Pourquoi exclure ?

Publié le par Garrigues et Sentiers

1 – Les exclusions sont de tout genre : économiques, sociales, politiques, religieuses. Parfois, elles s'empilent comme des poupées russes.

Je me trouvais dans la petite ville de Ferney, devenue célèbre par la présence de Voltaire qui y passa les dernières années de sa vie. C'est de son château qu'il dénonça la scandaleuse affaire Calas.

Invité par un pasteur protestant de Ferney au cercle Condorcet, je passe la soirée chez lui avec une dizaine de personnalités de Genève qu'il souhaitait me faire connaître. Pour pouvoir être tout-à-fait à ses hôtes, il avait organisé un buffet campagnard et fait venir un jeune de la restauration pour le service. Un marocain.

Celui-ci se tient debout, attentif à chaque convive. Un verre se vide et il se propose aussitôt de le remplir.

2 – À une heure tardive, les invités se lèvent et quittent les lieux, sans un mot, sans un regard, sans un geste pour ce jeune marocain qui les avait servis avec tant de prévenance.

Stupéfait, je m'approche de lui : « Personne ne t'a remercié ? ». Avec tristesse, il me répondit : « Pour ces gens là, je n'existe pas ».

C'est toujours par rapport à un autre, à un groupe, qu'on se sent exclu. Le sentiment de solitude qui en résulte est peut-être la source d'angoisse la plus profonde qui puisse être. Il touche en son cœur notre volonté de vivre et d'aimer.

Il est difficile de s'aimer tel que l'on est, d'avoir confiance en soi, de consentir à sa propre mesure.

L'être humain ne vit pas bien avec une fausse image de lui. Il voudrait être autre !

Quand son rêve sur lui-même s'effondre, il se sent chassé de lui-même. Dans sa déception, il s'enferme, il dresse des barrières pour se protéger. C'est le tragique de l'histoire de l'humanité.

3 – Par manque de confiance en soi, en l'autre, en Dieu, chacun exclut et s'exclut.

Nul ne peut échapper à ce sentiment d'exclusion qu'il se fabrique lui-même, sauf s’il rencontre quelqu'un qui l'accueille vraiment, qui le prend tel qu'il est, qui l'aime sans conditions, pour ce qu'il est. Heureux qui peut avoir cette certitude !

Tant d'hommes et de femmes n'ont jamais rencontré ce regard.

Dans le monde économique, social, politique, et même familial, tant de signes concrets disent : tu ne vaux rien, tu n'existes pas, tu es de trop !

La seule attitude qui puisse libérer celui qui est exclu, c'est de reconnaître sa dignité.

Une dignité qui lui appartient et que personne ne peut lui prendre.

La parabole de l'enfant prodigue montre de façon saisissante comment le père miséricordieux réhabilite son fils, quoi qu'il ait fait, et le réintègre dans sa famille à sa place initiale. C'est alors le temps de la fête pour toute la maisonnée. Le moment est venu de se réjouir car celui que l'on croyait perdu, est revenu.

Mettre ou remettre debout, c'est non seulement lutter contre l'exclusion, mais aussi devenir le témoin de la façon dont Dieu, le Père de toute tendresse, nous voit.

Jacques Gaillot
Évêque de Partenia

Publié dans DOSSIER EXCLUS

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