Nous n'irons plus à " la messe "... nous irons à la rencontre...

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Omniprésence (et omni-rigidité!) de la messe dans le monde catholique... 

Aller à la messe chaque semaine était une obligation sous peine de péché grave. Et aller à la messe reste un marqueur du catholicisme.

Les occasions de messe sont multiples, même si le déroulement de la messe est quasiment immuable, figé dans des codes très stricts où l'improvisation et la spontanéité de la vie n'ont quasiment aucune place. On peut faire des ajouts certes, adapter aux situations variées, mais le cadre et les mots restent toujours les mêmes d'un bout du monde à l'autre. 

" La messe ", c'est comme le passe-partout de la société catholique... rien de sérieux ne peut se faire sans la messe qui accompagne tout : la naissance, la vie, l'amour, la mort, la vie privée et aussi très souvent la vie publique. 

Vous me direz que tout cela n'est plus guère d'actualité, qu'on va de moins en moins à la messe ! Êt c'est parfaitement vrai ! Au moins en Occident... Mais quand il s'agit d'un grand événement de la vie, malgré tout on voudrait bien une "messe"...que ce soit pour un mariage ou des funérailles mais aussi pour marquer une commémoration ou fêter un anniversaire...

Et pourtant ce besoin de " messe " n'est-il pas piégé ? ...et parfois terriblement loin de la foi en Christ ?... N'est-ce pas avant tout vécu par les demandeurs comme une festivité bien organisée, sans beaucoup de risques, car très cadrée dans son déroulement globalement figé, un moment capable de pompe et de solennité, adaptable à une situation particulière grâce à quelques mots rajoutés bien choisis et, de surcroît, un petit air de mystère un peu magique ? Mais ceci n'est-il pas la caricature d'une rencontre de style évangélique et de vie partagée ? Même si je reconnais volontiers que, bien sûr, dans ces célébrations l'Esprit peut passer ! 

Dans ces " messes ", et dans toutes les messes, on accomplit un rite très organisé et intangible : on commence par nous faire reconnaitre que nous sommes, par définition, pêcheurs et donc mauvais, et qu'il faut demander pitié ; puis on écoute deux ou trois textes de la Bible qui veulent nous dire quelque chose de Dieu et de Jésus : ils sont là pour être notre nourriture pour la semaine ou dans la circonstance célébrée ce jour-là. Vient ensuite l'écoute, sans pouvoir répondre, du commentaire d'un prêtre (l'un des moments le moins formaté, mais le plus formatant souvent, car sans droit de réponse ou de modulation, seulement éventuellement passé au crible à la sortie !) Et ce commentaire vient d'être redéfini par une instance vaticane comme le seul autorisé pendant l'eucharistie : « Les fidèles laïcs peuvent prêcher dans une église mais (...) en aucun cas ils ne pourront prononcer l’homélie pendant l’Eucharistie » ! Puis le célébrant proclame la prière et reprend les gestes et paroles de Jésus à son dernier repas. Ensuite nous sommes invités à recevoir le pain, corps de Jésus, ...si toutefois nous sommes conformes aux lois ! Et ainsi, prétendument fortifiés par tout ce rite accompli selon les normes et donc en règle avec le droit canon et les consignes vaticanes, nous voici renvoyés dans le monde de tous les jours, lui qui nous confronte à tant de questions et tant de multiples façons d'aborder la vie... Ite missa est, " Allez ! La messe est dite ".

Dans ce rite de "la messe", où est l'expression des demandes de l'assemblée, mise à part la prière universelle ? où est la rencontre, hormis le timide baiser de paix ? où est le partage, sinon le pain religieusement distribué ? où se réalise, sinon éventuellement dans le secret des cœurs, ce moment revigorant, riche de vie et d'échanges, qui pourrait faire penser à un heureux moment vécu ensemble et donner " le punch " suffisant pour repartir en pleine vie ? 

Je souhaiterais tellement qu'on ne parle plus de " la messe " qui, dans nos têtes et dans celles de nos contemporains, comme apparemment dans celles de beaucoup de célébrants, représente un truc tout fait, le domaine et l'affaire des curés ! Non, je /nous n'irons plus à " la messe "... Si nous disions plutôt : " nous avons rendez-vous ", nous allons à " la rencontre " ? Nous allons préparer notre fête de dimanche prochain, nous partons vivre " nos retrouvailles dominicales ", nous allons partager avec ce couple qui se marie, cette famille dans le deuil, ces jeunes qui vont fêter la vie... N'est-ce pas jouer sur les mots direz-vous ? En fait, est-ce simple question de vocabulaire ? ou bien s'agit-il d'un réel changement d'esprit et d'attitude ?

Chaque fois que nous nous retrouvons, il y a une rencontre à vivre, nous venons rejoindre des personnes en quête de vie, nous venons écouter, tenter de comprendre et réagir sur les paroles et la vie de Jésus, sur celles de femmes et d'hommes de Dieu qui l'ont précédé, sur celles d'amis qui l'ont choisi comme maître de vie... Ensemble, nous venons essayer d'entendre, d'intégrer, nous allons vivre des silences, des moments d'admiration, des instants de prière, nous allons partager un repas et nous fractionnerons le pain et boirons le vin comme Jésus l'a fait autrefois avec ses amis... et ensemble nous mettrons en commun, autant que le temps nous le permettra, joies, peines, soucis, interrogations, projets et passions, espérances et découragements... nos vies, quoi  !

Je crois qu'il nous faut complètement reconsidérer et réinventer ce temps de rencontre entre nous, et avec tout ceux qui auraient envie de nous rejoindre. Il me semble indispensable de casser le rite, par définition figé, de ce que nous appelons " la messe ". Nous avons sans cesse à retrouver la vie, à réimaginer notre façon d'être ensemble, notre manière de nous nourrir de Jésus et de sa parole, de nous fortifier du Christ. Prenons le risque d'oser un réel temps de vie non rituelle autour de ce qui est le cœur de notre foi, pour que cette foi devienne vivante au cœur de nos vies.

Faisons un rêve ! Et si cette rencontre, au rythme à définir, devenait un vrai repas de vie partagée, quelles que soient les circonstances ? Un vrai rendez-vous entre êtres de chair et de sang, lourds de leur humanité, un moment nourrissant, réjouissant, ragaillardissant au plein cœur de nos existences ! 


Jean-Luc Lecat

Publié dans Signes des temps

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Philippe Lecoq 03/10/2020 21:21

Vous parlez de la messe et non de l'eucharistie. Vous appelez de vos voeux une sorte de "meeting" en excluant totalement le côté rituel auquel pourtant l'être humain est si attaché et qu'il cherche à maintenir ou rétablir parfois même dans un cadre laïque. L'eucharistie a été instituée par Jésus au cours d'un repas rituel. Etre fidèle au souhait de Jésus de nous voir réitérer son geste nécessite de l'inscrire dans un rite pour transmettre toute sa richesse. Je vous propose sur mon blog deux articles qui développent ma pensée :
"Eucharistie" : http://www.bible-parole-et-paroles.com/2015/04/eucharistie.html
"La vraie liturgie chante avec les anges" :http://www.bible-parole-et-paroles.com/2016/08/la-vraie-liturgie-chante-avec-les-anges.html
Vous verrez par ailleurs en jetant un oeil sur d'autres articles du blog que je suis loin de soutenir des thèses traditionnalistes. Cependant, sur la célébration de l'Eucharistie je mets en garde contre des dérives qui me paraissent dangereuses et qui relèvent pour moi d'une méconnaissance profonde de ce ce sacrement.

xavier 30/09/2020 21:31

Ma récente expérience sur ce sujet :
https://kestenig.fr/boulegadis-a-st-pancrace/

jen guichené (boulogne 92) 30/09/2020 19:43

J'entends votre remarque : mais combien de temps les gens sont-ils prêts à consacrer : 1h, 1h30, plus ? Et sous quelle forme dans la liturgie : ce devrait être avant pou plutôt après, comme les témoignage sur les défunts sont faits avant ou après la liturgie proprement dite ?

J'en suis aux questions. Je n’ai pas de réponse sur l’instant.

Jean-luc LECAT 01/10/2020 23:51

Peut-etre moins souvent mais un peu plus longtemps. Si c'est nourrissant, que ça rejoint nos vies et que l'on a la chance d'y vivre de vraies rencontres on y participera peut-être plus volontiers.
Et situer ces échanges au coeur měme de nos rencontres eucharistiques, cela ne viendra-t-il pas les nourrir et accroître nos raisons de rendre grâce ou de demander ensemble ?

danielle nizieux 30/09/2020 19:42

Jean, je comprends votre remarque. ceci dit, peu de gens vont dans des groupes de partage :pour ceux-là, la majorité, il faudrait que la messe soit certes mémorial de la mort de jésus et de son action salvatrice, MAIS AUSSI une occasion de partage par des vraies rencontres : les 2 sont compatibles, me semble-t-il.

jen guichené (boulogne 92) 30/09/2020 19:40

Merci pour cette réflexion partagée.

J'ai quand même envie de réagir suite à une première lecture peut-être rapide.


À part la faute d’orthographe qui parle de pêcheur au lieu de pécheur, il me vient quand même quelques réflexions.

Je ne vois nulle part parler du « sacrifice de toute l’Église offert pour la gloire de Dieu et le salut du monde ».
Je ne vois pas parler de ce sacrifice qui est le sacrifice du Christ Lui-même, Passion et Résurrection, actualisé, rendu présent sur l’autel au moment des paroles de la consécration prononcées par le prêtre « in persona Christi capitis » (en la personne du Christ tête [de l’Église]). Il s’agit du sacrifice de réconciliation de l’humanité avec Dieu, qui permet ensuite de communier au corps (et au sang) du Christ afin d’entrer dans la Vie éternelle : le Christ est la Porte, est le seul qui conduise à Dieu.

Je vois ensuite évoqué que nous sommes fortifiés par le rite. C’est en partie vrai, mais où est le sacrement et son efficacité ? N’est-ce pas la communion au corps du Christ ressuscité qui nous fortifie par l’action du Christ en nous et non notre sentiment? Sachant que sans le Christ nous ne pouvons rien faire si j’en crois Jésus dans l’Évangile selon saint Jean (15,5). D’autre part le Christ a bien dit : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Évangile selon saint Jean 6, 54).

Allons-nous à la Messe seulement pour nous rencontrer entre nous ou, en tant que peuple assemblé, rencontrer le Christ et Dieu?
S’agit-il de nous rencontrer entre nous ou de célébrer le culte sommet de la vie chrétienne, culte rendu à Dieu en offrant le sacrifice de toute l’Église, le sacrifice même du Christ auquel nous sommes appelés à nous associer ? Ce culte qui est l'oeuvre du peuple.

N’y a-t-il pas des groupes bibliques pour nous rencontrer et échanger entre nous autour de la Parole ?
N’y a-t-il pas d'autres réunions pour nous rencontrer et échanger sur nos vies, même à la lumière de la Parole ?

Ensuite, il est demandé de casser le rite. Mais l’être humain n’a-t-il pas besoin de rites pour vivre ? On en trouve partout, dans toutes les religions et même dans les milieux athées (je pense aux grandes parades nazies et communistes par exemple).

Voilà quelques réactions sorties spontanément.

On peut y réfléchir…