L’histoire d’un petit baluchon

Publié le par G&S

Il me faut vous raconter aujourd’hui une histoire extraordinaire… On a beaucoup parlé du linceul qui aurait entouré le corps de Jésus après sa mort, afin que soient respectées les coutumes de son pays avant la mise au tombeau.

Mais personne n’a jamais évoqué son baluchon !!!

Et pourtant il a été de tous les voyages et de toutes les rencontres que Jésus a faits durant les trois années de sa vie publique, comme on dit.

Mais revenons un peu avant son grand départ de Nazareth.

Cela faisait plusieurs semaines que Jésus disait à Marie sa mère que « l’heure était venue ». Marie ne lui posait aucune question au sujet de cette phrase un peu étonnante ! Dans son cœur de mère elle savait que son fils allait partir et que plus jamais alors sa vie ne serait comme avant.

Joseph son époux, père adoptif et aimant de son fils, les avait quittés depuis quelques années, juste au moment où Jésus allait atteindre l’âge d’homme. Marie avait alors dû assumer seule la poursuite de l’éducation de son fils qui certes grandissait en force et en sagesse mais dont elle ne savait pas au fond quels étaient les projets.

Devenu jeune adulte, pas une seule fois Jésus n’avait évoqué la possibilité d’une union avec une femme du village ou d’ailleurs. Marie était la première étonnée de cette situation pour le moins ambiguë dans cette communauté villageoise de Galilée. Quant à sa famille, tous les membres gardaient un silence gêné devant cet homme jeune qui semblait ne rien construire comme le voulait la tradition familiale, ce qui voulait dire avoir une descendance !!!…

Jésus ne confiait rien à Marie sa mère, tout en vivant proche d’elle au quotidien. Elle, elle n’osait jamais l’interroger… elle attendait… comme elle avait si souvent attendu durant toutes ces années passées… en fait depuis qu’elle avait reçu la visite de l’Envoyé de Dieu qui lui avait demandé si poliment et joliment si elle acceptait de porter en elle Le Fils de Dieu !!!

Elle avait répondu OUI… non pas en femme soumise mais en fille d’Israël connaissant les promesses du Très-Haut. Cependant elle en avait été bien surprise et s’était souvent posé cette question : « Pourquoi moi ? »

Ce n’est pas son fils devenu homme qui aurait répondu à son interrogation ; une seule fois alors qu’elle évoquait avec lui cette question qui ne l’avait jamais quittée, il avait simplement répondu, distant : « femme attends et un jour tu comprendras ! »

OUI Marie attendait ; elle n’était qu’attente, en vérité.

On aurait pu la dénommer : « celle qui a dit Oui et qui attend ».

Pour combler cette attente elle avait entrepris de confectionner un baluchon pour son fils, se disant que « ça pourrait toujours lui servir à un moment ou à un autre. »

Un certain matin Jésus dit tout simplement : « Mère voilà, le moment est venu de nous séparer… »

Marie n’eut que ce mot : « déjà mon enfant ? »

« Je ne suis plus un enfant et tu le sais depuis longtemps, n’est-ce pas ? »

« Oui, je le sais, mais le temps a passé si vite ! »

« Mon heure est arrivée, je dois y aller. Adieu mère ! »

Marie tendit à son fils le baluchon qu’elle avait confectionné avec tant d’amour.

« Qu’est-ce que c’est ? » lui demanda Jésus... « Prends-le, il pourra toujours te rendre service. »

Sans un mot Jésus attrapa le baluchon et sortit sans se retourner, sans un geste d’au revoir vers elle.

Et elle, elle gardait tout cela en son cœur.

Fanfan

Publié dans Fioretti

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Robert Kaufmann 15/08/2012 17:13


Comme tout roman historique,celui-ci prend sans doute quelque liberté vis à vis de la ...vérité historique.


Il a néanmoins le mérite de mettre de la chair sur le porte-manteau sur lequel on veut souvent suspendre la maman de l'Homme Dieu et son Petit.


C'est,je crois,ce que Jacopo le Tintoretto a voulu faire dans sa Scuola Grande de San Rocco sur un autre registre,celui de l'illustration.


Robert Kaufmann

René Guyon 15/08/2012 08:11



J'aime beaucoup ce conte à mille lieux de la Marie demi-déesse que véhicule l'iconographie de l'Assomption et qui, sous son apparence naïve, porte un regard réaliste sur son effacement et sa
relation pour le moins "non-affective" avec son fils !
Il est très rare de lire de telles choses dans les milieux cathos.
Je ne peux qu'applaudir... et faire un peu de pub pour deux de mes articles qui évoquent ces thèmes : Jésus et Marie : le grand amour... vraiment ? et Tous les catholiques sont-ils monothéistes
?
Merci Fanfan !
René Guyon