisse qui nous tient tous ? Il n’est pas simple de faire le pari de Pascal... mais on peut le faire. 

 

Si l’on refuse le désespoir malgré ce que nous voyons, on fait un acte de foi qui revient à tenir à la parole de pardon et celle de grâce pour véritable. Cette promesse, qui n’est pas humainement crédible, d’une vie en plénitude, ouvre une transcendance qui est une « parole de » et permet les « paroles à » de la prière. C’est parce que j’ai une confiance chevillée au corps que je peux avoir confiance en Dieu et croire en lui. Si nous prenons l’homme Jésus dans toute son humanité, nous pouvons penser qu’il nous a menés au Père, et que le « tu » de la prière n’est pas un simple artifice. Toute image de Dieu est donc fausse, nous ne pouvons rien dire, mais nous pouvons reconnaître un « tu » lorsque nous trouvons cette source de vie au plus profond de nous-mêmes, et alors reprendre le cheminement de Jésus qui donne tout son sens.

 

Finalement on peut reprocher à tout l’ensemble du livre d’être une sorte de démonstration à sens unique, laissant de côté nombre de textes, d’expériences (l’Ancien Testament est réduit à une vision archaïque de Dieu alors qu’il est d’une richesse inouïe, le Nouveau est lu à sens unique, laissant de côté ce qui ne concorde pas avec la position a priori de l’auteur). En ce sens, ce livre serait de l’ordre du pamphlet plus que de l’élaboration théologique, mais un pamphlet qui nous oblige à nous déterminer, à nous convertir, pamphlet très utile donc, qu’il faut lire. Et je crois qu’il faut vraiment le compléter par le petit livre de Didier Travier déjà évoqué dans ce blog, surtout les vingt dernières pages qui sont une réponse, involontaire, à l’agnosticisme qui traverse ce livre, pages dont nos dernières lignes s’inspirent fortement (5).

 

Marc Durand

                                                                                                       

 

(1)  John Shelby Spon, Jésus pour le XXIe siècleéd. Karthala, Paris, 2015.

 

(2) En se limitant aux langues française et allemande, on peut citer M. de Certeau, M.D. Chenu, Y.Congar, C. Ducoq, H. de Lubac, J. Moingt, C. Theobald, puis K. Barth, H. Küng, J.B. Metz, J. Moltmann, K. Rahner, H.U. Von Balthazar et tous ceux qui les entouraient. On peut ajouter nombres d’auteurs « spirituels » qui étaient aussi théologiens.

 

(3) L’auteur est américain, il est marqué par les fondamentalistes de ce pays et s’adresse aux autres chrétiens pour qu’ils ne se laissent pas abuser par les traditionnalistes (et les autorités ecclésiastiques), ce qui amène des chrétiens de bonne foi à s’éloigner sur la pointe des pieds. Ce contexte explique probablement la véhémence et le caractère péremptoire de certains propos (sans oublier les attaques assez violentes que l’auteur a subies depuis des années).

 

(4) Conscient de sa solitude, jeté dans le monde, l’homme est assailli par l’angoisse. Sa séparation, de Dieu, du monde, des autres, est consubstantielle à son être. Il n’a pas besoin de « chute » pour prendre conscience de cette réalité essentielle. Et le salut apporté par Jésus sera justement la bénédiction assortie de la promesse que cette angoisse peut être dépassée, en ressuscitant à une vie reçue en abondance.

 

(5) Didier Travier, Une confiance sans nom, éd. Ampelos, 2017, dont on trouvera la présentation dans notre blog : http://www.garriguesetsentiers.org/2018/12/une-confiance-sans-nom-compte-rendu-d-un-livre-de-didier-travier.html.

 
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Levy 18/05/2020 22:46

« TOUTE EXPLICATION MEURT QUAND MEURT SON EPOQUE ». Merci à Marc Durand pour cet article où il repousse les limites mises au parler vrai. Ce qu’il fait d’emblée en énonçant que
« ce livre, très facile de lecture, est un atout pour renouveler la pensée des chrétiens déboussolés par les affirmations dites de foi qui ne tiennent pas la route ».
Une intelligence de la réflexion qui s’avance ainsi de beaucoup en terrain découvert, tout en se fixant ses propres bornes : la frontière qu’elle trace tout au bout de l’étendue d’une contestation arrêtée à ce qu’elle aurait d’admissible :
« Balayer d’un revers de main les notions de Trinité, Incarnation, Résurrection ou Ascension permet de poser des questions, mais souffre aussi d’une facilité qu’il faudrait éviter ».
Un évitement qui s’argumente, en fait, en s’appuyant sur la pierre d’angle qui, depuis les premiers siècles, a vu se construire la dogmatique institutionnelle. Pas question ainsi de renouveler la lecture des évangiles : ici la réfutation entend invalider l’essentiel des questionnements et des interpellations ouvertes par la théologie spéculative. Et surtout prononcer une exclusion radicale du croire chrétien à l’encontre des cheminements de pensée où la spéculation en cause invite à s’engager. Et plus spécialement par cette sorte de mise à l’Index
« Tous les évangiles seraient une histoire inventée pour se dérouler au rythme de l’année liturgique juive, chaque séquence étant évoquée pour chaque Sabbat dans les synagogues. (…). Quant au fait que ce serait inventé, à force de midrash, de reprises des textes de l’Ancien Testament (…) ».
La prétendue raison qui en appelle, en sens contraire, à « (des) disciples (qui) ont rendu compte de leur expérience d’un événement qui a transformé leurs vies » risque faiblement de convaincre. Eu égard à la chronologie de la rédaction tardive des évangiles, à la probabilité qu’ils ont chacun été – à l’instar des évangiles dits apocryphes –l’œuvre d’un ‘’atelier d’écriture’’, il reste très peu de place à l’idée d’un témoignage plus ou moins direct. Ce qui risque également de valoir, au nom de la vraisemblance, jusqu’à l’évangile-Jean - dont on se représente qu’il est le fruit d’une équipe de rédacteurs, peut-être initialement proches du disciple préféré, mais avant tout restés dans la mouvance du judaïsme qui inspirait leur communauté d’interprétation.
Toutes ces réserves n’empêchent pas que l’article de Marc Durant se réclamer de l’élan incomparable que donne à la théologie spéculative (ou théologie pour les non-croyants - « Jésus pour les non-religieux commence à apparaître ») la notion de ce que « … on ne sait qui est Dieu. Mais n’est-ce pas cela un chemin de vérité : Dieu, nul le connaît ? (…), on le trouve au fond de soi, mais comme indéfinissable ».
Et toute la reconstruction qui en découle ne positionne pas le rabbi Jésus « comme un sauveur », mais comme le fils de l’Homme (dans un autre sens que celui que retient Marc Durand) qui invite « à voyager au-delà des limites humaines, des conceptions humaines, dans une expérience que nous appelons Dieu, qui n’est pas au-dessus du ciel, mais qui se trouve au contraire dans les profondeurs de la vie ».
Concevoir que « toute image de Dieu est (…) fausse, (que) nous ne pouvons rien dire, mais (que) nous pouvons reconnaître un « tu » lorsque nous trouvons cette source de vie au plus profond de nous-mêmes », est-il rien d’autre que le tracé de la voie qui renoue avec le monothéisme, avec la contradiction essentielle de la rencontre originelle avec celui-ci ?
Cette contradiction qui requiert l’exploration infinie de textes, qui n’ont pas plus de sens achevé qu’il ne saurait y avoie une vérité dans une image humaine de D.ieu.