À vous d’en être les témoins…

Publié le par Garrigues et Sentiers

Étude de Luc 24,35-48

Jésus vient, « il se tint au milieu d’eux ». Crainte, trouble frayeur des disciples. Ils croient voir un fantôme. Puis, ils le reconnaissent aux marques de ses plaies. Luc ajoute alors : « et comme dans leur joie, ils ne croyaient pas encore et demeuraient saisis d’étonnement ». La joie des disciples, à ce moment là, était bien naturelle : ils reconnaissaient celui qu’ils avaient connu, l’ami, le compagnon, le maître. Ils le retrouvent avec joie, de cette joie qu’on éprouve lorsqu’on revoie quelqu’un qu’on croyait perdu. Cette joie était le signe même de leur incrédulité à croire en Jésus ressuscité.

Ce n’était pas la joie pascale. Les Évangiles insistent beaucoup sur cette difficulté de croire… l’incroyable. Qui le leur reprochera ? Si notre Église se vidait des croyants non pratiquants et des pratiquants non croyants…

Il devait s’en douter un peu quand même, que l’événement nous dépasserait. Pour le monde gréco-romain la chose était impensable. L’idée d’une survie ou immortalité individuelle était une fantaisie pour le grec comme pour le romain. Du côté des juifs, on attendait bien que le peuple ressuscite. Le peuple, pas un homme en particulier. Cela n’est guère plus facile aujourd’hui.

La question reste alors entière : que s’est-il passé chez les disciples, ces femmes et ces hommes du matin de Pâques ? Hystérie collective, constructions mensongères ? Ou bien la pharmacopée d’alors, en cette région du monde, fabriquait-elle déjà la mescaline et autres cactacées hallucinogènes ? L’irrationnel a bon dos et je préfère en rester au rasoir d’Occam.

Je crois que ce qui a été perçu par les disciples, ce matin là, c’est l’intuition de ce qui fait l’être et l’intuition que ce qui fait être ne finit pas mais devient toujours plus. Et cette intuition, qui passe par et dans la conscience (pourrait-il en aller autrement ?) tout en la dépassant infiniment, ils l’ont éprouvée comme une relation, une Présence, comme la relation d’unité de quelqu’un à Quelqu’un. Un peu comme les physiciens ont vu ce qui traverse le monde physique et le dépasse infiniment et qu’ils ont nommé « lumière ».

Ce que les disciples ont vécu c’est l’expérience du mystère de la vie et de son déploiement infini. Et ce fut pour eux la certitude d’un commencement.

« J'éprouve l'émotion la plus forte devant le mystère de la vie. Ce sentiment fonde le beau et le vrai, il suscite l'art et la science. […] Auréolée de crainte, cette réalité secrète du mystère constitue aussi la religion. Des hommes reconnaissent alors quelque chose d'impénétrable à leur intelligence mais connaissent les manifestations de cet ordre suprême et de cette beauté inaltérable. Des hommes s'avouent limités dans leur esprit pour appréhender cette perfection. Et cette connaissance et cet aveu prennent le nom de religion. Ainsi, mais seulement ainsi, je suis profondément religieux, tout comme ces hommes. Je ne peux imaginer un Dieu qui récompense et punit l'objet de sa création. Je ne peux pas me figurer un Dieu qui réglerait sa volonté sur l'expérience de la mienne. Je ne peux pas et je ne veux pas concevoir un être qui survivrait à la mort de son corps. Si de pareilles idées se développent en un esprit, je le juge faible, craintif et stupidement égoïste. Je ne me lasse pas de contempler le mystère de l'éternité de la vie. Et j'ai l'intuition de la construction extraordinaire de l'être. Même si l'effort pour le comprendre reste disproportionné, je vois la Raison se manifester dans la vie » 1.

Jean ne dit pas autre chose : « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie ; car la Vie s’est manifestée : nous l’avons vu, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette vie éternelle, qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue- ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous » 2.

Que ma prière, Seigneur Jésus, devienne louange silencieuse, devant la merveille de tes œuvres.

Angelo Gianfrancesco

1 – A. Einstein, Comment je vois le monde (Champs/Flammarion, Paris 1979, p.10).
2 – 1e épître de Jean 1,1-3

Publié dans Réflexions en chemin

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