L’« hyper-liberté » de Dieu et la « demi-lumière »de l'homme

Publié le par Garrigues et Sentiers

 
Si Dieu se révélait à nous totalement dans sa bonté absolue, si nous pouvions le connaître en pleine lumière, alors on ne pourrait que l’aimer. C’est la raison pour laquelle Il a voulu nous créer en se voilant à nous. Nous ne voyons pas Dieu. Nous ne pouvons Le connaître que de manière indistincte. C’est cette part importante d’obscurité qui nécessite la foi. Toute la grandeur de l’homme c’est de pouvoir aimer Dieu dans la foi sans Le toucher, sans Le voir, sans Le connaître directement. Alors sa liberté est totale.
Cette réflexion théologique classique sur la liberté humaine m’a conduit à m’interroger, dans le cadre du mystère trinitaire, sur la liberté des personnes divines. Il est impensable que le Verbe, par exemple, puisse être en désaccord avec le Père. Or le Verbe est nécessairement libre, et il est totalement dans la lumière du Père. Quand j’arriverai au ciel, une des premières questions que je poserai à Dieu sera : « Comment faites-vous, les trois personnes divines, pour ne jamais vous disputer ? »
Le mystère de la Trinité montre donc qu’il peut y avoir une liberté – que j’appellerai hyper-liberté –, qui est une vraie liberté mais qui nous met dans l’impossibilité de se disputer, d’avoir des vues divergentes. Or je ne peux me retenir d’interroger : si une telle « hyper-liberté » existe en Dieu, Celui-ci ne l’a pas donnée à l’homme et ne l’a pas créé en pleine lumière… ce qui nous aurait épargné tout ce lot millénaire de souffrances absurdes. Pourquoi seulement cette demi-lumière ?
 
Abbé PIERRE
 
Extrait de Mon Dieu… pourquoi ? entretiens de l’abbé PIERRE avec Frédéric LENOIR, Paris, Plon, Éd. de Noyelles / France-Loisirs, 2005, 111 p., p. 87-89.
 
N.B. : Ces « petites méditations sur la foi chrétienne et le sens de la vie » ont un intérêt infiniment plus grand que les 2 pages – isolées par les médias sur les 105 de l’ouvrage – portant sur la sexualité de l’abbé Pierre, alors que sont passés sous silence ses propos sur Marie, l’Eucharistie ou la Trinité, sujets autrement fondamentaux pour l’abbé lui-même et pour la foi catholique.

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