La messe de tout le monde

Publié le par G&S

 Quelques réflexions prises dans le livre de Jean-Noël Bezançon
La messe de tout le monde - Sans secret, ni sacré, ni ségrégation

Éditions du Cerf - 2009

La-messe-de-tout-le-monde--Bezancon-.jpgJean-Noël Bezançon rappelle que Vatican II a permis de satisfaire une requête du Peuple de Dieu de voir le déroulement de la Messe, de communier plus fréquemment et de comprendre ce qui se dit.

 

P. 93, dans le chapitre Cette étrange fascination du sacré secret

C’est d’abord cette requête qu’il nous faut savoir écouter et prendre en compte derrière les aspirations très ambiguës à « un retour du sacré ». En reconnaissant qu’elles peuvent  être l’expression, même maladroite et contestable, de désirs spirituels légitimes, c’est sans doute le sens de la grandeur de Dieu, ce que nous avons appelé sa sainteté. C’est elle qui justifie la dignité des lieux, leurs aménagements, leur décoration et aussi l’attitude des participants. Si, dans leur désir d’une « réforme de la réforme », certains réclamaient seulement plus de place pour l’adoration dans nos célébrations, ils auraient parfaitement raison… Pour un chrétien, adorer, ce n’est pas s’anéantir devant le sacré mais s’extasier devant la sainteté. La « participation active et fructueuse » des fidèles souhaitée par Vatican II non seulement n’exclut pas, mais bien au contraire exige – et parfois, reconnaissons-le, exigerait – de vrais moments de contemplation et d’adoration silencieuse.

Redisons fortement qu’il n’y a pas d’espaces sacrés : la prairie de la messe d’un camp scout est aussi sacrée qu’une cathédrale puisque le peuple saint s’y rassemble pour chanter le Dieu Saint. Mais précisément cette sainteté, pour laquelle rien n’est profane, doit être manifestée en ce monde : la liturgie en est « l’épiphanie ». Ce qui est vrai et bon doit être manifesté comme beau. Ce que certains appellent sacré ou « verticalité » n’est peut-être en fait que le refus légitime de la banalisation, de la désinvolture, de la fantaisie ou de la laideur.

Comment admettrait-on de l’eucharistie ce qu’on n’accepterait pas d’une « cérémonie » d’ouverture des Jeux olympiques ? Ce que certains revendiquent sous le nom de sacré, c’est tout simplement le respect : le respect du Seigneur auquel on s’adresse, le respect des frères avec lesquels on s’assemble.

Désirer voir pour adorer – un mot dont l’étymologie évoque déjà la vénération par la bouche – est un premier pas vers adorer au point de désirer communier, ce qui est bien la destination de l’eucharistie telle que le Saint-Esprit vient de la redonner à son Église.

Transmis à G&S par Danièle Brocvielle

Jean-Noël Bezançon, né en 1936, a été ordonné prêtre du diocèse de Paris en 1965.

Formation à l’institut catholique de Paris. Enseignant au séminaire Saint-Sulpice et à la Faculté de théologie de l’institut catholique de Paris. Directeur de l’Institut supérieur de pastorale catéchétique  puis curé de paroisses à Paris.

Il est actuellement Curé de Saint-Nicolas et de Sainte-Marie-aux-Fleurs à Saint-Maur des Fossés (diocèse de Créteil).

Publié dans Fioretti

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