Jamais homme n’a respecté les autres comme cet homme

Publié le par Garrigues

Pour lui, l’autre est toujours plus et mieux que ce à quoi les idées reçues, même les Sages et les Docteurs de la Loi, tendent à le réduire. Il voit toujours en celui ou celle qu’il rencontre un lieu d’espérance, une promesse vivante, un extraordinaire possible, un être appelé, par-delà et malgré ses limites, ses péchés et parfois ses crimes, à un avenir tout neuf. Il lui arrive même d’y discerner quelque merveille secrète dont la contemplation le plonge dans l’action de grâces !

Il ne dit pas : Cette femme est volage, légère, sotte, elle est marquée par l’atavisme moral et religieux de son milieu, ce n’est qu’une femme.

Il lui demande un verre d’eau et il engage la conversation.

Il ne dit pas : Voilà une pécheresse publique, une prostituée à tout jamais enlisée dans son vice.

Il dit : Elle a plus de chance pour le Royaume de Dieu que ceux qui tiennent à leur richesse ou se drapent dans leur vertu et leur savoir.

Il ne dit pas : Celle-ci n’est qu’une adultère.

Il dit : Je ne te condamne pas. Va et ne pèche plus.

Il ne dit pas : Celle-là qui cherche à toucher mon manteau n’est qu’une hystérique.

Il l’écoute, lui parle et la guérit.

Il ne dit pas : Cette vieille qui met son obole dans le tronc pour les œuvres du Temple est une superstitieuse.

Il dit : qu’elle est extraordinaire et qu’on ferait bien d’imiter son désintéressement.

Il ne dit pas : Ces enfants ne sont que des gosses.

Il dit : Laissez-les venir à moi et tâchez de leur ressembler.

Il ne dit pas : Cet homme n’est qu’un fonctionnaire véreux qui s’enrichit en flattant le pouvoir et en saignant les pauvres.

Il s’invite à sa table et assure que sa maison a reçu le salut.

Il ne dit pas, comme son entourage : Cet aveugle paie sûrement ses fautes ou celles de ses ancêtres.

Il dit que l’on se trompe complètement à ce sujet et il stupéfie tout le monde, ses Apôtres, les scribes et les pharisiens, en montrant avec éclat combien cet homme jouit de la faveur de Dieu : « Il faut que l’action de Dieu soit manifeste en lui. »

Il ne dit pas : Ce centurion n’est qu’un occupant.

Il dit : Je n’ai jamais vu pareille foi en Israël.

Il ne dit pas : Ce savant n’est qu’un intellectuel.

Il lui ouvre la voie vers une renaissance spirituelle.

Il ne dit pas : Cet individu n’est qu’un hors-la-loi.

Il lui dit : Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis.

Il ne dit pas : Ce Judas ne sera jamais qu’un traître.

Il se laisse embrasser par lui et lui dit : Mon ami.

Il ne dit pas : Ce fanfaron n’est qu’un renégat.

Il lui dit : Pierre, m’aimes-tu ?

Il ne dit pas : Ces grands prêtres ne sont que des juges iniques, ce roi n’est qu’un pantin, ce procurateur romain n’est qu’un pleutre, cette foule qui me conspue n’est qu’une plèbe, ces soldats qui me maltraitent ne sont que des tortionnaires.

Il dit : Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font...

Jésus n’a jamais dit : Il n’y a rien de bon dans celui-ci, dans celui-là, dans ce milieu-ci, dans ce milieu-là. De nos jours, il n’aurait jamais dit : Ce n’est qu’un intégriste, qu’un moderniste, qu’un gauchiste, qu’un fasciste, qu’un mécréant, qu’un bigot...

Pour lui, les autres, quels qu’ils soient, quels que soient leurs actes, leur statut, leur réputation, sont toujours des êtres aimés de Dieu.

Jamais homme n’a respecté les autres comme cet homme. Il est unique.

Il est le Fils unique de celui qui fait briller son soleil sur les bons et sur les méchants.

Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de nous, pécheurs !

Albert Decourtray
Cardinal

Publié dans Réflexions en chemin

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denis 17/03/2009 21:31

Pour lui, les autres, quels qu’ils soient, quels que soient leurs actes, leur statut, leur réputation, sont toujours des êtres aimés de Dieu.A-t-on le droit de dire que certains aiment(Dieu) plus que dautres?A-t-on le droit de dénoncer l'absurdité de l'Inquisition actuelle?A-t-on le droit de dire que contraception et avortement sont certes des pratiques qui exclues le respect de la vie, mais sont tellement inévitables dans notre monde d'aujourd'hui.ET Si la Samaritaine n'était là, à ce momentlà, seule, que parce que la commaunauté savait qu'elle avait avortée après avoir eu des rapports avec un étranger ?et donc qu'elle était exlue...Peut-on accepter que des Hommes se noient ou meurent asphixiés dans des conteneurs parcequ'ils veulent vivre et que nous leur refusons ce droit?Ai-je le droit de laisser croire que je ne sais pas ce que je fais, ou que je ne le fait pas exprés?Oui, Monseigneur, votre parole est belle,mais comme elle tombe bien mal aujourd'hui.Devant tant de souffrances et d'injustices-je veux parler des souffrances de viols et de l'injustice d'être tombée enceinte et d'avoir avortée et d'être condamnée par l'Eglise,ça non je ne peux plus le supporter,cette Eglise n'est évidemment pas celle du Christ,mais vous ne pouvez plus le dire et c'est dommage

David 17/03/2009 10:45

rappel salutaire et ravigotant! merci!