La Vérité ou la mort ! Peut-être les deux…

Publié le par G&S

Qui ne connaît pas la réplique fameuse : « Qu’est-ce que la vérité ? » faite par le  procurateur romain Ponce Pilate  à Jésus qui vient de lui dire : « Je ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix » (Jean 18,37) ? Malheureusement, Pilate n’attend pas sa réponse…

Nous allons donc essayer de nous faire une (petite) idée sur ce mot en feuilletant la Bible, puisque c’est – depuis bien des années maintenant – notre livre de chevet.

Comment dit-on vérité en hébreu ?

Le seul mot signifiant vraiment vérité – si j’ose dire ! – est

אֱמֶת : ’êmêt

mot issu de la racine verbale ’aman (sans doute par contraction de ’amênêt )

Nous avons vu dans l’article Alléluia ! Hosanna ! Amen ! que le sens basique de ce verbe est élever, au sens d’élever un enfant. Les sens qui dérivent sont : être fidèle, avoir confiance, être solide, stable, durable, vrai, se réaliser… Point n’est besoin de longs discours pour souligner la richesse infinie de ces trois lettres, qui racontent avec une simplicité biblique (!) la relation de Dieu à l’homme et de l’homme à Dieu : Dieu Père-Tout-Puissant appelle les humains à dire et à répéter qu’il les élève avec sa Toute-Puissance d’amour pour qu’ils soient solides, stables, confiants, fidèles, vrais … ce qu’il est, Lui, de toujours à toujours !

Cf. Isaïe 65,16 : bé’lohey ’amen, par le Dieu vrai. Dans la même famille, on trouve ’amanah, alliance, ’amenah, éducation, tutelle, ’émounah, fermeté, fidélité, vérité et même ’omenah, linteau (qui assure la solidité d’un mur au-dessus d’une porte).

La vérité est donc ce qui fait grandir, ce qui rend – est qui est – solide, stable…

Que nous dit le mot ’êmêt ?

On peut aussi s’intéresser à l’écriture hébraïque de ce mot et chercher si les lettres qui le composent nous ouvrent des horizons nouveaux sur son sens. ’êmêt peut se décomposer en

מת + א

La première lettre (en partant de la droite !) est le ’aleph, première et dernière lettre de l’alphabet hébreu, lettre dont la forme ne change pas du début à la fin et, à ce titre, la lettre divine (cf. l’article L’alphabet hébreu, alphabet de la vie).

Cet ’aleph au début du mot nous amène à nous poser une question :

Dieu serait-il l’origine de la vérité ?!

Cela paraît évident aux auteurs de la Bible, qui ne cessent, surtout dans les Psaumes, de déclarer : YHWH, Dieu de vérité (31,6) ; droite est la parole de YHWH et toute son œuvre est vérité (33,4) ; envoie ta lumière et ta vérité (43,3), etc.

Je vous rappelle que YWHW est la transcription du tétragramme sacré, nom imprononçable de Dieu pour les juifs et qu’on peut lire : Seigneur.

Mais on arrive maintenant à une découverte qui désarçonne, qui perturbe, qui fait douter celui qui la fait d’être dans la vérité… : les deux dernières lettres du mot ’êmêt sont celles du mot met (prononcer le t ), מֵת, qui signifie : mort (participe passé du verbe mourir)…

Que faire de cette trouvaille ? Dire que cette décomposition du mot est imbécile et inopérante ou essayer de comprendre son sens profond ? Essayons donc !

Dieu est l’origine de la vérité… la mort en serait-elle la fin ?

Cette question peut se comprendre de deux façons :

- « la vérité conduit-elle à la mort ? » : Jésus lui-même l’a expérimenté…
- « la vérité aurait-elle pour but la mort ? » : nous connaissons tous des vérités qui tuent celui à qui on les assène…

Difficile à admettre cette issue fatale en dehors de ces cas… mais encore plus si , pour tenir compte du ’aleph divin du début du mot, on formule la question ainsi :

La vérité est-elle liée intimement à la mort de Dieu ?

Cette question, qui peut paraître encore plus provocatrice, est naturelle si nous voulons approfondir notre réflexion…

Que disent les textes ?

Si nous lisons l’évangile de Jean, la question nous paraîtra moins saugrenue qu’elle ne semble de prime abord.

Dans son magnifique discours aux apôtres (chapitres 14 à 16 de cet évangile), suivi de la prière sacerdotale (chapitre 17), Jésus annonce qu’il doit mourir et que sa mort est indispensable : « Cependant je vous dis la vérité : c'est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l'enverrai. » (Jean 16,7).

« Bien, me direz-vous, mais, bien que le mot vérité s’y trouve, cette phrase ne lie pas la mort de Jésus et la vérité ! Où voyez-vous donc ce lien ? »

Ce lien apparaît clairement dans les versets que voici : « je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu'il soit avec vous à jamais, l'Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu'il ne le voit pas ni ne le reconnaît. Vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure auprès de vous ; et en vous il sera. » (14,16-17) et : « quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera dans la vérité tout entière » (16,13).

Jésus lui-même explique à ses apôtres que le don de la Vérité qu’ils recevront et, à travers eux, tous les humains qui mettent leur foi en Jésus Christ, doit passer inexorablement par sa mort et donc par… la mort de Dieu !

Faisons-nous à l’évidence : Vérité et Mort de Dieu sont inséparables…

Comment imaginer, dans ces conditions, que Pilate aurait pu entendre Jésus lui répondre que la victoire de la vérité passait par sa mort, lui qui essayait (de bonne foi, à mon avis) de le sauver ?

Dieu est mort pour faire naître la vérité tout entière

Vous avouerai-je, amis Internautes, que je ne savais pas où me mènerait cet article au moment où je l’ai commencé ? Cela m’arrive d’ailleurs de plus en plus souvent… et ne laisse pas de me surprendre !

Mais en le relisant, je me dis qu’il y a peut-être une once… de vérité dans ce que j’ai écrit. En effet…

… qui n’a jamais expérimenté que la vérité est souvent difficile à discerner, souvent difficile à avouer, souvent difficile à admettre… souvent difficile à supporter… si on refuse de passer par la mort aux fantasmes, aux idées toutes faites, à la culpabilité, à la peur, à la remise en cause qu’elle engendre ?

Mais…

… qui n’a jamais expérimenté que la mort à toutes nos barrières pour faire la vérité conduit à de vraies résurrections, donc à de vraies remises debout, de vrais surgissements de vraie vie, de vraies joies, à la Vraie Joie, qui seule est en Dieu, en Dieu seul ?

Pour vous dire la vérité, tout ce que je vous souhaite est que vous viviez cela, si ce n’est encore fait !

René Guyon

Tout cela me rappelle que dans la Bible il existe un couple de mots qui revient comme un leitmotiv : Amour et Vérité.
Fioretti dans les Psaumes : Tous les sentiers de YHWH sont amour et vérité (25,10) ; Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d'amour et de vérité (86,15) et, bien sûr, le fioretto qui a changé ma vie : Amour et vérité se rencontrent (85,11) à propos duquel j’ai écrit un jour un article portant ce titre (en cliquant ICI)

Publié dans DOSSIER LA VERITE

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fanfan 23/10/2011 18:01



Bonjour René Guyon,


En vérité je vous dis, cher René Guyon:Merci!


J'ai eu la réponse à mon commentaire précédent... a propos du "Pourquoi" Jésus ne répond pas à Pilate, lorsqu'il  celui-ci lui demande :"qu'est-ce que la Vérité?"


Je pourrais ajouter qu'ils  n'évoluaient  pas  dans la même dimension par rapport au sens de La Vie!


fanfan